C’est un énorme fonds d’archives qui vient d’arriver au Centre Georges Pompidou : celles de la revue Cahiers d’Art. Offert par Yves de Fontbrune, le repreneur de la librairie-galerie de la rue du Dragon qui abrita la très fameuse revue, ce fonds couvre l’une des époques les plus enthousiasmantes de renouveau dans l’art.
Christian Zervos, le fondateur de la revue, avait commencé son travail de critique d’art dans les pages de L’Art aujourd’hui (et y consacra d’ailleurs son premier article à Pablo Picasso). Mais très vite, il décida de proposer une revue de qualité consacrée à ces artistes qui révolutionnent le milieu. Dès février 1926 paraissait le premier numéro des Cahiers d’art.
En plus du travail sur la revue (qui était au centre de sa vie), Christian Zervos va consacrer une grande partie de son peu de temps libre à écrire et publier de
nombreuses monographies consacrées à ses artistes de référence, à se lancer dans la pari fou de publier un
catalogue raisonné de l’oeuvre peint de Pablo Picasso (22 volumes sous sa plume, de 1932 à 1970, et 11 autres sous la plume de sa collaboratrice, Mila Gagarine, jusqu’en 1978), à proposer, dans sa librairie-galerie, rue du Dragon, qui lui sert de quartier général, des
expositions importantes dans l’histoire de l’art de cette époque.
La première, en 1934, était consacrée à l’architecture contemporaine (un domaine qui lui tenait particulièrement à coeur). Vinrent ensuite, entre autres expositions d’importance, celle consacrée à
Julio Gonzalez, le sculpteur espagnol, véritable Grand Ancien Incontournable de la sculpture moderne, sans oublier celle destinée, lors de la Guerre Civile d’Espagne, à soutenir les Républicains, et à laquelle participèrent Miro et Picasso.
De ce bouillonnement artistique, les
Cahiers d’Art vont témoigner de manière exceptionnelle, durant
plus de trente ans (de 1926 à 1960, avec une simple interruption de 1941 à 1943, pour cause, bien entendu, de Seconde Guerre Mondiale).
Mais durant cette période, Christian Zervos et sa femme vont continuer leur vie centrée sur l’art, mais cette fois à
Vézelay, un petit village bourguignon dans lequel ils possèdent une maison. Cette maison sera d’ailleurs transformée en musée en mars 2006, afin d’accueillir
une donation d’oeuvres d’art de la collection personnelle de Christian et Yvonne Zervos, dont quelques peintures ou sculptures de
Alberto Giacometti,
Pablo Picasso,
Alexander Calder…
Et dès la fin de la guerre, leur activité reprend de plus belle. Dans le cadre d’une exposition d’art contemporain, à Avignon, en 1945, Christian Zervos a l’idée de faire entrer le théâtre dans le jeu. Dès 1947, le rendez-vous se fait régulier, et la grande chapelle du Palais des Papes accueille donc, depuis ce jour, le Festival d’Avignon !
La présente donation au Centre Georges Pompidou fait l’objet d’un catalogue (sans,hélas, qu’ une exposition lui soit associée), dans laquelle on peut découvrir un ensemble impressionnant de documents de travail, photographiques notamment, et des plongées fascinantes dans les ateliers de
Georges Braque,
Pablo Picasso,
Alexander Calder,
Joan Miro…
Pour plus d’informations :
– Le catalogue « Zervos et Cahiers d’art » a été publié par le Centre Georges Pompidou, sous la direction de Christian Derouet, en février 2011.
– Le site du Festival d’Avignon comporte une petite notule historique.
– Le Musée Zervos à Vézelay possède son propre site web, et donne toutes les indications utiles pour s’y rendre.
– Nous possédons quelques exemplaires de la mythique revue, faites donc un tour par notre site.
4 Sep 2015
0 CommentsModes et manières d’aujourd’hui – une présentation générale
La Librairie est incroyablement heureuse de vous présenter un ensemble unique et sans aucun équivalent.
Ayant acquis il y a peu quelques exemplaires exceptionnels de cette magnifique revue d’art et de mode qu’était Modes et manières d’aujourd’hui, nous nous proposons ici de parcourir l’histoire de la revue, ainsi que de ses illustrateurs et auteurs prestigieux.
Comme vous le savez certainement, « Modes et manières d’aujourd’hui » représente le meilleur de la mode du début de siècle, par les artistes l’ayant faite, au plus haut de leur art. Il s’agit probablement de l’entreprise éditoriale du début de siècle la plus aboutie et la plus fascinante.
Il y a maintenant plus de 100 ans, le projet de créer une revue d’art et de mode de haute qualité est porté par Pierre Corrard, auteur et éditeur de la première moitié du XXe siècle. Afin d’accompagner la révolution artistique et vestimentaire des années folles, il publie, en 1912, une première chemise comportant quelques textes signés de lui, et un ensemble de douze magnifiques planches couleurs, réalisées par Georges Lepape à son apogée.
Cette chemise est seulement tirée à 300 exemplaires, tous sur papier Japon des Manufactures de Shizuoka.
Devant l’accueil fait à cette première publication, Corrard décide, chaque année, de proposer une chemise de même facture, avec des auteurs et des artistes différents.
Dès 1913, c’est Charles Martin et Nozières qui prennent la place de Georges Lepape et Pierre Corrard.
En 1914, c’est George Barbier, sur des textes de Henri de Régnier.
La guerre éclatant, la publication de la série s’interrompt. Début 1919, c’est à nouveau Georges Lepape, qui propose un volume consacré aux « années de guerre » (1914-1919). les illustrations sont Accompagnées de textes de Henry-Jacques.
Puis, en 1919 à nouveau, il demande à A. E. Marty de réaliser un volume couvrant à la fois le retour des soldats et la folie, immédiatement postérieure, qui va animer les arts sous toutes leurs formes : ce sont les fameuses Années Folles. Les textes accompagnant le volume sont de Tristan Bernard.
En 1920, Robert Bonfils et Gérard d’Houville livrent leur volume. Et il faudra attendre 1922 pour voir paraître le septième et dernier volume, illustré par Fernand Siméon, pour accompagner un beau texte raffiné de Paul Valéry.
Chaque chemise se présente de la même manière : un cartonnage fort, dont le premier plat est frappé des seuls titres et années, et qui en son centre est décoré d’une illustration couleurs. Les planches prennent place dans un ensemble de quatre rabats fait du même papier que celui utilisé pour la contre garde, et dont le motif a été dessiné par l’artiste réalisant les planches intérieures. L’ouvrage, en feuilles, débute par une page de titre reprenant l’illustration de couverture. Puis viennent les pages proposant le texte, et, après le colophon, les planches illustrées.
Un soin tout particulier est apporté à la réalisation de ces planches, de la gravure au passage des pochoirs.
Dans les jours qui viennent, nous vous présenterons les différents numéros de cette revue exceptionnelle. Avant cela, vous pouvez déjà aller faire un tour sur le site, pour y découvrir la vitrine que nous avions déjà consacrée à « Modes et manières d’aujourd’hui », mais aussi pour voir les exemplaires que nous vous proposons à la vente.