Nous nous penchons cette semaine sur un auteur devenu incontournable dans la littérature populaire : Georges Simenon. Si les noms de Commissaire Maigret, Liège et G. Sim vous intriguent, nous vous en disons plus sur cet écrivain hors-du-commun.
Georges Simenon
L’enfance précoce de Georges Simenon
Cet écrivain belge voit le jour à Liège le 13 février 1903. Son père, Désiré Simenon est comptable et sa mère, Henriette Brüll est employée de magasin. A 3 ans, le petit Georges sait déjà lire et écrire et est un écolier exemplaire, toujours en tête de classe. A 12 ans, il sait qu’il veut devenir écrivain. En 1918, il abandonne ses études et enchaîne des boulots alimentaires. Un an plus tard, il devient reporter pour « La Gazette de Liège », Georges Simenon n’est alors âgé que de 16 ans. Cette expérience aura une incidence directe sur ses écrits futurs. En effet, le jeune Georges s’intéresse tout particulièrement aux enquêtes policières et à tout ce qui concerne la police scientifique. Il produira plus d’un millier d’articles pour le journal et commencera même à utiliser plusieurs des ses fameux pseudonymes, dont le célèbre « G. Sim« .
Georges Simenon, un auteur prolifique
C’est en 1919 que Georges Simenon écrit son premier roman. « Le Pont des Arches » sera publié deux ans plus tard sous son pseudonyme de journaliste. Il ne s’arrêtera plus. Durant sa vie d’auteur, il écrit 117 romans sous son vrai nom et près de 200 romans populaires signés de différents pseudonymes. Si vous êtes fan de Maigret, sachez que Simenon a écrit 103 épisodes autour des aventures du personnage (soit 75 romans et 28 nouvelles). Certains se sont amusés à répertorier le nombre de personnages auxquels Simenon a donné vie, soit environ 9000 évoluant dans 1800 lieux du monde entier ! L’oeuvre de Georges Simenon est devenue une source d’inspiration pour le 7e art, à ce jour près de 65 films français ont été adaptés de ses romans, sans compter tous les épisodes de Maigret adaptés pour la télévision. En tout, les œuvres de Simenon se seront vendues à 550 millions d’exemplaires à travers une cinquantaine de pays.
En robe de mariée, de « Georges Sim »
Les 27 pseudonymes de Georges Simenon
En fonction des types d’ouvrages qu’il rédigeait, Georges Simenon utilisait son vrai nom ou alors un ou plusieurs pseudonymes. Écrivant énormément pour les journaux humoristiques et les revues légères, les pseudos consacrés à cette littérature sont les plus nombreux. On retient par exemple, Aramis, Bobette, Miquette, Pan ou encore Le Vieux Suiveur. Le pseudo de Christian Brulls (du nom de jeune fille de sa mère) était utilisé pour des écrits haut-de-gamme, tout comme Georges Sim. Simenon a aussi écrit des oeuvres « galantes », pour lesquelles il réservait d’autres noms plus croustillants, tels que Poum et Zette, Kim, Tom Gut ou encore Plick et Plock. D’autres, comme Georges Georges-Martin (et ses variantes), Jean Dorsage ou Jean Du Perry étaient quant à eux des noms réservés à des productions plus « bas-de-gamme ».
Après avoir passé toute une vie à écrire, Georges Simenon s’éteint à Lausanne, en 1989, à l’âge de 86 ans. Outre ses innombrables romans, il laisse derrière lui des essais, conférences, nouvelles, contes galants et autres écrits qui ont inspiré et continuent d’inspirer des auteurs, des réalisateurs et autres metteurs en scène. Sans oublier les millions de lecteurs qu’il a gardé en haleine et fait voyager !
Je me souviens de ma découverte de cette saga de Daniel Pennac. C’était en 1995, le quatrième volet, « Monsieur Malaussène » venait de sortir, en collection blanche chez Gallimard. J’avais vu une interview de l’auteur qui m’avait conquise : les précédents avaient été publiés en Série Noire (gérée au sous-sol de l’immeuble Gallimard, disait-il), là il montait d’un étage ! Et avec le sourire, il disait que peut-être, un jour, il serait édité encore à l’étage au dessus, dans La Pléiade…
C’est ce qui m’a convaincu d’aller me frotter avec sa plume : cet humour plein de désinvolture et de gentillesse.
