Lors d’un précédent article concernant la revue « le Tour du Monde » nous avions évoqué avec vous le splendide voyage de Gustave Doré en Espagne en 1863. Nous vous présentons ici un voyage bien antérieur -puisqu’il date de 1836- et également illustré par un artiste reconnu de la première moitié du XIX° siècle : David Roberts, un artiste que l’on connaît surtout pour ses illustrations du voyage en Egypte qu’il effectuera en 1838. Dans ce livre sont réunies les 3 excursions d’Edouard Magnien en Espagne. (Excursions en Espagne, ou chroniques provinciales de la péninsule. Andalousie – La Biscaye et les Castilles – Le Royaume de Grenade) C’est du voyage en Espagne de David Roberts (1832) que sont tirées les gravures et les suites présentes dans cette rare édition complète du voyage de Magnien. En 1837 sont donc publiées les gravures de Roberts en Angleterre sous le titre « Picturesque sketches in Spain » et les 1200 exemplaires de ce livre sont épuisés en deux mois. Mais c’est en 1836 que les gravures paraissent pour la première fois outre-manche dans le « Jenning’s landscape annual or tourist in spain for 1836 ». Notre exemplaire contient, en plus des gravures, des suites que l’on trouvait dans le Jenning’s. Les exemplaires comprenant les 3 excursions sont rares.
Lorsqu’on prononce les mots « Tintin en noir et blanc », le grand public pense immanquablement à « Tintin au Pays des Soviets » paru en 1930. Et pourtant, entre 1931 et 1941, ce ne sont pas moins de huit albums de Tintin qu’Hergé a fait éditer en format noir et blanc : « Tintin au Congo » (1931), « Tintin en Amérique » (1932), « Les Cigares du Pharaon » (1934), « Le Lotus Bleu » (1936), « L’Oreille Cassée » (1937), « L’Ile Noire » (1938), « Le Sceptre d’Ottokar » (1939), et enfin « Le Crabe aux Pinces d’Or » (1941), épisode fameux entre tous, puisqu’il marque la première apparition du Capitaine Haddock dans l’univers de Tintin.
En dehors du cercle des collectionneurs chevronnés, d’aucuns pourraient se questionner quant à l’intérêt de ces albums (étant donné que ceux-ci ont depuis été réédités en couleur). Ce qui en constitue l’attrait principal, c’est que les dessins d’Hergé ne sont pas tout à fait les mêmes que dans les rééditions ultérieures. Ainsi, dans l’édition de 1938 de « L’Ile Noire », les inénarrables jumeaux policiers Dupond et Dupont arborent des visages aux expressions martiales, pour ne pas dire belliqueuses, beaucoup plus prononcées, ce qui agrémente le récit d’un suspense supplémentaire. De même, le noir et blanc ajoute à l’ensemble de l’histoire une indéniable tension dramatique, qui est plus atténuée dans l’édition en couleur.
En dehors même de la superbe patine des pages et de l’évidente beauté plastique de ces albums, la rareté extrême de ces éditions constitue à elle seule une qualité primordiale pour tout collectionneur de Tintin qui se respecte ! D’autant plus que chaque album est agrémenté de quatre pages en couleur, où figurent plusieurs scènes-clés du récit (par exemple, le périple en avion de Dupond et Dupont dans « L’Ile Noire »), isolées de manière splendide, ce qui renforce l’aspect « culte » de ces éditions.
La Librairie Abraxas-Libris propose, outre un triptyque « collector » en noir et blanc ( »Le Sceptre d’Ottokar/ »Tintin en Amérique »/ »Le Crabe aux Pinces d’Or »), un coffret regroupant en petit format l’intégralité des éditions originales de Tintin. Il s’agit là, à n’en pas douter, d’une pièce maîtresse dans l’édition des œuvres d’Hergé, qui ravira aussi bien les collectionneurs aguerris que les néophytes émerveillés (« Tintin au Congo » mis à part, pour des raisons évidentes – Hergé s’est heureusement rattrapé ensuite avec le discours humaniste de « Coke en Stock« ). Grâce à cette magnifique entreprise de réédition, la magie de Tintin traverse, intacte et sans cesse renouvelée, les décennies pour se décliner dans tous les formats (dont le plus récent est une adaptation filmique des plus soignées par le grand Spielberg).
