B.R Bruss figure parmi les auteurs prolifiques de SF. Ancien vichyste, il écrira au Fleuve une SF humaniste : »Bruss ne parle pas tant de combats et de conquêtes que de rencontres, de contacts », dira de lui J.P. Andrevon.
Forte de plus de 2000 titres* et de cinq décennies de publication, la collection Anticipation des éditions Fleuve Noir a sans conteste marqué l’histoire de la science-fiction française.
Fondée en 1951, elle connaîtra plusieurs vies, créera des vocations, révélera des auteurs, inspirera des éditeurs avant de s’éteindre en 1997. Un adieu en clin d’œil : cet ultime numéro 2001 s’intitulera L’Odyssée de l’espèce. Un ouvrage de Roland C. Wagner distingué par le Grand prix de l’Imaginaire.
Acquérir les 151 premiers volumes c’est faire entrer dans sa bibliothèque l’aventure de la SF populaire française et sa fantastique variété.
Robe noire
Au cours de sa longue histoire la série connaît plusieurs chartes graphiques. La première, familièrement intitulée « Fusée », en est sans aucun doute la plus emblématique. Avec sa robe noire, ses lettrages manuscrits, ses couleurs vives, elle se distingue aussitôt. Aux pinceaux sévit un unique illustrateur, René Brantonne (voir encadré), garantie d’une identité forte.
Le dos agit comme la rampe de lancement d’une fusée différente à chaque titre : stylisée ou plus réaliste, mono tuyère, flanquée de moteurs auxiliaires (ou bien sont-ce des habitacles ?), filant à l’oblique dans une orbe rouge et blanche vers un nuages d’étoiles multicolores ou un simple astre immaculé… ces variations souvent subtiles, parfois importantes, enrichissent la présentation de la collection.
Il existe autant de fusées que de titres dans la collection, Brantonne les redessinant chaque fois avec l’illustration et la « titraille » de couverture. Vous noterez aussi les variations de l’écriture de la maison d’édition.
Elle reprend en fait le spationef du premier volume de la collection, Le Météore, celui-lui là même qui envoie ces héros inventés par F. Richard-Bessière vers leur quête intersidérale.
Le Météore entraîne, tous feux allumés, ses passagers dans ce 1er numéro de la collection.
De nouveaux univers
Le Fleuve Noir n’a que deux ans d’existence lorsque François Richard crée au sein des éditions la collection Anticipation. Tout d’abord limitée à un unique titre par mois, la fréquence atteindra vers la fin de son existence cinq ouvrages. Les volumes, d’un format poche et de 188 pages, imprimés sur un papier de qualité moyenne, sont vendus à un prix modique. Il s’agit de toucher un large lectorat, accro à l’aventure, pas forcément exigeant sur la qualité ou l’originalité, cherchant l’évasion à peu de frais. En somme, ce que l’on appelle la « littérature de gare », destinée ici à des passagers terrestres avides d’étoiles, de confins et d’explorations plus ou moins scientifiques.
Le space-opera de Richard-Bessière (duo d’auteurs constitué de François Richard et Henri Bessière) par exemple, avec ses Conquérants de l’univers aux quatre épisodes remplit le cahier des charges.
Ici Brantonne reconnaît sa dette envers Ralph Andrew Smith, un éminent illustrateur de la British Interplanetary Society disparu en 1958.
Si des auteurs anglo-saxos figurent parmi les premières publications, dont Poul Anderson, Arthur C. Clarke, Ron Hubbard, Paul French (pseudo d’Isaac Asimov quand il écrit pour la jeunesse) Van Vogt… très vite la collection n’accueillera plus que des écrivains francophones. Certains d’entre eux franchissent alors la passerelle tendue entre littérature d’espionnage ou policière du « Fleuve » et SF ; ils vont écrire au cours des ans plusieurs dizaines de titres, souvent sous pseudonyme. Les Jimmy Guieu (inlassable défenseur de la réalité extraterrestre des OVNIS), les G.J. Arnaud (connu pour sa colossale Compagnie des Glaces) y fourbiront leurs armes… imaginaires.