L’idée de base, aussi : Benjamin Malaussène, le héros principal de la saga, a un travail pour le moins étrange : il est bouc-émissaire dans un grand magasin… Un client pas content se plaint à la direction ? Devant ce même client, la direction lui passe un savon, et le tour est joué ! Comme il avait l’art de toujours se trouver au mauvais endroit au mauvais moment, et de subir des récriminations injustes, il en a fait son métier…
Mais dans ce premier roman, Au bonheur des ogres, ce don étrange d’attirer les ennuis est quand même un sacré poids : après trois explosions de bombes sur son lieu de travail, tout porte à croire qu’il en est l’auteur !
Avec une brochette de personnages attachants etune écriture efficace, la lecture de ce roman (puis de « La Fée carabine« , de « La Petite Marchande de prose« , de « Monsieur Malaussène » et d’ « Aux fruits de la passion », plus la lecture de « Des chrétiens et des Maures« , longue nouvelle où la Saga Maulaussène croise le héros des romans de Jérôme Charyn) vous emmenera tout l’été en vagabondage, le sourire aux lèvres.
Le trait d’esprit, la petite méchanceté assassine, sont comme ces petits bonbons qui piquent la langue mais presque agréablement… On peut dire d’elle ce que dit René Descartes du chatouillement (oui, il y a une théorie cartésienne du chatouillement ! C’est dans le Traité des Passions, article 94 !)
« La cause qui fait que pour l’ordinaire la joie suit du chatouillement est que tout ce qu’on nomme chatouillement ou sentiment agréable consiste en ce que les objets des sens excitent quelque mouvement dans les nerfs qui serait capable de leur nuire s’ils n’avaient pas assez de force pour lui résister (…). C’est presque la même raison qui fait qu’on prend naturellement plaisir à se sentir émouvoir à toutes sortes de passions, même à la tristesse et à la haine, lorsque ces passions ne sont causées que par les aventures étranges qu’on voit représenter sur un théâtre, ou par d’autres pareils sujets, qui, ne pouvant nous nuire en aucune façon, semblent chatouiller notre âme en la touchant. »
Bref, de même que le chatouillement montre au corps sa propre puissance, de même, les traits d’esprit touchent en nous cette pointe d’intelligence qui nous réveille et nous fait sourire, même à nos dépens…
Ce volume de 1153 pages en expose un nombre incroyable, avec délice… Quelques exemple ?
Un client entre dans un restaurant où l’on jouait au violon une valse de Chopin, et s’effondre en pleurs. On s’étonne : « Ah, vous êtes Polonais ? » et lui : « Non, je suis violoniste… »
Ou Benjamin Disraeli qui disait de Daniel O’Connell, activiste irlandais : « Il a commis tous les crimes, à l’exception de ceux qui requièrent du courage… »
Ou encore George Bernard Shaw, par rapport à la superstition disant que conclure un mariage le vendredi portait malheur et que les époux finissaient invariablement malheureux en ménage : « C’est évident, je ne vois pas pourquoi le vendredi ferait exception… »
Bref, des petites perles de méchancetés, à picorer pour vous aiguiser l’esprit…
Le billet du jour porte sur un ouvrage rare, drôle et mythique. Nous avons mentionné son auteur dans notre dernier article « Robes et Femmes. » Il s’agit de « Popolôrepô, morceaux choisis par un imbécile et illustré par un autre », les deux acolytes étant Paul Poiret pour l’écriture et Pierre Fau pour les illustrations. Un titre à répéter plusieurs fois avant de pouvoir le prononcer correctement !
L’exemplaire, un in-8 initialement broché a été légèrement modifié. Les premiers plats ont en effet été remontés sur une chemise cartonnée pour accueillir l’ouvrage, par ailleurs intact. Le premier plat illustre bien le titre. Le livre se compose de 35 calligrammes illustrés par autant d’aquarelles couleurs hors-texte de Pierre Fau. Les coloris ont été réalisés par les spécialistes du pochoir Jean Saudé et Charpentier. Notre Popolôrepô est bien complet du livret de table des matières en vers, soit deux feuillets reliés par un ruban bleu ciel traversant un œillet.
