Ar Seiz Breur, mouvement artistique breton moderne

Pendant l’entre-deux-guerres, de jeunes artistes bretons se regroupent et se fixent un objectif: mettre les arts celtes et breton en particulier au goût du jour. De cette volonté est né le mouvement Ar Seiz Breur (des Sept Frères en breton). Abraxas-Libris vous invite cette semaine à la découverte d’un phénomène artistique régional peu connu et qui pourtant influence encore les artistes bretons d’aujourd’hui.

Bois gravé extrait de « L’Histoire de Notre Bretagne » (1922) par Jeanne Malivel

L’art breton modernisé

Plusieurs versions existent, mais c’est probablement lors d’un cours de celtiques à la Sorbonne de Paris que Jeanne MalivelRené-Yves Creston et Georges Robin se rencontrent. Puis, c’est dans un second temps, en 1923 lors d’un pardon à Folgoët que ces derniers (rapidement rejoints par James Bouillé) décident de concrétiser leurs projets. Les artistes sont céramistes, architectes, graveurs ou peintres et font l’état des lieux de l’art traditionnel breton au lendemain de la guerre 14-18. Bretons d’origine, ils ont également étudié les arts décoratifs à Paris et regrettent l’immobilisme de l’art breton qu’ils jugent figé dans le passé. Pour eux, il existe trois raisons principales à cette perception surannée. La culture parisienne d’une part, prenant le pas sur les cultures régionales traditionnelles en les faisant passer de mode. La naissance du tourisme d’autre part, incitant les bretons à conserver leurs attributs pittoresques: l’époque dite de la « biniouserie« . Enfin, nous l’évoquions plus tôt, l’après-guerre et la production massive de monuments aux morts souvent commandés en série, au détriment des sculpteurs et tailleurs de pierre locaux.

Chapelle de Coat-Quéau (Finistère) par James Bouillé

Vue générale de la façade occidentale de la chapelle de Coat-Quéau édifiée par James Bouillé, à Scrignac, Finistère, Bretagne, France.

Pour les jeunes artistes, l’art se doit d’être l’expression vivante de son peuple et non se contenter de reprendre les mêmes recettes éculées. Tout l’enjeu réside dans le fait de reprendre les codes de l’art traditionnel breton tout en le modernisant.

Sous l’impulsion de Jeanne Malivel, le groupe se trouve un nom symbolique : Ar Seiz Breur, (« les Sept Frères »), une idée qui serait tirée d’un conte du pays gallo.

Chapelle des aviateurs, James Bouillé

Île Tristan : la chapelle des aviateurs (dénommée ainsi en l’honneur de l’aviateur Dieudonné Costes, ami de Jacques Richepin ; de style néobreton ; construite en 1930 en granite gris de Lanhélin par l’architecte James Bouillé, qui faisait partie du mouvement des Seiz Beur et devenue caveau familial de la famille Richepin)

Les membres fondateurs du mouvement des Seiz Breur

Les trois membres fondateurs ont vite été rejoints par d’autres artistes du milieu culturel breton. Voici quelques uns de leur représentants.

Xavier de Langlais (né à Sarzeau 1906 – 1975), peintre, graveur, céramiste, verrier et écrivain. Rejoint l’Unvaniezh Seiz Breur en 1924. Militant breton, il œuvrera notamment pour l’art chrétien breton et la langue bretonne vannetaise avec plusieurs revues culturelles. Il fera sa carrière en tant qu’enseignant à l’École des Beaux-Arts de Rennes.

« Inizi ar Yaouankiz », par Xavier de Langlais. Musée de Bretagne: 2008.0032.13.1.

Jakez Riou (né à Lothey 1899 – 1937), écrivain en langue bretonne, il participe notamment à la revue littéraire Gwalarn.

Xavier Haas (né à Paris 1907 – 1950), peintre et graveur. Breton d’adoption, il y rencontre Xavier de Langlais et rejoint les Seiz Breur en 1936 à l’occasion de l’Exposition Internationale de Paris (pavillon Bretagne).

Creston René-Yves et Suzanne (nés à Saint-Nazaire 1898 – 1964 et 1899 – 1979). Lui: peintre (officiel de la Marine), sculpteur, graveur mais aussi ethnologue. Co-fondateur du mouvement qu’il dirigera jusqu’en 1944 où il cédera sa place à Xavier de Langlais (résistant). Elle: céramiste, elle créera par la suite avec Marguerite Gouarlaouen la confrérie des Nadoziou « les aiguilles » afin de promouvoir l’art du tissage.

« Le vieil arbre ». Estampe de Jeanne Malivel. Musée de Bretagne: 2006.0007.8.

Jeanne Malivel (née à Loudéac en 1895), elle se tourne vers la peinture, l’illustration et la gravure. Elle participe à la création du journal régionaliste Breiz Atao. Co-fondatrice des Seiz Breur, elle s’en éloigne après des divergences au sein du groupe et meurt prématurément de la typhoïde en 1926.

 

Youenn Drezen (né à Pont-l’Abbé 1899 – 1972) est journaliste et écrivain, et cherche à travers l’adhésion à de nombreux mouvements littéraires, culturels et artistiques à redonner ses lettres de noblesse à la culture bretonne en général. Gwalarn, Al liamm, Radio Roazon Breiz, L’Heure bretonne, Stur, La Bretagne…

D’autres artistes ont intégré ou côtoyé le mouvement, parmi eux: Roparz Hemon, James Bouillé, Caouissin Herry, Pierre Péron, etc.

Illustré par René-Yves Creston

Leurs sources d’inspiration gravitent autour de thèmes séculaires bien ancrés dans l’imaginaire breton: toutes les mythologies celtiques, les incontournables légendes bretonnes (Brocéliande et cycle arthurien), le druidisme, la religion (pardons, pèlerinages, vie des saints). Sans pour autant oublier d’y intégrer la vie quotidienne en reprenant les thèmes traditionnels de la ruralité et de la maritimité. Les décors surchargés, la lourdeur sont abandonnés, pour ne laisser qu’un motif, une forme, épurés et conservant malgré tout l’esprit breton / celte. L’art, bien que plus abstrait reste populaire et décoratif ; il est décliné sur les objets de la maison (faïence, textile, mobilier). Aujourd’hui encore, ce renouveau a gardé sa beauté, sa modernité et continue d’inspirer les nouvelles générations d’artistes.

—- Les curieux peuvent voir ici une petite vidéo présentant une exposition sur le mouvement Seiz Breur aux Beaux-Arts de Rennes (2000). —-

L’art néobreton s’étend aussi au design mobilier, avec ici des assiettes dessinées par Jeanne Malivel

Pour terminer, nous vous laissons avec quelques illustrations caractéristiques du mouvement Seiz Breur (tirées de nos étagères), dont « Ene Al Linennou« , un livre important dans lequel son auteur, Xavier de Langlais y expose ses idées sur l’art et notamment l’importance des lignes dans le dessin et la peinture. Un ouvrage proche de l’essai sur l’art décoratif breton!

"Ene al linennoù", Xavier de Langlais
Avec des illustrations de Ivez Gantan
« 2 de 19 »