Pendant l’entre-deux-guerres, de jeunes artistes bretons se regroupent et se fixent un objectif: mettre les arts celtes et breton en particulier au goût du jour. De cette volonté est né le mouvement Ar Seiz Breur (des Sept Frères en breton). Abraxas-Libris vous invite cette semaine à la découverte d’un phénomène artistique régional peu connu et qui pourtant influence encore les artistes bretons d’aujourd’hui.
Bois gravé extrait de « L’Histoire de Notre Bretagne » (1922) par Jeanne Malivel
L’art breton modernisé
Plusieurs versions existent, mais c’est probablement lors d’un cours de celtique à la Sorbonne de Paris que Jeanne Malivel, René-Yves Creston et Georges Robin se rencontrent. Puis, c’est dans un second temps, en 1923 lors d’un pardon à Folgoët que ces derniers (rapidement rejoints par James Bouillé) décident de concrétiser leurs projets. Les artistes sont céramistes, architectes, graveurs ou peintres et font l’état des lieux de l’art traditionnel breton au lendemain de la guerre 14-18. Bretons d’origine, ils ont également étudié les arts décoratifs à Paris et regrettent l’immobilisme de l’art breton qu’ils jugent figé dans le passé. Pour eux, il existe trois raisons principales à cette perception surannée. La culture parisienne d’une part, prenant le pas sur les cultures régionales traditionnelles en les faisant passer de mode. La naissance du tourisme d’autre part, incitant les bretons à conserver leurs attributs pittoresques: l’époque dite de la « biniouserie« . Enfin, nous l’évoquions plus tôt, l’après-guerre et la production massive de monuments aux morts souvent commandés en série, au détriment des sculpteurs et tailleurs de pierre locaux.
Vue générale de la façade occidentale de la chapelle de Coat-Quéau édifiée par James Bouillé, à Scrignac, Finistère, Bretagne, France.
Pour les jeunes artistes, l’art se doit d’être l’expression vivante de son peuple et non se contenter de reprendre les mêmes recettes éculées. Tout l’enjeu réside dans le fait de reprendre les codes de l’art traditionnel breton tout en le modernisant.
Sous l’impulsion de Jeanne Malivel, le groupe se trouve un nom symbolique : Ar Seiz Breur, (« les Sept Frères »), une idée qui serait tirée d’un conte du pays gallo.
Île Tristan : la chapelle des aviateurs (dénommée ainsi en l’honneur de l’aviateur Dieudonné Costes, ami de Jacques Richepin ; de style néobreton ; construite en 1930 en granit gris de Lanhélin par l’architecte James Bouillé, qui faisait partie du mouvement des Seiz Beur et devenue caveau familial de la famille Richepin)
Les membres fondateurs du mouvement des Seiz Breur
Les trois membres fondateurs ont vite été rejoints par d’autres artistes du milieu culturel breton. Voici quelques-uns de leur représentants.
Xavier de Langlais (né à Sarzeau 1906 – 1975), peintre, graveur, céramiste, verrier et écrivain. Rejoint l’Unvaniezh Seiz Breur en 1924. Militant breton, il œuvrera notamment pour l’art chrétien breton et la langue bretonne vannetaise avec plusieurs revues culturelles. Il fera sa carrière en tant qu’enseignant à l’École des Beaux-Arts de Rennes.
« Inizi ar Yaouankiz », par Xavier de Langlais. Musée de Bretagne: 2008.0032.13.1.
Jakez Riou (né à Lothey 1899 – 1937), écrivain en langue bretonne, il participe notamment à la revue littéraire Gwalarn.
Xavier Haas (né à Paris 1907 – 1950), peintre et graveur. Breton d’adoption, il y rencontre Xavier de Langlais et rejoint les Seiz Breur en 1936 à l’occasion de l’Exposition Internationale de Paris (pavillon Bretagne).
Creston René-Yves et Suzanne (nés à Saint-Nazaire 1898 – 1964 et 1899 – 1979). Lui: peintre (officiel de la Marine), sculpteur, graveur mais aussi ethnologue. Co-fondateur du mouvement qu’il dirigera jusqu’en 1944 où il cédera sa place à Xavier de Langlais (résistant). Elle: céramiste, elle créera par la suite avec Marguerite Gouarlaouen la confrérie des Nadoziou « les aiguilles » afin de promouvoir l’art du tissage.