Page de titre
Le tirage de l’édition originale de Popolôrepô est limité à 300 exemplaires numérotés, tirés sur du papier vélin blanc de Rives, pour le compte de l’éditeur Henri Jonquières. Notre exemplaire porte le numéro 95. Nous attirons ici votre attention sur l’existence de réimpressions pirates de l’ouvrage ! Certains éléments comme la numérotation de l’exemplaire ou la qualité du papier (normalement vieilli) peuvent vous aider à identifier une contrefaçon. Outre la numérotation, un autre « détail » rend notre exemplaire d’autant plus unique (et justifie son prix). Il s’agit de l’envoi composé par Paul Poiret à la page de garde. A l’instar des compositions de Popolôrepô, l’envoi est humoristique et poétique. Voyez plutôt : « Après un bon déjeuner / je n’ai / pas pu / repu / arriver / à trouver / une dédicace digne / des willing ». Par ailleurs, nous joignons à notre exemplaire un fac-similé édité par Chandeigne (2007).
Les calligrammes, assez peu conventionnels représentent à la fois une énigme et un jeu. Représentatifs de la légèreté et de la fantaisie de l’époque, ils ne sont pas sans rappeler l’humour de Bobby Lapointe allié à l’écriture SMS d’aujourd’hui. Pour la petite histoire, les calligrammes sont une idée de Paul Poiret pour divertir son fils Colin, alors enrôlé dans l’armée. Fort du succès de ce jeu phonétique auprès de son fils et de ses camarades, Poiret développe son idée avec la complicité de Fau. C’est ainsi qu’est publié Popolôrepô en 1927, un livre devenu culte à sa sortie. Un exercice de lecture à la fois poétique, absurde et malicieux qui plaît aux jeunes lecteurs comme aux plus grands.
Envoi de Paul Poiret
Un petit mot sur nos deux « imbéciles »…
Paul Poiret est né en 1879 à Paris. Il consacrera sa vie à la couture et à la mode, ouvrant sa propre maison de couture en 1903. Favorable à l’émancipation des femmes, il prônera une mode sans corsets. Il connaît un succès fulgurant mais éphémère. Bien que couturier de formation, il n’hésitera pas à laisser s’exprimer son art dans d’autres domaines (jouets, parfums, meubles, etc.). Paul Poiret est d’ailleurs considéré comme un précurseur du style Art déco. Bien qu’il soit mort ruiné et dans l’indifférence du grand public, sa griffe aura marqué son époque et survit encore aujourd’hui.
Pierre Fau (1888-1960) est dessinateur, dont les domaines de prédilection sont l’humour et l’actualité. Son trait, plutôt tortueux met en scène des « bonshognomes ».
Alors, êtes-vous prêt à vous régaler des bons mots de Popolôrepô ? Pour rappel, ce premier et seul tirage rend l’album introuvable, sans compter l’envoi rarissime de l’auteur !
Un roman grinçant, intelligent et drôle : Wilt (le premier roman), de Tom Sharpe.
Henry Wilt est un homme démoralisé : la quarantaine bien tassée, sa femme est constamment sur son dos, à le rabrouer et le rabaisser. Et sa vie professionnelle n’est pas mieux : il est exploité dans un boulot de sub-alterne à l’université, avec des tas d’élèves dégénérés et inattentifs…
Un jour, il n’en peut plus, et décide de supprimer la source principale de son mal être : sa femme !…
Afin d’organiser tout ça au mieux, il planifie le meurtre, et va jusqu’à chronométrer le temps qu’il lui faudra pour se débarrasser des preuves dans un chantier non loin de là, en employant une poupée gonflable en guise de corps. Puis il rentre chez lui.
Cependant, la nuit porte conseil, et cet exutoire lui a fait du bien : il se résout à renoncer à son projet… mais le matin, il se fait réveillé par la police : sa femme est portée disparue et des témoins l’affirment l’avoir vu balancer un corps dans le béton du chantier à côté de chez lui…
Un texte génial et drôle et génialement drôle : Martiens, go home ! de Fredric Brown…
L’humour en science-fiction n’est pas toujours la chose la plus réussie qui soit… Deux exceptions : certaines pages du Guide du Routard Galactique de Douglas Adams, et TOUTES l’oeuvre de Fredric Brown !
En quelques mots, l’histoire : Luke Devereaux est un écrivain de science-fiction en pleine crise de la page blanche. Il décide donc s’isoler dans un petit cabanon en plein désert californien, pour se consacrer pleinement à son écriture, sans tous ces éléments perturbateurs de la vie quotidienne. Mais au moment même où une idée (forcément géniale) germe dans sa tête, on frappe à la porte. Il ouvre … et se retrouve nez à nez avec un être petit, humanoïde et vert, qui lui dit « Salut Toto, c’est bien la Terre ici ? » Les martiens ont débarqué !
