Nous sommes dans les premiers jours de la nouvelle année, et avec elle nous accueillons la fin de la période des fêtes. Mais à la librairie Abraxas, c’est Noël toute l’année ! Découvrez ci-dessous les dernières nouveautés pour une sélection spéciale livres illustrés.
Vol de Nuit
Le livre présenté sur l’image ci-dessous fait partie d’un tirage limité à 35 exemplaires imprimés sur vélin en 2014 par Javier Martín Santos. Le fameux texte de Saint-Exupéry constituait initialement le sujet d’un projet de création de l’illustrateur François-Louis Schmied ; cependant, à sa mort en 1941, il n’avait eu le temps de réaliser que 5 aquarelles. Son fils Théo Schmied reprit le flambeau et termina le projet en 1947 ; celui-ci resta inédit jusqu’en 2014, jamais publié. C’est chose faite avec l’éditeur espagnol Javier Martín Santos : ce tirage présente le texte de Saint-Exupéry dans une reliure en demi-peau chagrinée noire, les plats de papier crème illustrés de filets et d’un bandeau bleu nuit traversé par un avion en pleine ascension dans un style typiquement Art Déco. Cet exemplaire, fourni avec son étui, porte le numéro 20 et s’accompagne d’un envoi et d’une esquisse de la main de l’artiste éditeur. Les 29 illustrations en couleurs (dont deux dessins en noir et blanc), parfaits témoignages du style épuré de Théo Schmied, complètent ainsi les aquarelles de son père, dont la patte se révèle plus détaillée. Ce tirage de Vol de Nuit est également augmenté d’un historique de l’édition, et des notices biographiques sur l’auteur et les deux illustrateurs.
Chansons de Tanger
A l’origine, les Chansons de Tanger sont une vingtaine de chants de femmes arabes traduits par Elisabeth Chimenti, traduction destinée à être publiée dans une anthologie sous la direction de Henri Duquaire. Ce dernier en a autorisé la publication pour une édition imprimée en 1939 par François-Louis Schmied au nom de M. Georges Desoubry. A cette occasion, Schmied avait également réalisé 21 illustrations en couleur à la détrempe. Son fils Théo Schmied réalisa la typographie selon la maquette du père. L’exemplaire unique de cette édition a été acquis par la BNF (Bibliothèque Nationale de France) en 1991. En 2013, Javier Martín Santos en réalise un nouveau tirage, un fac-similé limité à 99 exemplaires. L’ouvrage présenté dans l’image ci-dessous est le numéro 40. La traduction originale de Elisabeth Chimenti est augmentée d’un historique et de deux notices biographiques portant sur la traductrice et l’illustrateur, accompagnées de deux portraits photographiques en noir et blanc. Ces derniers ajouts sont également traduits en espagnol ; la traduction espagnole des chants se trouve également en annexe.
La Guirlande des Mois
Peut-être cette appellation vous paraît-elle familière : on retrouve quelques fois ces petits almanachs lors d’une vente, mais il est plus rare de tomber sur la collection intégrale. Nous avons la chance de vous présenter ici les cinq volumes, complets de leur jaquette et étui illustrés à l’exception de l’almanach de la première année 1917. La Guirlande des Mois a été publiée chez Jules Meynial à partir de 1917, en pleine Première Guerre Mondiale, et ce jusqu’à la publication du cinquième almanach en 1921. Cette collection se distingue par le charme et la préciosité de ses reliures, illustrées par des gravures de Georges Barbier imprimées sur soie tissée dans un style Art déco caractéristique des œuvres de l’illustrateur.
Peintre et dessinateur de mode, Barbier a fait carrière au début du XXème siècle. Il exposa régulièrement au Salon des artistes décorateurs. Il travailla souvent pour des revues de mode : le Journal des dames et des modes, la Gazette du Bon Ton, Femina, Vogue France… Il a également fait des incursions dans les mondes du théâtre, du music-hall et du cinéma en étant l’auteur de nombreux décors et costumes : Barbier est à l’origine des costumes portés par Rudolph Valentino dans le film Monsieur Beaucaire réalisé par Sidney Olcott en 1924.