« Le vieil arbre ». Estampe de Jeanne Malivel. Musée de Bretagne: 2006.0007.8.
Jeanne Malivel (née à Loudéac en 1895), elle se tourne vers la peinture, l’illustration et la gravure. Elle participe à la création du journal régionaliste Breiz Atao. Co-fondatrice des Seiz Breur, elle s’en éloigne après des divergences au sein du groupe et meurt prématurément de la typhoïde en 1926.
Youenn Drezen (né à Pont-l’Abbé 1899 – 1972) est journaliste et écrivain, et cherche à travers l’adhésion à de nombreux mouvements littéraires, culturels et artistiques à redonner ses lettres de noblesse à la culture bretonne en général. Gwalarn, Al liamm, Radio Roazon Breiz, L’Heure bretonne, Stur, La Bretagne…
Leurs sources d’inspiration gravitent autour de thèmes séculaires bien ancrés dans l’imaginaire breton: toutes les mythologies celtiques, les incontournables légendes bretonnes (Brocéliande et cycle arthurien), le druidisme, la religion (pardons, pèlerinages, vie des saints). Sans pour autant oublier d’y intégrer la vie quotidienne en reprenant les thèmes traditionnels de la ruralité et de la maritimité. Les décors surchargés, la lourdeur sont abandonnés, pour ne laisser qu’un motif, une forme, épurés et conservant malgré tout l’esprit breton / celte. L’art, bien que plus abstrait reste populaire et décoratif ; il est décliné sur les objets de la maison (faïence, textile, mobilier). Aujourd’hui encore, ce renouveau a gardé sa beauté, sa modernité et continue d’inspirer les nouvelles générations d’artistes.
—- Les curieux peuvent voir ici une petite vidéo présentant une exposition sur le mouvement Seiz Breur aux Beaux-Arts de Rennes (2000). —-
L’art néobreton s’étend aussi au design mobilier, avec ici des assiettes dessinées par Jeanne Malivel
Pour terminer, nous vous laissons avec quelques illustrations caractéristiques du mouvement Seiz Breur (tirées de nos étagères), dont « Ene Al Linennou« , un livre important dans lequel son auteur, Xavier de Langlais y expose ses idées sur l’art et notamment l’importance des lignes dans le dessin et la peinture. Un ouvrage proche de l’essai sur l’art décoratif breton!
Composée de plusieurs volumes magnifiquement illustrés, cette anthologie de la revue « Le Théâtre » (1898-1914) subjuguera sans nul doute les amoureux du quatrième art. En effet, en feuilletant cette série de livres – lesquels regroupent divers numéros du défunt bimensuel –, le lecteur est comme propulsé dans une machine à remonter le temps qui, comme par enchantement, le transporte dans l’univers baroque et décadent du théâtre français de la Troisième République.
Ainsi qu’à travers une fenêtre donnant sur le passé, l’on peut ici contempler un instantané remarquable des pièces et des opéras d’antan, par le truchement de nombreuses photographies stylées – tant en couleur qu’en noir et blanc – qui restituent à merveille l’ambiance délicieusement surannée de cette époque révolue.
Parcourir ce recueil, c’est comme effectuer une plongée vertigineuse dans le monde chatoyant de Sarah Bernhard, où des actrices aussi captivantes que charismatiques, parées comme la Callas dans le long-métrage Médée, dévoilent un aperçu de leur talent scénique. Une pose gracile, un sourire mutin, une tenue d’impératrice, et c’est tout un pan du théâtre ancien qui ressuscite sous les yeux du lecteur conquis.
Les publicités d’époque, réparties harmonieusement entre les articles, participent toutes à l’émouvant charme vintage de ce recueil. Chaque numéro du bimensuel est aussi agrémenté d’articles de qualité, décrivant en détail le monde féerique des divas, des cantatrices et des tragédiennes d’autrefois, habillées de vêtements de rêve où le glamour le dispute au sublime, et posant avec grâce devant des décors somptueux et des cadres princiers.