Le territoire de la science-fiction est vaste et Anticipation en explore les grands espaces : conquête galactique désuète de Jean-Gaston Vandel ou horreur contemporaine de Wyndham avec ses Triffides venus d’outre-espace, sombre évocation des dangers du pouvoir absolu chez Gilles d’Argyre, pseudo de Gérard Klein…
Quelques auteurs se distinguent parmi cette profusion de récits souvent écrits à la chaîne : par exemple Kurt Steiner (pseudo d’André Ruellan) qui, après une carrière de médecin deviendra scénariste pour le grand écran ; ou Stefan Wul, de son vrai nom Pierre Pairault. Comme d’autres écrivains du Fleuve, Wul exerce en marge de l’écriture un métier trop prenant pour lui permettre de créer plus d’une poignée d’ouvrages. Sa SF poétique et humaniste fera de lui un « classique » du genre et au-delà. Oms en série puis L’Orphelin de Perdide, figurants dans ce lot, seront adaptées au cinéma par René Laloux sous les titres La Planète sauvage (1973, avec Topor) et Les Maîtres du temps (1981, avec Moebius). Son œuvre possède une force d’une telle intemporalité que de jeunes auteurs continuent de les adapter de nos jours en BD, chez Ankama.
*Au final, deux mille et un titres plus un hors-série seront estampillés Anticipation.
Un illustrateur haut-en-couleurs
La série Anticipation n’aurait sans doute pas gagné son statut culte sans ses couvertures signées Bratonne. L’artiste est un tel personnage de roman qu’il aurait inspiré, à l’en croire, le Bérurier de Frédéric Dard, auteur phare du Fleuve.
Né au début du XXe siècle, René Brantonne part aux USA dans les années 20 travailler dans la publicité pour de grande agences et leurs clients prestigieux. Les plus grands studios hollywoodiens l’emploient. On lui devrait l’une des variations du sigle Esso, employée durant un demi-siècle par le pétrolier américain. Il revient vivre en France après-guerre et cet « anar de droite » autoproclamé signera des plaquettes pour le PC. Qu’importe le flacon pourvu qu’on ait la pige !
Bande dessinée, illustration, publicité, retouche, lettrage, affiches de cinéma… et même étiquettes de camembert… dessin au trait, gouache : il aura conjugué tous les modes d’expression pour faire bouillir la marmite, en mercenaire de l’image.
Mais c’est sûrement grâce au Fleuve Noir que sa longue carrière lui vaudra estime et reconnaissance. Il y réalise des centaines d’images – des « maquettes » dit-il, plutôt que des « œuvres ». À tel point que lorsque l’éditeur décide de se séparer de lui, à partir du numéro 274, les ventes déclinent.
Quand il est rappelé à la barre de la fusée Anticipation à partir du numéro 562, son style a évolué tout comme l’époque. D’aucun le qualifie alors de « froid ». Qu’importe, le touche-à-tout de génie convainc de nouveaux afficionados. Il enchantera les rêveurs d’imaginaire jusqu’au numéro 792. Il est l’un des tous premiers illustrateurs à employer l’aérographe en France.
Hélas pour les collectionneurs, les originaux de Brantonne ont pour la plupart disparus : les éditeurs les jetaient sitôt employés et lui-même ne faisait pas grand cas d’un travail qui était pourtant devenu une œuvre de valeur aux yeux de beaucoup.
La collection que nous vous proposons aujourd’hui, en un état de préservation remarquable, reste le meilleur moyen de retrouver l’art si singulier de Brantonne, mélange de naïveté scientifique, d’inquiétude, de couleurs acidulées, de poésie et d’épique.
La librairie « les mains dans les poches » contient plus de 35 000 livres… de poche d’occasion. Elle est fermée le Lundi et le Mardi, ouverte sur demande le Mercredi et Jeudi et ouverte du Vendredi au Dimanche, de 10h à 12h et de 14h à 19h. Pendant les vacances scolaires elle est ouverte tous les jours.
En entrant dans la première salle vous découvrirez les livres de fantasy et de SF, ainsi que la littérature française. On peut y trouver des classiques tels que Le trône de fer ou Le seigneur des anneaux.