Son style fleuri et printanier, les silhouettes déliées des figures féminines, les entrelacs alambiqués, que l’on retrouve avec la Guirlande des Mois, sont représentatifs du mouvement Art Déco qui était alors à son apogée lors de la publication des almanachs. On retrouve d’ailleurs, dans chacun des volumes, six planches coloriées au pochoir par l’illustrateur. Mais l’élégance de ces images ne constitue pas la seule particularité de la Guirlande des Mois. En effet, parmi les dessins de Barbier et les éléments que l’on peut s’attendre à trouver dans un almanach (calendrier ou feuilles de notes), les volumes de cette collection contiennent également des textes signés de plumes fameuses : Albert Flament, René Boylesve, Gérard d’Houville, Mme de Noailles, Edmond Jaloux…
Composée de plusieurs volumes magnifiquement illustrés, cette anthologie de la revue « Le Théâtre » (1898-1914) subjuguera sans nul doute les amoureux du quatrième art. En effet, en feuilletant cette série de livres – lesquels regroupent divers numéros du défunt bimensuel –, le lecteur est comme propulsé dans une machine à remonter le temps qui, comme par enchantement, le transporte dans l’univers baroque et décadent du théâtre français de la Troisième République.
Ainsi qu’à travers une fenêtre donnant sur le passé, l’on peut ici contempler un instantané remarquable des pièces et des opéras d’antan, par le truchement de nombreuses photographies stylées – tant en couleur qu’en noir et blanc – qui restituent à merveille l’ambiance délicieusement surannée de cette époque révolue.
Parcourir ce recueil, c’est comme effectuer une plongée vertigineuse dans le monde chatoyant de Sarah Bernhard, où des actrices aussi captivantes que charismatiques, parées comme la Callas dans le long-métrage Médée, dévoilent un aperçu de leur talent scénique. Une pose gracile, un sourire mutin, une tenue d’impératrice, et c’est tout un pan du théâtre ancien qui ressuscite sous les yeux du lecteur conquis.
Les publicités d’époque, réparties harmonieusement entre les articles, participent toutes à l’émouvant charme vintage de ce recueil. Chaque numéro du bimensuel est aussi agrémenté d’articles de qualité, décrivant en détail le monde féerique des divas, des cantatrices et des tragédiennes d’autrefois, habillées de vêtements de rêve où le glamour le dispute au sublime, et posant avec grâce devant des décors somptueux et des cadres princiers.
La librairie Abraxas Libris propose l’édition complète (en très bon état général) de cette anthologie exceptionnelle, qui ravira les passionnés du théâtre. Un chef d’œuvre du genre, à acquérir absolument !
La Trouvaille de cette semaine est une « tragédie en 3 moments avec musique de scène », intitulée « L’âme impériale ou l’Agonie de Messaline« . Outre la qualité de l’oeuvre et la rareté du livre en question, c’est avant tout de l’auteure dont nous souhaitons vous parler. Cette artiste encore trop méconnue a tour a tour porté la casquette d’écrivain, de poète, de dramaturge, de critique d’art, mais aussi de peintre et de chorégraphe ! Portrait de cette « sur-femme ».