La librairie Abraxas Libris propose l’édition complète (en très bon état général) de cette anthologie exceptionnelle, qui ravira les passionnés du théâtre. Un chef d’œuvre du genre, à acquérir absolument !
De 1979 à 1990, les défuntes Éditions Néo (Nouvelles Éditions Oswald) ont occupé une place, sinon éminente, du moins remarquable et en tout cas entièrement à part, dans le domaine de l’édition française. Sans exagération aucune, l’on peut dire que les Éditions Néo ont, en leur temps, fait figure de projet pionnier et avant-gardiste en matière de littérature fantastique.
Car contrairement aux États-Unis, où, dans les années 70-80, les publications « de genre » comptaient une centaine de nouveaux titres chaque mois (Patrice Duvic en sera lui-même abasourdi lors d’un voyage outre-atlantique au début des eightees), la France faisait à cette époque figure de « mauvaise élève », se contentant de sortir péniblement quelques dizaines d’ouvrages par an.
A l’heure même où Lovecraft était traduit derrière le Rideau de Fer (dans la Hongrie de János Kádár) et où la science-fiction soviétique, se jouant de l’implacable censure du Kremlin, déployait ses fastes chromatiques jusque dans le monde libre, la France, désespérément fidèle à son austère esprit cartésien, demeurait à tout le moins frileuse, pour ne pas dire récalcitrante, vis-à-vis de la littérature fantastique.
Certes, quelques dizaines de titres (pas forcément les meilleurs) furent présentés, dans la France « libéralisée » de Giscard, par la Librairie des Champs-Élysées (collection « Le Masque Fantastique ») et par la Bibliothèque Marabout aux Éditions Stock. Les Éditions Denoël, dans leur collection « Présence du Futur », avaient elle aussi – il est vrai – présenté quelques maîtres du genre, Ray Bradbury en tête, mais sans faire preuve de beaucoup d’audace éditoriale. Pour ne pas effrayer la bonne bourgeoisie bien-pensante, déjà passablement défrisée par Mai-68 , mieux valait s’en tenir rigoureusement aux auteurs « sages », quitte à laisser dans l’ombre une pléthore de talents subversifs…
Portées par le tandem Hélène Oswald et Pierre-Jean Oswald, les Éditions Néo arrivèrent avec fracas sur le devant de la scène littéraire fantastique en 1979. Les lecteurs de l’époque se souviennent encore des couvertures mythiques de Jean-Michel Nicollet, glauques et effrayantes à souhait, qui tranchaient radicalement avec les timides illustrations de Tibor Csernus au « Masque Fantastique ».
En choisissant d’emblée de donner la voix à des auteurs inconnus du public francophone, les Éditions Néo ont initié l’élan d’un intense mouvement d’engouement pour le roman fantastique, qui culminera avec l’excellente collection « Pocket Terreur », dirigée de 1989 à 2003 par le regretté Patrice Duvic, et par la collection « J’ai Lu épouvante », de moindre qualité (passons sur la très médiocre collection « Gore » au Fleuve Noir, d’une vulgarité inouïe et d’une indigence affligeante).
Bien plus, en prenant le pari risqué de présenter des auteurs phares méconnus du public français, les Éditions Néo conférèrent rapidement leurs lettres de noblesse à la littérature fantastique, grâce à un travail éditorial d’une qualité rare et par un soin méticuleux apporté à la fabrication du livre, à tel point que lecteur pouvait avoir l’impression d’acheter un objet de luxe à bas prix. Acquérir un Jean Ray (déjà édité auparavant) en format Néo, c’était presque comme acheter du Zola en Pléiade, toutes proportions gardées.
