Que nous raconte un livre de compte ? Quelles histoires se trament entre les lignes de dépenses et de recettes, entre le registre des marchandises exotiques tel le bois de campêche et la grande Histoire de la mondialisation en cours, entre les destinées et turpitudes de l’équipage, capitaine comme matelots, et la révolution industrielle qui s’annonce et va amener le milieu de la navigation à se transformer ?
De quelles mutations et de quelles constantes ces indications et ces chiffres se font l’indice et la trace ?
De l’échelle locale malouine à l’internationale, en nous amenant aux Caraïbes, aux Indes et même aux États-Unis pour La Glaneuse, en passant par les ports français iconiques de Bordeaux, Marseille mais surtout du Havre, les aventures des biens et des hommes se tissent ensemble au fil de ces deux livres de comptes de la marine que nous vous présentons aujourd’hui.
Carnet de comptes du capitaine Joulain pour le brick « Le Saint-Esprit » (1823-1834) et « La Glaneuse » (1835-1841). La mention unique de la « Glaneuse » sur le titre pourrait indiquer un ajout postérieur.
Le premier, celui du capitaine Joulain de Saint-Malo, est le plus volumineux avec plus de cinquante voyages sur deux navires (brick) : Le Saint Esprit, armé par Monsieur Magon de la VieuVille négociant à Saint-Malo, réalisant des cabotages jusqu’aux ports du Havre, de Marseille, de Bordeaux et d’autres encore (Rouen, Malaga…) de 1823 à 1834 et La Glaneuse, armé par Monsieur Magon VieuVille fils toujours à Saint-Malo, à l’usage plus diversifié avec des trajets transatlantiques vers New York, la Nouvelle Orléans ou encore Rio de Janeiro mais aussi plus proches vers Londres ou les habituels ports de Marseille, Le Havre et Bordeaux, de 1835 à 1841.
Il se présente d’une manière organisée, claire et précise dans l’ensemble comme on peut le voir sur les photos ci-dessous.
La plupart des voyages se figurent ainsi, une liste des dépenses du capitaine pour diverses raisons, frais, avances faites à l’équipage etc. sur plusieurs pages et ce que celui-ci doit à son armateur et ce qu’il lui est dû sur la dernière (pour un ensemble de 3 à 4 pages en moyenne).Il arrive cependant que cela soit plus condensé sur des trajets nécessitant moins de dépenses.
Le second quant à lui est un peu plus intriguant, plus à même de piquer le néophyte que le premier.
L’énigmatique carnet de comptes, sans titre ni propriétaire.
Son auteur est inconnu, ses destinations exotiques: de nombreux trajets vers et dans les Caraïbes (Pointe-à-Pitre, Port-au-Prince, les Gonaïves etc.) puis « les Indes » (Pondichéry, Calcutta…) ; ses navires plus nombreux et ses armateurs pas toujours référencés.
Son écriture change sensiblement et le nombre exact de ses voyages est ambigüe, 11 ou 12, au moins 10 sur une période de 14 ans environ entre 1839 et 1854.
Cette première page est un peu troublante, il semblerait que cela soit celle de la fin d’un voyage de Bordeaux à Port-Au-Prince revenant au Havre dont le reste aurait été noté sur un précédent carnet.Pages caractéristiques de l’ensemble, on voit sur celle de droite le voyage qui nous a permis d’identifier l’auteur présumé du carnet en la personne de Louis Adolphe Brion.Une des rares corrections de l’ouvrage.
Il en ressort quelque chose de plus personnelle, de plus proche d’accès avec lequel on embarque volontiers.
Peut-être alors cherchera-t-on à trouver à qui pouvait donc bien appartenir ce carnet et trouvera-t-on, suite à quelques heures de recherches dans différents fonds d’archives, qu’il aurait pu appartenir à Louis Adolphe Brion, originaire de Saint-Servan, Capitaine du Pierre François allant à Calcutta, né le 21 Juin 1802 en cette même ville et alors âgé de 45 ans (l’archive date de l’année 1847). Il semble très probable que cela soit le cas vu les usages de la marine à cette époque.
(Liens ci-dessous pour les archives du registre des bâtiments de la Seine-Maritime sur lesquelles on retrouve le Pierre François en partance pour Calcutta en 1848 et les archives de registre de l’équipage du Pierre François allant à Calcutta et datée de 1847, il semblerait cependant que c’est bien le même navire, on retrouve d’ailleurs sur le registre de l’équipage des noms que l’on voit dans la partie « avances faites à l’équipage » à la fin de notre document:
On pourra alors embarquer avec lui au fil de ses voyages et découvrir le bois de campêche, cet arbre tropical d’Amérique latine et centrale, également présent dans les Caraïbes, qui deviendra avec l’occupation espagnole de l’Amérique l’un des principaux colorants mondiaux pendant plusieurs siècles ; permettant des teintes allant du bleu au rouge ainsi que de beaux noirs, il devint très populaire en Europe.