Valentine de Saint-Point : débuts littéraires
Né en 1875 à Lyon, Valentine de Saint-Point, de son vrai nom Anna J. V. M. de Glans de Cessiat-Vercell est l’arrière petite-nièce du poète Alphonse de Lamartine. C’est en hommage à son aïeul qu’elle prend le pseudonyme de Saint-Point (nom du château de ce dernier). Elle fait son entrée dans la vie publique à partir de son second mariage (1900) en organisant un salon littéraire. Plusieurs figures artistiques et politiques répondent présent : Mucha, Rachilde, Paul Fort, Gabriel d’Annunzio ou encore Auguste Rodin. Rodin pour lequel elle accepte d’ailleurs de poser et avec qui elle développe une tendre amitié qui ne manquera pas d’influencer son parcours artistique. En témoignent les poèmes d’admiration que Rodin lui inspire : « Le Penseur » ou « Ses mains« . Une inspiration réciproque -ce dernier la surnomme « la déesse de chair dans son inspiration de marbre », qui s’exprimera à travers leur correspondance.
Alors qu’elle met fin à son second mariage, elle décide de prendre le nom de Saint-Point et de ne plus jamais se marier afin de laisser libre cours à sa vie artistique. Suite à son divorce (1904), elle vit en union libre avec le poète italien Ricciotto Canudo, qui l’encourage à écrire. De Saint-Point ne tarde pas à publier ses premiers recueils de poésie (« Poèmes de la mer et du Soleil« ), à produire des articles pour diverses revues (« La nouvelle revue« , « Le Mercure », « Poésia« , etc). L’auteure explore également le genre romanesque, provoquant parfois le scandale, notamment avec son titre univoque « Un inceste« .
Après ces premiers écrits, Valentine de Saint-Point s’essaye au théâtre avec son premier drame en un acte : « Le Déchu » (1909). Bien que malmenée par la critique, son auteure continue sa production théâtrale ancrée dans un esprit féministe.
Le salon baroque de l’artiste Valentine de Saint-Point (1913)
Métachorie, luxure et politique
En 1911, elle s’installe dans un atelier d’artiste, au 19 rue de Tourville, afin de se consacrer (entre autres) aux arts picturaux. En multipliant les réceptions mondaines, elle gagne en notoriété et ses soirées « apolliniennes » sont courues dans le tout-Paris. De nombreux artistes et intellectuels s’y retrouvent et viennent présenter leur derniers poème, pièce ou sonate (Maurice Ravel, Villiers de l’Isle-Adam, Boccioni ou encore Filippo Tommaso Marinetti). Ce dernier est l’auteur du « Manifeste du futurisme« . Mouvement dont elle se rapproche mais en y apposant sa touche féministe en publiant le « Manifeste de la femme futuriste » et un peu plus tard « Le manifeste futuriste de la luxure« . De Saint-Point y prône une « sur-femme » virile et vivant pleinement sa sexualité, le pendant du « sur-homme » de Nietzsche. Elle se fait également remarquer en exposant ses tableaux et gravures sur bois au « Salon des indépendants » jusqu’en 1914.
En 1913, son compagnon lance la revue « Montjoie!« , autoproclamée « Organe de l’impérialisme artistique français » qui rallie l’avant-garde artistique du pays : Valentine Hugo, Guillaume Apollinaire, Fernand Léger ou André Salmon pour n’en citer que quelques-uns. C’est à cette époque que Valentine de Saint-Point s’intéresse de plus près à la danse. De ses expérimentations et de sa réflexion naissent une nouvelle forme d’art transdisciplinaire : la métachorie. Cette « danse graphique/idéiste » illustre donc des poèmes à l’aide de compositions de Claude Debussy, Maurice Ravel ou Erik Satie.
« […] dans la Métachorie, c’est l’idée qui en est l’essence, l’âme. La danse et la musique étant suggérées par elle, on peut donc dire que la Métachorie forme un organisme vivant, dont l’idée est l’âme, la danse le squelette, et la musique la chair. »
par Valentine de Saint-Point
Lorsque la guerre éclate, Valentine de Saint-Point -à l’instar de ses confrères masculins Apollinaire et Blaise Cendrars, s’engage au sein de la Croix-Rouge. Puis elle quitte la France en 1916 et part voyager en Espagne, aux États-Unis et au Maroc, où elle se convertit à l’islam. Quelques années plus tard, elle revient en France, le temps de constater que plus rien ne l’y retient. Elle publie son dernier roman en 1924 puis part s’installer au Caire avec deux amis. La vie culturelle qu’elle continue de mener activement se teinte de politique avec la création de « Phoenix, la revue de la renaissance orientale » (1925). La publication, très critique vis-à-vis de l’impérialisme du monde occidental sur le monde musulman, ne tarde pas à engendrer des conflits au sein de la communauté francophone et avec les autorités égyptiennes pour cause de troubles à l’ordre public. Si elle veut rester dans le pays, elle doit cesser toutes ses activités politiques. Ce qu’elle consent à faire.