Ils sont nombreux, ont des pouvoirs incroyables (voir dans le noir, et à travers les objets ou les murs, se téléporter, entendre des chuchotements à plusieurs kilomètres à la ronde…) mais le plus grave, c’est qu’ils disent toujours la vérité ! Et ça, l’Humanité est-elle prête à le subir ?
L’un des plus grands éclats de rire de ma vie de lecteur (Ah ! La scène de Roméo et Juliette !…).
Comme on dit : À LIRE AU PLUS VITE !
12 Sep 2016
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Nous nous penchons cette semaine sur un auteur devenu incontournable dans la littérature populaire : Georges Simenon. Si les noms de Commissaire Maigret, Liège et G. Sim vous intriguent, nous vous en disons plus sur cet écrivain hors-du-commun.
L’enfance précoce de Georges Simenon
Cet écrivain belge voit le jour à Liège le 13 février 1903. Son père, Désiré Simenon est comptable et sa mère, Henriette Brüll est employée de magasin. A 3 ans, le petit Georges sait déjà lire et écrire et est un écolier exemplaire, toujours en tête de classe. A 12 ans, il sait qu’il veut devenir écrivain. En 1918, il abandonne ses études et enchaîne des boulots alimentaires. Un an plus tard, il devient reporter pour « La Gazette de Liège », Georges Simenon n’est alors âgé que de 16 ans. Cette expérience aura une incidence directe sur ses écrits futurs. En effet, le jeune Georges s’intéresse tout particulièrement aux enquêtes policières et à tout ce qui concerne la police scientifique. Il produira plus d’un millier d’articles pour le journal et commencera même à utiliser plusieurs des ses fameux pseudonymes, dont le célèbre « G. Sim« .
Georges Simenon, un auteur prolifique
C’est en 1919 que Georges Simenon écrit son premier roman. « Le Pont des Arches » sera publié deux ans plus tard sous son pseudonyme de journaliste. Il ne s’arrêtera plus. Durant sa vie d’auteur, il écrit 117 romans sous son vrai nom et près de 200 romans populaires signés de différents pseudonymes. Si vous êtes fan de Maigret, sachez que Simenon a écrit 103 épisodes autour des aventures du personnage (soit 75 romans et 28 nouvelles). Certains se sont amusés à répertorier le nombre de personnages auxquels Simenon a donné vie, soit environ 9000 évoluant dans 1800 lieux du monde entier ! L’oeuvre de Georges Simenon est devenue une source d’inspiration pour le 7e art, à ce jour près de 65 films français ont été adaptés de ses romans, sans compter tous les épisodes de Maigret adaptés pour la télévision. En tout, les œuvres de Simenon se seront vendues à 550 millions d’exemplaires à travers une cinquantaine de pays.
Les 27 pseudonymes de Georges Simenon
En fonction des types d’ouvrages qu’il rédigeait, Georges Simenon utilisait son vrai nom ou alors un ou plusieurs pseudonymes. Écrivant énormément pour les journaux humoristiques et les revues légères, les pseudos consacrés à cette littérature sont les plus nombreux. On retient par exemple, Aramis, Bobette, Miquette, Pan ou encore Le Vieux Suiveur. Le pseudo de Christian Brulls (du nom de jeune fille de sa mère) était utilisé pour des écrits haut-de-gamme, tout comme Georges Sim. Simenon a aussi écrit des oeuvres « galantes », pour lesquelles il réservait d’autres noms plus croustillants, tels que Poum et Zette, Kim, Tom Gut ou encore Plick et Plock. D’autres, comme Georges Georges-Martin (et ses variantes), Jean Dorsage ou Jean Du Perry étaient quant à eux des noms réservés à des productions plus « bas-de-gamme ».
Après avoir passé toute une vie à écrire, Georges Simenon s’éteint à Lausanne, en 1989, à l’âge de 86 ans. Outre ses innombrables romans, il laisse derrière lui des essais, conférences, nouvelles, contes galants et autres écrits qui ont inspiré et continuent d’inspirer des auteurs, des réalisateurs et autres metteurs en scène. Sans oublier les millions de lecteurs qu’il a gardé en haleine et fait voyager !