L’on y trouvera aussi tout un vocabulaire caractéristique de l’époque et du milieu du commerce maritime, du boucaut, tonneau de taille moyenne souvent en bois blanc servant à contenir des marchandises sèches, au tafia, une eau de vie de canne à sucre non vieilli faite avec l’écume des sucres et des gros sirops, produisant ainsi une forme de rhum à bas prix (on peut notamment lire « 18 litre tafia pour les noirs et les ouvriers » à la page 30), en passant par les lascars, ces matelots indiens servant dans les marines européennes.
On y appréciera aussi les transactions plus triviales comme la vente de 20 cochons, 72 canards, 1 balle de café de java, 800 œufs, 54 boîtes de conserves et 26 bouteilles de champagne sur l’île Bourbon (actuelle Ile de la Réunion) ; une ballade en éléphant en Inde ; un bandage pour un matelot ou encore le blanchissage de linge de table lors du voyage d’un certain Mr Decolon de Pondichéry à Madras, passager avec sa suite de domestiques, pions, guides et durant lequel on fait recours à un interprète, des boys et des palanquins.
Ainsi ces carnets nous permettent de nous immerger dans le milieu du commerce maritime du début-milieu du XIXe siècle à travers son langage, ses biens, ses usages (on peut notamment penser aux frais quasi-systématiques de pilotage hors des ports), mais aussi ses passagers ainsi que son équipage. Ce qui peut permettre au lecteur avisé de trouver nombre d’informations intéressantes en termes d’histoire mais aussi de généalogie.
Dernières pages du carnet de bord avec à gauche un exemple « d’avances faites à l’équipage » où l’on voit les noms, les positions sur le navire et ce qui leur est dû par étapes du voyages. A droite une note sur la valeur des nombres inscrits dans les comptes.
L’objet graphique de la semaine : les superbes reliures ornées d’émaux de « La guerre raconté par nos généraux » et » La guerre navale racontée par les Amiraux « . En image bien sûr. Les deux séries furent éditées dans les années 1920 par la librairie Schwarz à Paris et illustrées par Charles Fouqueray, parmi les plus beaux livres sur le premier conflit mondial.
L’émail ornant la guerre navale raconté par les amiraux. Détail de la reliure.Illustration de Charles Fouqueray pour la Guerre Navale racontée par les amiraux.La guerre navale racontée par les amiraux premier plat et dos.Email pour la guerre raconté par nos généraux : un poilu.
L’objet visuel de la semaine : l’original de la couverture de « L’Aventure Aéro-Polaire » du Contre-Amiral Lepotier paru chez France-Empire dans la fameuse collection bleue avec jaquette en 1958. Ici une gouache originale de 41 * 29 cm réalisée par celui qui fut sans doute, en partie, à l’origine du succès de la maison, mais dont le nom est introuvable. Il n’est fait aucune mention de son nom dans les ouvrages de la collection et malheureusement sa signature est illisible. Vous trouverez ICI un intéressant article sur la maison France-Empire. Où on en apprend plus sur l’histoire de la maison d’édition que sur le propre site de l’éditeur.
Si vous connaissez le nom de cet illustrateur merci de nous contacter.
Gouache originale pour L'aventure Aéropolaire édité chez France-Empire en 1958 : 400 euros. Encadrée.
L’équipe d’Abraxas-Libris se déplace dans votre région à l’occasion du salon du livre ancien du Havre qui aura lieu le 14 et 15 mai. Nous y présenterons un grand choix de livres et tout spécialement des ouvrages rares de marine, mais aussi des livres d’art, des livres pour enfant, des livres d’histoire et de
nombreuses curiosités.
C’est peut-être l’occasion pour vous de voir et de toucher un livre que vous n’avez pu qu’effleurer des yeux sur notre site internet, n’hésitez pas à consulter nos livres en ligne, nous pouvons les apporter jusqu’à vous lors de ce salon.
Le salon « LIRE EN MER ». en 2011, s’ancre au Havre aux docks, dans une atmosphère printanière.
Il inaugurera cette année la semaine de la mer, évènement maritime organisé par les docks Vauban.
Le Centre des Docks Vauban nous accueille et donne de l’ampleur au salon en l’inscrivant dans le cadre de l’évènement de la semaine de la mer.
La Ville du Havre apporte tout son soutien à l’évènement.
La coupe de l’America a donné naissance aux voiliers les plus fabuleux de l’ histoire du yachting, et parmi ceux-ci une catégorie y tient une place à part: la Classe J. Cette légende mérite un ouvrage de référence hors du commun.