Valentine de Saint-Point consacre le reste de sa vie à la spiritualité avec l’étude des religions et la pratique de la méditation. Elle s’éteint en 1953 au Caire alors âgée de 78 ans, sous le nom de Rawhiya Nour-el-Dine.
Nous avons tous un ou plusieurs auteurs fétiches, dont l’œuvre nous a marquée et nous accompagne au fil des ans. Qu’il s’agisse de grands philosophes, d’écrivains de romans ou de dramaturges, il est souvent plaisant de réunir dans sa bibliothèque tous leurs écrits. C’est dans cette optique que les maisons d’édition ont créé les « œuvres complètes« , collections permettant de regrouper sous un même format toute la production d’un auteur. A la fois exhaustive et esthétique, l’œuvre complète tient une place de choix dans nos bibliothèques !
Anatole France en 24 volumes
Point sur les œuvres complètes
En fonction des époques et des éditeurs, les éditions d’œuvres complètes sont nombreuses, plus ou moins homogènes et prestigieuses. Comme pour toute publication, certaines ne sont qu’un effet de mode alors que d’autres traversent les âges. Faisons un point sur l’une des plus connues d’entre elles : la Bibliothèque de la Pléiade de chez NRF/Gallimard.
A l’origine, la Bibliothèque de la Pléiade appartient à la maison d’édition créée par Jacques Schiffrin en 1931. Son intention est simple mais novatrice : proposer au grand public (au format poche) les œuvres complètes des auteurs classiques de la littérature et de la philosophie. C’est en 1933 que, suite à des problèmes financiers, la Pléiade (notamment soutenue par André Gide et Jean Schlumberger) est affiliée aux Éditions Gallimard. Depuis, la formule n’a pas changé et s’enrichit d’une dizaine de volumes par an. Tous publiés sous le même format : un papier bible et une couverture de cuir souple, le tout permettant un grand confort de lecture.
La Bibliothèque de la Pléiade
Le saviez-vous? Les dorures présentes au dos sont composées d’or fin 23 carats. Chaque couleur de reliure (havane, vert émeraude ou bleu par exemple) correspond à l’époque à laquelle a vécu l’auteur dont il est question (XXe, XIXe ou XVIIIe s., etc.).
Quelques œuvres complètes d’auteur chez Abraxas-Libris
Même si la collection de la Pléiade est la plus célèbre (et légère!), il existe bien d’autres éditions d’œuvres complètes. En voici quelques-unes qui nous tiennent à cœur, par leur rareté, leur beauté ou leur qualité :
Cette semaine, nous souhaitons vous faire découvrir deux ouvrages à la reliure des plus particulière ! Il s’agit de « Sapho » d’Alphonse Daudet (1929) et de « L’Aiglon » d’Emond de Rostand (1928). Et si vous voulez en savoir plus sur les reliures Jotau, c’est par ici !