En continuant votre visite dans la deuxième pièce, vous trouverez au centre les livres pour enfants, à gauche le rayon des sciences humaines et au fond les étagères des polars. Vous pourrez vous asseoir sur une chaise à droite pour lire un livre à la lueur du soleil. Non loin se trouve un petit meuble sur lequel sont posés, à défaut de bandes dessinées, quelques mangas, et dans le coin du fond une petite étagère contenant des livres en anglais.
Les prix sont relativement bas, entre 2 et 6 € en général. Si vous recherchez un livre précis, le mieux est de s’adresser au libraire. Si vous faites la recherche vous-même, il faut savoir que les livres sont triés par genre, collection et auteur, ce qui rend leur recherche plus facile et plus rapide.
L’été et les vacances sont arrivés ! Afin de vous accompagner pendant cette période où l’on a (enfin) le temps de lire, les équipes d’Abraxas-Libris, Neiges d’Antan et les Mains dans les Poches ont sélectionné pour vous quelques livres coups de cœur. Que vous soyez en manque d’inspiration ou curieux de voguer vers d’autres horizons, voici nos conseils lecture pour l’été.
Pour moi cela sera « Le livre des Fantômes » de Jean Ray, parce que je lis régulièrement le blog d’Abraxas-Libris et que le dernier article m’a donné envie de retrouver l’ambiance de Shinning.
Je cite :
« Par la puissance évocatrice de ses récits hantés, Jean Ray a donc entièrement conquis le cœur de Stephen King : on sent nettement l’influence obsédante du terrifiant « Livre des Fantômes » dans « Shining » par exemple… »
« Une affaire personnelle » de Kenzaburô Ôé
J’ai découvert Kenzaburô Ôé avec le livre : « Arrachez les bourgeons, tirez sur les enfants » pour lequel vous trouverez une petite chronique ici.
Oé est de ces auteurs qui vous prennent aux tripes au propre comme au figuré, tous ses livres sont charnels, violents et forts en émotion. Le soleil de l’été donnera encore plus d’ampleur à cette lecture.
Au passage je vous conseil tous ses livres, notamment les nouvelles : « Le Faste des morts » et « Seventeen » !!!
Bonne lecture.
Le choix de Patricia:
Les nouvelles d’Agota Kristof (« C’est égal », chez Points), aussi tristes et cruelles que la trilogie des jumeaux (« Le Grand Cahier », « La Preuve » et « Le Troisième Mensonge »), mais qu’on peut poser au bout de deux pages (courtes nouvelles) pour pleurer ou respirer un grand coup …
Bonus Polar : La trilogie Écossaise de Peter May, sans doute les trois plus beaux romans de Peter May même si j’aime tout y compris les polars chinois. « L’Île des Chasseurs d’Oiseaux », « L’Homme de Lewis » et « Le Braconnier du Lac Perdu » (Éditions du Rouergue / Babel Noir).
Peter May, Babel Noir
Pas de lien web pour ces livres qui sont à retrouver en boutique (grand format ou poche!). A savoir que les Peter May partent très vite.
C’est probablement l’un des cent chefs-d’œuvre de la littérature française, et pourtant comme il est difficile de rentrer dans cette liste !
C’est une œuvre totale, un monument qui se lit avec une jubilation quasi-continuelle. Chaque page fourmille de trouvailles, d’humour, d’une humanité souvent bouleversante. « La Vie Mode d’Emploi » a fait maintenant l’objet de dizaines de milliers d’analyses et thèses dans le monde entier.
Ce qui intéressant c’est qu’il fait suite à « La Vie Mode d’Emploi », sur lequel Perec a travaillé pendant presque 10 ans. Ce récit – très court, est construit autour d’un jeu de miroirs au sein d’un tableau qui reflète indéfiniment la même scène. A sa manière, G. Perec nous présente le petit monde des collectionneurs, des experts et des ventes d’arts. Vous trouverez ici une interview éclairante de l’auteur qui « en explique les ressorts d’écriture et la composition sous forme de mise en abîme ».
Pour Aude, ce sera:
Ursula K. Le Guin, et en particulier deux romans du « Cycle de l’Ekumen », pour repenser le monde, les sociétés capitalistes, les rapports humains, le sexisme et les genre à travers le miroir déformant de la science-fiction.