Un format à l’italienne de 44cm x 33cm et pesant 7,5 Kilos 448 pages, 58 Plans de formes et de voilures, nombreuses photos inédites, bilingue Français/Anglais, Ecrit par François Chevalier et Jacques Taglang, contributions de Olin J.Stephens Jr, Elizabeth Meyer, Llewellyn Howland et John Lammert van Buren.
Avec une édition limitée à 3000 copies, »J Class » est sans aucun doute une pièce de collection. Détails inédits du 1er ‘J’ Katoura, plans de Velsheda, le projet de John Alden de 1930, l’étude de Frank C.Paine de 1935 découverte en 2002, une vue 3D du projet de Tore Holm ‘Svea’ avec une simulation versus Ranger
Avec les compliments de Yachting Heritage ‘J Class’ livré dans son coffret bibliothèque comprend une pochette d’ aquarelles spécialement commissionnées et des photos monochromes. Les gravures représentent la Classe J dans les années 30 en Angleterre, en Ecosse et en Amérique. Gravures grand format 430mm X 303mm. 4 tirages noir et blanc et 4 reproductions d’ aquarelles de Colin M Baxter. Une vue 3D couleur d’ Endeavour.
L’ouvrage est disponible à la vente sur notre site : ICI.
A definitive history of the J: historical analysis of the rules, their evolution in the America´s Cup and unpublished documents and accounts are being made public for the first time ».Yachting World
« A new book details the glorious history of the J Class in the America´s Cup ». Louis Vuitton
With extra features for the deluxe editions, you can see the sort of quality standards involved ». www.marinemodelmagazine.com
The definitive book, The J Class is the ultimate collectors piece Asia Pacific Boating
This is a truly monumental and fascinating work, sumptuously produced and unlikely to be surpassed www.classicboat.co.uk
« Un voyage au pays de la démesure, remarquablement illustré par des documents d´époque. Sublime! ». Bateaux
Page après page ils débusquent les esquisses préalables, les échappées incontrôlées, les inventions géniales. Plus qu’un livre… un monument! L´Equipe
« La Biblia dei J Class: Jacques Taglang e Francois Chevalier si apprestano a publicare J Class una monumentalé opera dedicata a questa class ». Yacht Digest
Publication de documents et de témoignages inédits, le tout complété par une iconographie exceptionnelle ». Voiles et Voiliers
« Si intitola J Class ed é una vera e propria chicca per tutti gli amanti de questa mitica classe che conta solo dicci esemplari ». Yacht Capital
Kjempebok om kjempebater…men du far vite mer om du gar inn pa Seilas
« Le livre de référence sur les voiliers de la classe J! ». MRB
« De America´s Cup heft de meest fantastishe zeilschepen voortgebracht, waaronder de bijzondere J Class ». Yacht Vision
« Das ultimate buch uber die J Klass wurde schon vor 15 jahren in angriff genommmen. Jetzt ist es tatsachlich fertiggestellt ». Boote Exclusiv
Class J …aprés des recherches approfondies dans des archives et les collections privees, une description détaillée de la « Class J » Bibliophile
23 Juin 2023
0 CommentsQue nous racontent les comptes ? Livres de comptes marins : Capitaine Joulain 1823-1841 et Capitaine Brion (présumé) fin 1839-1854
Que nous raconte un livre de compte ? Quelles histoires se trament entre les lignes de dépenses et de recettes, entre le registre des marchandises exotiques tel le bois de campêche et la grande Histoire de la mondialisation en cours, entre les destinées et turpitudes de l’équipage, capitaine comme matelots, et la révolution industrielle qui s’annonce et va amener le milieu de la navigation à se transformer ?
De quelles mutations et de quelles constantes ces indications et ces chiffres se font l’indice et la trace ?
De l’échelle locale malouine à l’internationale, en nous amenant aux Caraïbes, aux Indes et même aux États-Unis pour La Glaneuse, en passant par les ports français iconiques de Bordeaux, Marseille mais surtout du Havre, les aventures des biens et des hommes se tissent ensemble au fil de ces deux livres de comptes de la marine que nous vous présentons aujourd’hui.
Le premier, celui du capitaine Joulain de Saint-Malo, est le plus volumineux avec plus de cinquante voyages sur deux navires (brick) : Le Saint Esprit, armé par Monsieur Magon de la VieuVille négociant à Saint-Malo, réalisant des cabotages jusqu’aux ports du Havre, de Marseille, de Bordeaux et d’autres encore (Rouen, Malaga…) de 1823 à 1834 et La Glaneuse, armé par Monsieur Magon VieuVille fils toujours à Saint-Malo, à l’usage plus diversifié avec des trajets transatlantiques vers New York, la Nouvelle Orléans ou encore Rio de Janeiro mais aussi plus proches vers Londres ou les habituels ports de Marseille, Le Havre et Bordeaux, de 1835 à 1841.