Avec leur emblématique collection « Fantastique/SF/Aventure », Hélène et Pierre-Jean Oswald misèrent d’emblée sur Robert E. Howard, le père de « Conan le Barbare », proposant au public des œuvres de première classe tels que « Le Pacte Noir » et « Kull, le Roi Barbare », qui offraient un dépaysement radical dans les terres sombres de la Dark Fantasy. Mais la véritable révélation allait venir avec l’édition complète des œuvres de Clark Ashton Smith, dont Lovecraft lui-même chanta les louanges. Parmi les amateurs chevronnés de littérature fantastique, nul n’a oublié « La Gorgone », « L’Île Inconnue » ou encore « L’Empire des Nécromants », récit stupéfiant qui osait aborder de manière frontale le thème sulfureux de la nécrophilie (alors que l’auteure française Gabrielle Wittkop, en publiant « Le Nécrophile » chez Régine Deforges en 1972, s’était immédiatement attirée les foudres de la censure gaulliste – à tel point que son livre fut interdit par Pompidou en personne, avant de rester invisible pendant vingt-six ans, jusqu’à sa réédition aux Éditions La Musardine en 1998).
Graham Masterton, un autre auteur percutant dont les œuvres célèbrent sans fard les noces d’Éros et de Thanatos, eut également droit à tous les honneurs (mérités) de la part des Éditions Néo : grâce au formidable travail du traducteur François Truchaud, le public français put découvrir des œuvres choc d’une éclatante qualité littéraire, telles que « Rituel de Chair », « Le Démon des Morts », « Le Jour J du Jugement », « Le Portrait du Mal » (lauréat du Prix Julia-Verlanger 1988) ou encore « Le Miroir de Satan », somptueuse variation sanglante sur le thème d’ « Alice de l’autre côté du miroir » de Lewis Carroll (réédité dans la collection « Pocket Terreur » dès 1991, l’ouvrage s’est au fil du temps vendu à plusieurs dizaines de milliers d’exemplaires dans l’Hexagone).
Signalons encore William Hope Hodgson, auteur brillant et raffiné (un précurseur injustement oublié de Lovecraft), qui fut remis à l’honneur grâce au flair imparable du couple Oswald, prompt à dénicher les chef-d’œuvres cachés ou invisibles. Dès le début des années 80, le public français put frissonner avec des titres évocateurs comme « La Chose dans les Algues », « L’Horreur Tropicale » et « Les Pirates Fantômes », aujourd’hui fort recherchés et vendus à prix d’or sur les sites de vente en ligne…
Loin de se limiter au fantastique, les Éditions Néo, à travers diverses collections hétéroclites, publièrent pendant dix ans de nombreux romans policiers (notamment les œuvres de Robert Bloch, maître incontesté du suspense – « Psychose », « Le Train pour l’Enfer », « Les Yeux de la Momie », « Retour à Arkham », etc.), ainsi que des récits d’aventure et de science-fiction, établissant en quelques années un impérissable patrimoine littéraire. Qu’Hélène Oswald et son défunt mari en soient remerciés : sans leurs admirables efforts, un pan entier de la littérature serait demeuré totalement méconnu du grand public, ce qui eût été fort dommage.
Après une cessation d’activité en 1990, suite à l’apparition d’une concurrence effrénée (« Pocket Terreur » et « J’ai Lu épouvante » notamment), Hélène et Pierre-Jean Oswald poursuivirent ensuite leurs travaux au sein des Éditions Les Belles Lettres, qui hébergèrent la collection « Le Grand Cabinet noir » de 1998 à 2000 (jusqu’au décès de Pierre-Jean Oswald) – laquelle accueillit d’anciens livres parus chez Néo, mais aussi des inédits de l’anglais Colin Wilson, l’expert incontesté de l’occultisme et de l’ésotérisme.
Actuellement, la Librairie Abraxas-Libris propose à Bécherel un panel variable d’ouvrages parus aux Éditions Néo ainsi qu’au « Grand Cabinet noir », permettant ainsi aux lecteurs de découvrir ou de redécouvrir les chefs-d’œuvres oubliés de la littérature « de genre ».
Nous nous replongeons cette semaine dans une période sombre de l’Histoire : les guerres mondiales. Avec cependant un élan irrépressible de patriotisme et d’admiration pour nos héros tombés au combat pour l’amour de la « Patrie ». Vous l’aurez deviné, le sujet de ce papier porte sur la littérature populaire et la propagande de guerre au travers de la fameuse Collection Patrie, des Editions Rouff. Un hommage aux anciens combattants doublé d’un amour déraisonné de la nation. Aux armes, et caetera!