« Je donnerai à mon rapport la forme d’un récit romancé. C’est que l’on m’a appris lorsque j’étais petit, sur ma planète natale, que la Vérité est affaire d’imagination. »
La fiction a reçu le prix Nebula du meilleur roman en 1974, le prix Hugo du meilleur roman en 1975 et le prix Locus du meilleur roman en 1975.
Idéal pour cauchemarder sur la plage en été, le livre traite d’une entité ancienne et maléfique liée à l’eau, avec de nombreuses scènes percutantes qui rendraient hydrophobes les plus courageux des baigneurs.
Recueil de nouvelles fantastiques très agréables à lire, qui distillent angoisse et suspense de manière inattendue : se promener dans une ville avenante et animée et tomber sur une « Rue Cthulhu » qui ne figure sur aucun plan peut, en effet, semer quelque trouble chez les touristes…
Audrey vous recommande:
« La Joueuse de Go » de Shan Sa
Un roman saisissant au style poétique situé à la veille de l’invasion de la Chine par le Japon. La partie de go cristallise la guerre entre les deux pays, la rencontre entre nne jeune mandchoue et un officier japonais. L’auteure, dont le premier recueil de poésie a été publié à 10 ans, a reçu le Goncourt des Lycéens pour ce roman (2001). Retrouvez ma chronique complète ici, et le livre à la pochothèque !
Retrouvez également ces auteurs dans nos trois librairies, ouvertes 7/7 tout l’été (y compris les jours fériés). De 10h à 19h avec une coupure de 12h / 12h30 à 14h.
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Ce roman présente un futur où des sportifs, sur-entraînés et sur-dopés, s’affrontent tous les deux ans. Ils représentent soit le « camp rouge » , soit le « camp blanc » . Et nous assistons bien non pas à des Jeux, mais une Guerre Olympique. Tous les coups y sont permis, même les plus vils (surtout les plus vils…).
Et pour le camp perdant, comme dans toute guerre, une sentence démographique : dix millions de morts, choisis dans leur rang (mais parmi les déviants,déliquants, subversifs, artistes…) Et la sentence est immédiate, grâce à l’implantation de ces micro-bombes dans le cerveaux de tous les citoyens, et qui explosent dès la proclamation des résultats.
Panem, circences, et paix sociale ?…
Quelques grands romans ont abordé le dévoiement de l’esprit de compétition. Si « W ou le souvenir d’enfance » de Georges Perec est bien évidemment le premier qui me vienne à l’esprit, cette Guerre olympique, de Pierre Pelot, occupe également pour moi, dans une vision totalement différente, une place très importante.
Le personnage principal de ses romans est comme ce qu’il nous propose : un mélange étonnant, détonnant, et incroyablement enthousiasmant. Robert Frederickson, l’enquêteur de l’agence qu’il a monté avec son frère (Garth, un ex-flic), est un freak… Un nain, accrobate de cirque, qui était connu, au sommet de sa gloire, sous le nom de Mongo le Magnifique. Il est bien entendu d’une grande agilité, connaît plusieurs techniques avancées de combat, mais il est aussi doué d’un QI hors-norme, et fut professeur de criminologie…
Ce roman-ci, foisonnant, est à l’image de tous les autres : jouissif de trouvailles et d’intelligence, tout en appuyant là où ça ne fait pas toujours beaucoup de bien…
Le neveu de Mongo vient de mourir. Suicide. C’était un geek pur jus : petit génie de l’informatique, rôliste, et vouant un culte à Tolkien et à son oeuvre. Mais lorsque Mondo commence à y regarder de plus prêt, on aperçoit comme l’ombre d’un projet auquel semble participer le Pentagone…
Auteur prolifique mais trop peu connu, George Chesbro propose des romans d’une belle complexité, qui fleurtent toujours plus ou moins avec les territoires du fantastique (parfois la science-fiction, lorsqu’il aborde le thème des manipulations génétiques…)
Si vous ne connaissez pas ce romancier d’exception (je pèse mes mots), qu’une plongée dans le sombre de l’âme humaine ne vous fait pas peur, et que les romans transgenres vous enthousiasment, il faut vraiment que vous lisiez George Chesbro !