Sapho de Daudet, relié par Jotau
Des reliures aussi belles que fragiles
Au toucher, le livre est lourd, mais aussi lisse et satiné. Plusieurs théories existent concernant la matière utilisée pour la fabrication de ces reliures. Pour certains, il s’agirait de pollopas (un matériau proche de la galalithe) et pour d’autres, d’un type de bakélite. Dans tous les cas, il s’agit d’un polymère thermodurcissable, de la matière plastique en somme, qui vers 1930 commence tout juste à être utilisée dans l’industrie et dans l’art-déco. Le dos et les plats de la reliure sont articulés grâce à des charnières de type « piano », permettant d’ouvrir le livre complètement et rendant la manipulation des plus agréables. Malheureusement, il s’avère que la fragilité relative et le coût de ce type de reliure ont mis fin au procédé de fabrication. A manipuler avec précaution donc, car les coins et charnières ont tendance à casser sous les chocs ! Nos deux exemplaires ne présentent cependant ni manque ni fêlure!
Sapho de Daudet, relié par Jotau
On remarque que les titres sont gravés dans du métal poli (en étain, plus précisément) et que dans le cas du « Sapho » d’Alphonse Daudet, la pièce de titre est encadrée par deux frises décoratives de style Art Déco. Il faut également préciser que les plaques correspondent bien au titre et à l’auteur des ouvrages (ce qui n’était pas toujours le cas avec les reliures Jotau) !
Une fois le livre ouvert, un autre atout de charme apparaît : les gardes, mises en valeur par les larges marges de pollopas noires. Faites de papier peint avec des motifs d’écaille, leurs couleurs vives et chamarrées sont remarquablement belles !
Le procédé Jotau et l’industrialisation du livre
Intéressons-nous maintenant à la fabrication de ces intéressantes reliures ! En 1908, Joseph Taupin (Jo-Tau) rachète une petite maison de cartonnage et de brochage de livres située à Paris. C’est lors d’un séjour aux États-Unis qu’il découvre les nouvelles méthodes de production à l’américaine mettant en avant la rationalisation des tâches et la gestion d’entreprise. Séduit, Taupin décide d’utiliser ces nouveaux procédés à son retour en France. Il devient ainsi le premier relieur d’envergure industrielle. En 1923 et par l’intermédiaire de la maison Hachette, l’entreprise de Joseph Taupin s’associe à l’Imprimerie Paul Brodart. En 1957, leur production journalière s’élève à 175 000 livres ! Cette entreprise historique a définitivement fermé ses portes en 2010.
Reliure Jotau, breveté S.G.D.G.
Cette reliure Jotau est un intéressant essai, cherchant à mêler innovation industrielle et esthétisme. En effet, cette reliure industrielle est un produit typique des recherches techno-artistiques Art Déco des années 1920. Joseph Taupin aurait même breveté son procédé de fabrication, ce qui paraît peu probable. On peut qualifier le travail de Taupin sur cette reliure « d’avant-gardiste » étant donné l’esthétique très recherchée pour l’époque, comparable à des créations plus contemporaines.
Les confrères de Joseph Taupin disaient de lui : « Taupin est à la reliure ce que Citroën est à l’automobile ».
6 Jan 2022
0 CommentsLivres illustrés modernes par François-Louis Schmied et Georges Barbier
Nous sommes dans les premiers jours de la nouvelle année, et avec elle nous accueillons la fin de la période des fêtes. Mais à la librairie Abraxas, c’est Noël toute l’année ! Découvrez ci-dessous les dernières nouveautés pour une sélection spéciale livres illustrés.
Vol de Nuit
Le livre présenté sur l’image ci-dessous fait partie d’un tirage limité à 35 exemplaires imprimés sur vélin en 2014 par Javier Martín Santos. Le fameux texte de Saint-Exupéry constituait initialement le sujet d’un projet de création de l’illustrateur François-Louis Schmied ; cependant, à sa mort en 1941, il n’avait eu le temps de réaliser que 5 aquarelles. Son fils Théo Schmied reprit le flambeau et termina le projet en 1947 ; celui-ci resta inédit jusqu’en 2014, jamais publié. C’est chose faite avec l’éditeur espagnol Javier Martín Santos : ce tirage présente le texte de Saint-Exupéry dans une reliure en demi-peau chagrinée noire, les plats de papier crème illustrés de filets et d’un bandeau bleu nuit traversé par un avion en pleine ascension dans un style typiquement Art Déco. Cet exemplaire, fourni avec son étui, porte le numéro 20 et s’accompagne d’un envoi et d’une esquisse de la main de l’artiste éditeur. Les 29 illustrations en couleurs (dont deux dessins en noir et blanc), parfaits témoignages du style épuré de Théo Schmied, complètent ainsi les aquarelles de son père, dont la patte se révèle plus détaillée. Ce tirage de Vol de Nuit est également augmenté d’un historique de l’édition, et des notices biographiques sur l’auteur et les deux illustrateurs.