Le général Leclerc (collection « patrie » n°56)
Collection Patrie, caractéristiques
C’est en février 1917 que le premier numéro de la série voit le jour, sous l’impulsion de l’éditeur Frédéric Rouff (fils du fondateur de la maison d’édition Jules Rouff). Sa ligne éditoriale : raconter chaque semaine un fait de guerre réel, de façon plus ou moins romancée. Chaque épisode se concentre sur un conflit toujours en cours ou bien résolu et met en avant un personnage (Général Leclerc, Satanas), une action action collective (« Clandestins contre Gestapo« , téléphonistes) ou un lieu (Belfort, Tokio, Corse). Le tout en glorifiant l’action de l’armée française et en diabolisant l’ennemi absolu d’outre-Rhin (« L’espionnage Boche en Suisse« ).
Les épisodes paraissent donc à une fréquence hebdomadaire sous la forme de fascicules de 24 pages, d’environ 15 x 20 cm et au dos agrafé. Une particularité séduisante pour les lecteurs de l’époque : la couverture invariablement illustrée et en couleurs représentant des hommes et des engins militaires au cœur de l’action! Parfois, quelques illustrations en noir et blanc se glissent même dans le texte. Etant données les restrictions ayant cours durant ces périodes de guerre, les tirages originaux souffrent d’une impression de mauvaise qualité. En effet, le papier et a fortiori le bon papier se fait rare et la littérature populaire n’est pas prioritaire sur la liste des industries demandeuses de papier. C’est pourquoi la Collection Patrie fait -dès que cela est possible, l’objet de nombreuses réimpressions. Le succès populaire est au rendez-vous et même le passage de son prix de 10 à 30 centimes ne décourage pas le lecteur, friand de ces histoires ô combien d’actualité alors.
La collection paraîtra en 4 séries entre 1917 et 1951, regroupant en tout près de 300 épisodes :
La première série de 154 fascicules de 1917 à 1920, retrace les débuts de la GMI.
La deuxième série de 10 fascicules de 1939 à 1940, se centre elle sur les débuts de la GMII.
La troisième série de 30 fascicules sur l’année 1946, met en avant les opérations de reconquête du pays et s’intitule « Patrie libérée« .
La quatrième série de 75 fascicules de 1947 à 1950, relate les différents « exploits » ayant eu lieu pendant la GMII.
Il existe une cinquième série de 20 fascicules à partir de 1950 s’intitulant « Collection Patrie – Sois un homme! », cependant elle ne traite pas vraiment de la guerre et se concentre sur des exploits de « civiles ».
Collection Patrie (complet des 154 fascicules)
Les artisans de la Collection Patrie
Au fil des séries, la collection Patrie a fait appel à une quarantaine d’auteurs, dont le plus célèbre n’est autre que Léon Groc (1882-1956). Cet écrivain populaire des plus prolixe et aux pseudonymes multiples est alors connu pour ses romans policiers, de science-fiction et sentimentaux. Il prendra également en charge la direction littéraire de la collection. D’autres auteurs eux aussi issu de la littérature populaire prennent la plume pour la collection Patrie :
–Gustave Le Rouge (1867-1938), écrivain, poète, essayiste, critique et journaliste
–Georges Spitzmuller (1866-1926), écrivain, dramaturge, journaliste et librettiste
–Georges-Gustave Toudouze (1877-1972, à ne pas confondre avec son père Gustave Toudouze également écrivain), écrivain, historien et journaliste
En ce qui concerne les illustrations -de couverture notamment, beaucoup sont réalisées par un certain Gil Baer (1863-1931). Illustrateur de métier, il réalise à côté de la collection Patrie (et autres publications dramatiques) des dessins humoristiques. Sa carrière l’amènera à travailler avec Le Pèle Mêle, La Chronique parisienne ou encore Le Petit Français Illustré.
Venez découvrir en librairie la série des « Biggles » dans sa quasi intégralité !
Nous proposons à la vente la série quasi complète des romans « Biggles », consultable ici, comprenant les romans publiés par les Presses de la Cité (hormis trois : « Les héros de Biggles », « Biggles au Pérou », « Biggles chasse le millionnaire ») ; la totalité des romans publiés chez Arthaud ; cinq volumes des Editions G.P. dans la collection spirale. La série est en bon état général.