Le premier texte que j’ai lu de Wildy Petoud, c’était une nouvelle incroyable dans l’un des premier numéro de la revue Bifrost (le n°4, de février 1997) : « Nirvana, la crise des quarante, le trou de l’ozone, la vaisselle et la boîte des aliens ».
Ce texte (comme son titre le laisse prévoir) n’avait rien de ce que j’avais pu lire jusqu’alors. Prolixe, grouillant, avec un ton décalé, mais qui sonnait tellement vrai, que c’est une nouvelle à laquelle je suis très souvent revenu, tout en cherchant à lire d’autres textes de cette auteure.
À la même époque, je déambulais dans les « Territoires de l’inquiétude », cette série d’anthologies fantastiques du grand Alain Dorémieux… et, dans deux de ses volumes, je retrouvais avec joie la plume de Wildy Petoud (l’une des deux nouvelles, « Accident d’amour », d’ailleurs, remporta la même année le Prix Rosny Aîné et le Grand Prix de l’Imaginaire).
Cette auteure helvète a écrit de nombreuses nouvelles, et seulement deux romans : le totalement fascinant « Tigre au ralenti », et cet incroyablement drôle et foisonnant « La Route des soleils ». Jouissif, jonglant avec une joie non dissimulée avec tous les poncifs du space-opera, cette histoire d’auto-stoppeur intergalactique pris dans les méandres d’un univers trop grand pour lui, ne pourra que vous convaincre.
Une uchronie leibnizienne…
Une uchronie, ce sont ces oeuvres d’imagination qui essaient de raconter comment serait notre monde si une petite bifurcation avait eu lieu dans l’Histoire…
Ici, une toute petite bifurcation…
Un attentat contre Churchill, en pleine Deuxième Guerre Mondiale, réussit. Résultat : le Royaume Uni rejoint trop tard la coalition des Alliés contre l’Axe Allemagne-Japon… Et, en 1947, les Allemands et les Japonais gagnent la guerre et se partagent le monde.
Les États Unis, notamment, sont coupés en deux : à l’ouest, la zone d’influence japonaise, à l’est, l’allemande.
Dans ce monde là, un auteur de science-fiction a écrit un livre faisant l’hypothèse… que les Alliés ont gagné la guerre en 1945…
Roman fouillé, intelligent, sans pause, ce roman est pour moi la preuve totale de l’incroyable porosité entre la philosophie et la science-fiction. Entre expérience de pensée (si chère aux philosophes du XVIIe et XVIIIe siècle) et mise en place de la fameuse image de la pyramide de monde dans la Théodicée de Leibniz, menant au Meilleur des Mondes Possible (d’ailleurs, le Haut Château du titre n’est-il pas en fait la pyramide leibnizienne…), ce roman de Philip K. Dick introduit d’importantes réflexions sur ce qu’est l’histoire, l’historicité d’un objet (entièrement située dans du discours), sur ce que c’est qu’écrire, notamment dans un monde où les libertés fondamentales sont opprimées, et sur ce que c’est que la liberté et la manière morale d’agir (Ah !… Mr. Tagomi !…).
Et en plus, le roman se lit d’une traite, avec les événements qui s’enchaînent et nous capturent…
Bref, un TRÈS GRAND roman. À LIRE ET À RELIRE !
Un roman post-apocalyptique au prémisse inhabituel, aujourd’hui, avec « Le Jour de fous », d’Edmund Cooper.
Les « post-apo », ce sont ces textes imaginant la fin de l’Humanité avec un grand H, et la survie de quelques humains au milieu d’un monde redevenu hostile. Comme « Malevil » de Robert Merle, « La Route » de Cormac McCarthy, la trilogie de « L’autoroute sauvage » de Julia Verlanger, le cycle des Alone de Thomas Géha … et bien d’autres textes et bandes-dessinées…
Ce roman-ci commence de manière tout à fait nouvelle : En un beau jour d’été, le soleil s’est mis à briller de manière différente… Le temps de découvrir qu’il émettait des radiations nocives, il était trop tard. L’effet de ses radiations ? Assez étrange : tous les humains exposés étaient poussés au suicide ! Tous ? Non : les fous, les excentriques, les idiots, les illuminés … restaient, eux, tout à fait exempt de cette envie…
Et peu à peu, le monde (ici : l’Angleterre) devient le repère de ces populations humaines aux troubles psychiques plus ou moins importants…
Au sein de ce monde, un homme, qui semble tout à fait lucide, essaie de survivre.