Chansons de Tanger
A l’origine, les Chansons de Tanger sont une vingtaine de chants de femmes arabes traduits par Elisabeth Chimenti, traduction destinée à être publiée dans une anthologie sous la direction de Henri Duquaire. Ce dernier en a autorisé la publication pour une édition imprimée en 1939 par François-Louis Schmied au nom de M. Georges Desoubry. A cette occasion, Schmied avait également réalisé 21 illustrations en couleur à la détrempe. Son fils Théo Schmied réalisa la typographie selon la maquette du père. L’exemplaire unique de cette édition a été acquis par la BNF (Bibliothèque Nationale de France) en 1991. En 2013, Javier Martín Santos en réalise un nouveau tirage, un fac-similé limité à 99 exemplaires. L’ouvrage présenté dans l’image ci-dessous est le numéro 40. La traduction originale de Elisabeth Chimenti est augmentée d’un historique et de deux notices biographiques portant sur la traductrice et l’illustrateur, accompagnées de deux portraits photographiques en noir et blanc. Ces derniers ajouts sont également traduits en espagnol ; la traduction espagnole des chants se trouve également en annexe.
La Guirlande des Mois
Peut-être cette appellation vous paraît-elle familière : on retrouve quelques fois ces petits almanachs lors d’une vente, mais il est plus rare de tomber sur la collection intégrale. Nous avons la chance de vous présenter ici les cinq volumes, complets de leur jaquette et étui illustrés à l’exception de l’almanach de la première année 1917. La Guirlande des Mois a été publiée chez Jules Meynial à partir de 1917, en pleine Première Guerre Mondiale, et ce jusqu’à la publication du cinquième almanach en 1921. Cette collection se distingue par le charme et la préciosité de ses reliures, illustrées par des gravures de Georges Barbier imprimées sur soie tissée dans un style Art déco caractéristique des œuvres de l’illustrateur.
Peintre et dessinateur de mode, Barbier a fait carrière au début du XXème siècle. Il exposa régulièrement au Salon des artistes décorateurs. Il travailla souvent pour des revues de mode : le Journal des dames et des modes, la Gazette du Bon Ton, Femina, Vogue France… Il a également fait des incursions dans les mondes du théâtre, du music-hall et du cinéma en étant l’auteur de nombreux décors et costumes : Barbier est à l’origine des costumes portés par Rudolph Valentino dans le film Monsieur Beaucaire réalisé par Sidney Olcott en 1924.
Son style fleuri et printanier, les silhouettes déliées des figures féminines, les entrelacs alambiqués, que l’on retrouve avec la Guirlande des Mois, sont représentatifs du mouvement Art Déco qui était alors à son apogée lors de la publication des almanachs. On retrouve d’ailleurs, dans chacun des volumes, six planches coloriées au pochoir par l’illustrateur. Mais l’élégance de ces images ne constitue pas la seule particularité de la Guirlande des Mois. En effet, parmi les dessins de Barbier et les éléments que l’on peut s’attendre à trouver dans un almanach (calendrier ou feuilles de notes), les volumes de cette collection contiennent également des textes signés de plumes fameuses : Albert Flament, René Boylesve, Gérard d’Houville, Mme de Noailles, Edmond Jaloux…