James Bigglesworth, alias Biggles, est le héros mondial et intemporel de littérature jeunesse imaginé par William Earl Johns dans les années 30. Pilote de la première guerre mondiale, au Royal Flying Corp, W. E. Johns reste militaire jusqu’en 1931 en tant qu’instructeur de vol. Puis il se tourne vers l’écriture et crée un héros positif, Biggles, dans le but d’enthousiasmer le jeune lectorat par ses exploits.
Aviateur britannique né aux Indes en 1899, éduqué en Angleterre pour des raisons de santé, Biggles apprend à piloter pendant la Première Guerre mondiale et devient chef d’escadrille, avant de rejoindre la Royal Air Force quand la Seconde Guerre mondiale est déclarée. Après la guerre, il poursuit sa carrière dans l’aviation et ses missions secrètes en tant qu’agent pour l’Intelligence Service britannique.
Le personnage, héros d’une série de 98 romans et de plusieurs nouvelles, apparaît pour la première fois dans le récit The White Fokker, publié dans le premier numéro de Popular Flying Magazine. Ses aventures passionnantes et documentées, en Angleterre et dans des contrées exotiques, inspirées des propres expériences de l’auteur, reflètent admirablement l’ambiance de l’époque. La série connaît un grand succès dès l’avant-guerre. Thèmes de l’aviation et de la découverte du monde, scénario solide, personnages bien campés qui offrent une pluralité narrative, suspense, sentiments positifs et élévation morale : autant d’ingrédients qui justifient l’enthousiasme du public jeunesse.
Les Presses de la Cité éditent les premières aventures de Biggles dès 1946. Le succès s’essouffle à partir du début des années soixante. Les Presses de la Cité arrêteront alors la série mais le héros continuera à vivre dans d’autres collections avant de connaître un nouvel âge d’or avec la bande dessiné.
Les Presses de la Cité publieront de nombreux autres titres du Captain Johns mettant en scène d’autres héros : King, dit Gimlet, Worrals, l’aviatrice, Steeley le détective, etc. Nous en proposons certains exemplaires ici.
(certaines images peuvent heurter la sensibilité des plus jeunes ainsi que des personnes non averties)
A travers siècles et civilisations, les représentations des jeux de l’amour, l’érotisme et la pornographie (les frontières restent plus que floues), enrichissent sans fin arts et littératures.
Des récits transgressifs et libertins vendus sous cape à une sorte de contre-culture pour initiés, des amours coquines aux perversions raffinées…voici quelques ouvrages qui vous feront reposer votre exemplaire de Fifty Shades of Grey.
Les jeux de l’amour :
Le Kama Sutra, illustré par Dubout, In-4 (27,5 x 22 cm), 247 pages, relié sous emboîtage illustré, relié en skyvertex noir, tête dorée, dos à quatre nerfs, Cupidon au dos et signature de Dubout sur le premier plat, illustrations couleurs in et hors texte.
Récits érotiques roses foncés :
Giamiani ou Deux nuits d’excès, par Alfred de Musset, In-4 (34×25 cm), broché, couverture illustrée, 122 pages, dessins en noir et blanc de Gilbert Garnon, préface de Françoise d’Eaubonne.
Jeux innocents par Tomy,123 pp. pour ce volume in-4 relié, demi-chagrin à coins. Ouvrage manuscrit, sur simili Japon, à l’encre noir, avec quelques lettrines à l’encre rouge, et 9 dessins d’ornement (cul-de-lampe, etc.) Récit d’une initiation amoureuse et sexuelle, écrit par Tomy (qui avoue 80 ans dans une préface postérieure, et espère que son récit pourra servir à la jeune génération). Il aurait été édité en 1902 par Hirsch et Dutel. Ex-libris prestigieux (Gérard Nordmann). [Réf. : Pia, Enfer, 692 (pour une édition de 1919) ; Perceau 307 ; Dutel 416 et 417 (éditions de 1902 et 1912)]
Oeuvres du Marquis de Sade :
L’histoire de Jérôme , par le Marquis de Sade, In-8 (19.5×25 cm), broche sous couverture rempliée, sous chemise et emboîtage, 124 pages, ouvrage illustré de 12 eaux-fortes originales rehaussées de couleurs par un artiste inconnu, deux lettrines illustrées en couleurs, un des 275 exemplaires du tirage classique.