Roman très classique dans son déroulé, « Le Jour des fous », avec son accroche différente, et la réelle capacité d’Edmund Cooper à nous livrer un vrai bon livre, reste un roman très sympathique à lire.
Une lecture divertissante pour ce roman bien fait, et très agréable à lire.
Aujourd’hui, nous laissons la parole à Clarisse, notre jeune stagiaire de 3e, venue pour découvrir notre métier, avec É-den d’ Élodie Tirel.
Après une catastrophe à la surface de la Terre, les hommes ont fondé Renaissance, une cité souterraine. Elle est organisée en trois niveaux, un premier pour les Riches, un deuxième pour les pauvres, et un dernier, plus proche de la surface, où sont faites les récoltes.
L’héroïne, après un conflit plus gros que d’habitude avec sa mère, décide de partir vers la surface à la recherche de son père, qui aurait quitté Renaissance il y a quelques temps…
Le roman (et la série) est très drôle (par exemple avec un rat-cureil parlant), et plein d’aventures.
Pour rendre hommage au grand David Bowie, je voulais mettre en avant, à la librairie et par cette publication, le magnifique « En Terre étrangère » , de Robert A. Heinlein : une histoire d’un jeune garçon ayant survécu à une exploration martienne, et qui, de retour sur Terre, se trouve complètement perdu…
« Is there life on Mars ? / It’s on America’s tortured brow / Mickey Mouse has grown up a cow… »
Mais impossible de le trouver dans nos rayons !
Alors, je reste sur le même auteur, et je vous propose de lire « Une Porte sur l’été » (mais lisez aussi « En Terre étrangère » , c’est un véritable chef-d’oeuvre…)
Daniel B. Davis vit avec son chat, Petronius le Sage, qui a une sale manie : lorsqu’il fait mauvais dehors, il demande à son maître d’ouvrir, successivement, toutes les portes de la maison, pour le cas où l’une d’elle ouvrirait sur du beau temps. Et quand David B. Davis se rend compte que sa fiancée et son meilleur ami l’ont trahi et évincé de son usine de robots, il se met, lui aussi, à chercher sa porte sur l’été… La forme qu’elle prend ? Une hibernation artificielle de 30 ans… Mais lorsqu’il se réveille, Pétronius le Sage, et Ricky, une petite fille de son entourage qu’il aime tendrement, sont tous les deux à l’attendre dans ce lointain futur…
L’un des grands ouvrages humanistes de Robert Heinlein, qui me fut conseillé en son temps par le regretté Roland C. Wagner (devant des titres comme « Étoiles garde à vous » , je rechignais à lire les livres de Heinlein, et notre cher Roland a réussi à me convaincre… et je ne le regrette pas un seul instant !)
10 Oct 2023
0 CommentsLe Fleuve Noir de l’espace
Dans l’espace, personne ne vous entendra… lire !
Forte de plus de 2000 titres* et de cinq décennies de publication, la collection Anticipation des éditions Fleuve Noir a sans conteste marqué l’histoire de la science-fiction française.
Fondée en 1951, elle connaîtra plusieurs vies, créera des vocations, révélera des auteurs, inspirera des éditeurs avant de s’éteindre en 1997. Un adieu en clin d’œil : cet ultime numéro 2001 s’intitulera L’Odyssée de l’espèce. Un ouvrage de Roland C. Wagner distingué par le Grand prix de l’Imaginaire.
Acquérir les 151 premiers volumes c’est faire entrer dans sa bibliothèque l’aventure de la SF populaire française et sa fantastique variété.