Il se présente d’une manière organisée, claire et précise dans l’ensemble comme on peut le voir sur les photos ci-dessous.
Le second quant à lui est un peu plus intriguant, plus à même de piquer le néophyte que le premier.
Son auteur est inconnu, ses destinations exotiques: de nombreux trajets vers et dans les Caraïbes (Pointe-à-Pitre, Port-au-Prince, les Gonaïves etc.) puis « les Indes » (Pondichéry, Calcutta…) ; ses navires plus nombreux et ses armateurs pas toujours référencés.
Son écriture change sensiblement et le nombre exact de ses voyages est ambigüe, 11 ou 12, au moins 10 sur une période de 14 ans environ entre 1839 et 1854.
Il en ressort quelque chose de plus personnelle, de plus proche d’accès avec lequel on embarque volontiers.
Peut-être alors cherchera-t-on à trouver à qui pouvait donc bien appartenir ce carnet et trouvera-t-on, suite à quelques heures de recherches dans différents fonds d’archives, qu’il aurait pu appartenir à Louis Adolphe Brion, originaire de Saint-Servan, Capitaine du Pierre François allant à Calcutta, né le 21 Juin 1802 en cette même ville et alors âgé de 45 ans (l’archive date de l’année 1847). Il semble très probable que cela soit le cas vu les usages de la marine à cette époque.
(Liens ci-dessous pour les archives du registre des bâtiments de la Seine-Maritime sur lesquelles on retrouve le Pierre François en partance pour Calcutta en 1848 et les archives de registre de l’équipage du Pierre François allant à Calcutta et datée de 1847, il semblerait cependant que c’est bien le même navire, on retrouve d’ailleurs sur le registre de l’équipage des noms que l’on voit dans la partie « avances faites à l’équipage » à la fin de notre document:
–https://www.archivesdepartementales76.net/ark:/50278/8682430580e89750029d24b97b5aca89/archref/0/1?id=https%3A%2F%2Fwww.archivesdepartementales76.net%2Fark%3A%2F50278%2F8682430580e89750029d24b97b5aca89%2Fcanvas%2F0%2F333
–https://www.archivesdepartementales76.net/ark:/50278/c7228eebd290feddaf85a2c62854b050/dao/0/1?id=https%3A%2F%2Fwww.archivesdepartementales76.net%2Fark%3A%2F50278%2Fc7228eebd290feddaf85a2c62854b050%2Fcanvas%2F0%2F815&vx=1437.95&vy=-1996.1&vr=0&vz=4.91254 )
On pourra alors embarquer avec lui au fil de ses voyages et découvrir le bois de campêche, cet arbre tropical d’Amérique latine et centrale, également présent dans les Caraïbes, qui deviendra avec l’occupation espagnole de l’Amérique l’un des principaux colorants mondiaux pendant plusieurs siècles ; permettant des teintes allant du bleu au rouge ainsi que de beaux noirs, il devint très populaire en Europe.
L’on y trouvera aussi tout un vocabulaire caractéristique de l’époque et du milieu du commerce maritime, du boucaut, tonneau de taille moyenne souvent en bois blanc servant à contenir des marchandises sèches, au tafia, une eau de vie de canne à sucre non vieilli faite avec l’écume des sucres et des gros sirops, produisant ainsi une forme de rhum à bas prix (on peut notamment lire « 18 litre tafia pour les noirs et les ouvriers » à la page 30), en passant par les lascars, ces matelots indiens servant dans les marines européennes.
On y appréciera aussi les transactions plus triviales comme la vente de 20 cochons, 72 canards, 1 balle de café de java, 800 œufs, 54 boîtes de conserves et 26 bouteilles de champagne sur l’île Bourbon (actuelle Ile de la Réunion) ; une ballade en éléphant en Inde ; un bandage pour un matelot ou encore le blanchissage de linge de table lors du voyage d’un certain Mr Decolon de Pondichéry à Madras, passager avec sa suite de domestiques, pions, guides et durant lequel on fait recours à un interprète, des boys et des palanquins.
Ainsi ces carnets nous permettent de nous immerger dans le milieu du commerce maritime du début-milieu du XIXe siècle à travers son langage, ses biens, ses usages (on peut notamment penser aux frais quasi-systématiques de pilotage hors des ports), mais aussi ses passagers ainsi que son équipage. Ce qui peut permettre au lecteur avisé de trouver nombre d’informations intéressantes en termes d’histoire mais aussi de généalogie.
À vous de les explorer !