Juliette, par le Marquis de Sade, Grand volume in-folio (42 x 32 cm), cartonné toile rouge, titre imprimé doré sur le premier plat et le dos, sous emboîtage cartonné toile rouge identique. 114 pages. TIRAGE DE LUXE pour cette adaptation graphique du célèbre roman de Sade par Philippe Cavell et Francis Leroi, tirage limité à 500 exemplaires, tous accompagné d’une planche (volante) numérotée et signée par Philippe Cavell.
Pour les publics avertis :
Punitions et dressage, In-4 à l’italienne (21*27), dos carré collé, couverture souple illustrée, 64pp., nombreuses illustrations hors texte.
La flagellation passionnelle, In-8 (13,5 x 19 cm) relié, demi-chagrin ocre brun, 279 pages, couverture conservée, catalogue de l’éditeur in fine, 10 illustrations noir et blanc hors-texte.
Vous pouvez retrouver tous nos ouvrages sur ce même thème ici :
A tous : nos amis du livre, clients, collègues libraires, bibliophiles, lecteurs, auteurs, journalistes, reporters et à tous ceux qui poussent notre porte pour discuter, parler échanger et partager des moments de vie nous souhaitons une bonne année.
Cette année commence avec un arrivage important de philosophie. ( via ce lien une sélection de 1955 à 1971, à vous de préciser vos périodes, vos auteurs, ou vos mouvements favoris ). Tâchons donc de prendre cette année avec philosophie ! Jamais nous n’avons vendu autant de livres, qu’ils soient anciens ou modernes !!! Nous en profitons pour vous rappeler que la librairie Abraxas-Libris est ouverte 7 jours sur 7 de 10 à 12 et de 14 à 19h !!!
L’objet graphique de la semaine : illustrations de Kay Nielsen pour « Sous le signe du rossignol » de Henry Jacques en 1923 chez Piazza. Kay Nielsen illustrera lors de sa carrière quelques livres dont les classiques recueils de contes des frères Grimm et Andersen. Nous vous présentons ici quelques illustrations réalisées à la même période et une des dernières réalisation de cet artiste trop peu connu : « La nuit sur le Mont-Chauve » tiré du « Fantasia » de Walt Disney sur lequel il a travaillé, en marquant de son style l’entière production de ce passage.
Illustrations en couleurs de Kay Nielsen, pour "Sous le signe du Rossignol" de Henry Jacques 1 des 1500 exemplaires tirage unique sur japon.
Illustrations en couleurs de Kay Nielsen, pour "Sous le signe du Rossignol" de Henry Jacques 1 des 1500 exemplaires tirage unique sur japon.
17 Juin 2020
0 CommentsExcursions en Espagne, ou chroniques provinciales de la péninsule. Andalousie – La Biscaye et les Castilles – Le Royaume de Grenade par Edouard Magnien 1836
Lors d’un précédent article concernant la revue « le Tour du Monde » nous avions évoqué avec vous le splendide voyage de Gustave Doré en Espagne en 1863. Nous vous présentons ici un voyage bien antérieur -puisqu’il date de 1836- et également illustré par un artiste reconnu de la première moitié du XIX° siècle : David Roberts, un artiste que l’on connaît surtout pour ses illustrations du voyage en Egypte qu’il effectuera en 1838. Dans ce livre sont réunies les 3 excursions d’Edouard Magnien en Espagne. (Excursions en Espagne, ou chroniques provinciales de la péninsule. Andalousie – La Biscaye et les Castilles – Le Royaume de Grenade) C’est du voyage en Espagne de David Roberts (1832) que sont tirées les gravures et les suites présentes dans cette rare édition complète du voyage de Magnien. En 1837 sont donc publiées les gravures de Roberts en Angleterre sous le titre « Picturesque sketches in Spain » et les 1200 exemplaires de ce livre sont épuisés en deux mois. Mais c’est en 1836 que les gravures paraissent pour la première fois outre-manche dans le « Jenning’s landscape annual or tourist in spain for 1836 ». Notre exemplaire contient, en plus des gravures, des suites que l’on trouvait dans le Jenning’s. Les exemplaires comprenant les 3 excursions sont rares.