Robe noire
Au cours de sa longue histoire la série connaît plusieurs chartes graphiques. La première, familièrement intitulée « Fusée », en est sans aucun doute la plus emblématique. Avec sa robe noire, ses lettrages manuscrits, ses couleurs vives, elle se distingue aussitôt. Aux pinceaux sévit un unique illustrateur, René Brantonne (voir encadré), garantie d’une identité forte.
Le dos agit comme la rampe de lancement d’une fusée différente à chaque titre : stylisée ou plus réaliste, mono tuyère, flanquée de moteurs auxiliaires (ou bien sont-ce des habitacles ?), filant à l’oblique dans une orbe rouge et blanche vers un nuages d’étoiles multicolores ou un simple astre immaculé… ces variations souvent subtiles, parfois importantes, enrichissent la présentation de la collection.
Elle reprend en fait le spationef du premier volume de la collection, Le Météore, celui-lui là même qui envoie ces héros inventés par F. Richard-Bessière vers leur quête intersidérale.
De nouveaux univers
Le Fleuve Noir n’a que deux ans d’existence lorsque François Richard crée au sein des éditions la collection Anticipation. Tout d’abord limitée à un unique titre par mois, la fréquence atteindra vers la fin de son existence cinq ouvrages. Les volumes, d’un format poche et de 188 pages, imprimés sur un papier de qualité moyenne, sont vendus à un prix modique. Il s’agit de toucher un large lectorat, accro à l’aventure, pas forcément exigeant sur la qualité ou l’originalité, cherchant l’évasion à peu de frais. En somme, ce que l’on appelle la « littérature de gare », destinée ici à des passagers terrestres avides d’étoiles, de confins et d’explorations plus ou moins scientifiques.
Le space-opera de Richard-Bessière (duo d’auteurs constitué de François Richard et Henri Bessière) par exemple, avec ses Conquérants de l’univers aux quatre épisodes remplit le cahier des charges.
Si des auteurs anglo-saxos figurent parmi les premières publications, dont Poul Anderson, Arthur C. Clarke, Ron Hubbard, Paul French (pseudo d’Isaac Asimov quand il écrit pour la jeunesse) Van Vogt… très vite la collection n’accueillera plus que des écrivains francophones. Certains d’entre eux franchissent alors la passerelle tendue entre littérature d’espionnage ou policière du « Fleuve » et SF ; ils vont écrire au cours des ans plusieurs dizaines de titres, souvent sous pseudonyme. Les Jimmy Guieu (inlassable défenseur de la réalité extraterrestre des OVNIS), les G.J. Arnaud (connu pour sa colossale Compagnie des Glaces) y fourbiront leurs armes… imaginaires.
Le territoire de la science-fiction est vaste et Anticipation en explore les grands espaces : conquête galactique désuète de Jean-Gaston Vandel ou horreur contemporaine de Wyndham avec ses Triffides venus d’outre-espace, sombre évocation des dangers du pouvoir absolu chez Gilles d’Argyre, pseudo de Gérard Klein…
Quelques auteurs se distinguent parmi cette profusion de récits souvent écrits à la chaîne : par exemple Kurt Steiner (pseudo d’André Ruellan) qui, après une carrière de médecin deviendra scénariste pour le grand écran ; ou Stefan Wul, de son vrai nom Pierre Pairault. Comme d’autres écrivains du Fleuve, Wul exerce en marge de l’écriture un métier trop prenant pour lui permettre de créer plus d’une poignée d’ouvrages. Sa SF poétique et humaniste fera de lui un « classique » du genre et au-delà. Oms en série puis L’Orphelin de Perdide, figurants dans ce lot, seront adaptées au cinéma par René Laloux sous les titres La Planète sauvage (1973, avec Topor) et Les Maîtres du temps (1981, avec Moebius). Son œuvre possède une force d’une telle intemporalité que de jeunes auteurs continuent de les adapter de nos jours en BD, chez Ankama.
*Au final, deux mille et un titres plus un hors-série seront estampillés Anticipation.
Sources :
Anticipation – Alain Douilly – Rivière Blanche
Brantonne Illustrateur – Yves Frémion – Kesserling
En Parcourant Le Fleuve – Jean-Pierre Andrevon – in Anthologie Univers, repris sur le blog du Bélial.