Dans le cadre de notre concours de lecture à voix haute nous vous proposons de revisiter des textes de Marcel Aymé et de les enregistrer pour avoir la chance de gagner un bon d’achat dans nos boutiques!
Ce concours se déroulera du 5 au 18 Juin au sein de la librairie Abraxas-Libris et proposera trois catégories: enfants, adolescents et adultes.
Nous en profitons pour revenir sur cet auteur populaire majeur du 20ème siècle, aujourd’hui un peu oublié et boudé par les lecteurs.
Marcel Aymé, en 1929.
« Petit provincial cornichon, pas plus doué pour les lettres que ne l’étaient alors les dix mille garçons de mon âge, n’ayant seulement jamais été premier en composition française (…) je n’avais même pas ces fortes admirations qui auraient pu m’entraîner dans un sillage. »
Aymé, par Pol Vandromme, éd. Gallimard, 1960
Alors, pourquoi ne lit-on plus Marcel Aymé?
Il a pourtant utilisé le parler populaire et l’argot comme a pu le faire Céline, francisé des emprunts de l’anglais comme Queneau et Vian, a vu nombre de ses œuvres adaptées au cinéma en des films, pour certains, devenus cultes comme La traversée de Paris (comment oublier le : « Janvier, Jaaaanvier, Jaaaaaaanvier! » de Gabin), Uranus (réalisé par Claude Berri et au casting impressionnant: Depardieu, Blanc, Prévost, Marielle, Noiret, Galabru, Luchini…) ou encore La jument verte, qui aurait déclenché un scandale lors de sa sortie; ses Contes du chat perché ont été étudiés maintes fois par plus d’une génération d’écoliers et d’écolières, et bien que boudé par la critique il eut toujours un grand succès populaire, mais quoi alors ?
Est-ce à cause de son amitié avec Céline et Brasillach qu’il tenta en vain de gracier ?
Du fait qu’il ait continué à publier dans des journaux collaborationnistes, même si c’était des articles d’art ou des histoires ?
Que dans Uranus il humanise et pose la question morale de « l’épuration » d’après-guerre sans se ranger du côté de la vindicte ?
Que d’homme de lettres de « gauche » avant la guerre, il devienne de « droite » et soit définit plus tard comme « anarchiste de droite » ?
En un mot, serait-ce un oubli politique, plus ou moins orchestré ?
Peut-être, un peu.
Mais pas seulement. On ne peut que conjecturer sur un tel sujet mais une autre raison semble se dessiner.
Aymé était un homme silencieux, du moins c’est ce que les gens qui ne le connaissent pas disent, ironise-t-il dans une interview donné à la télévision canadienne en 1958 (https://www.youtube.com/watch?v=aHV5EzqqT8c).
D’extraction populaire et provinciale, éduqué par ses grand-parents à la mort de sa mère quand il avait deux ans, il garda un fort attachement à son origine franc-comtoise tout en devenant une figure très parisienne.
Considéré parfois comme moraliste, un de ses principaux sujets d’études se situe dans les mœurs, qu’elles soient bourgeoises et hypocrites ou rurales et dures (et tout ce qui se situe entre les deux), il y déploie des critiques grinçantes et ambigües, dans Uranus déjà cité, mais également La Tête des autres (plaidoyer en forme de pièce de théâtre contre la peine de mort) ou encore La Vouivre.
Marcel Aymé est en effet un auteur protéiforme, écrivant à la fois contes, récits fantastiques (il ne faudrait pas oublier Le Passe-muraille, une de ses œuvres qui a peut-être le mieux survécu à la postérité), romans, nouvelles et pièces de théâtres (Clérambard, un autre succès populaire), sans compter sa participation plus ou moins active à l’adaptation de ses textes au cinéma.
Moins formaliste que les auteurs cités précédemment, avec une écriture de la ruralité qui ne penche pas vers le sensualisme d’un Giono ou la truculence d’un Pagnol, il fût néanmoins un des grands auteurs satirique et grinçant de son temps (on pourrait penser à Travelingue par exemple, dans lequel il se joue des snobs du milieu du cinéma s’extasiant plus devant l’image potentielle, pour ne pas dire le plan, de l’ouvrier solitaire jouant de l’harmonica que sur sa condition réelle).
Il se pourrait que ce soit là un des facteurs essentiels de ce relatif oubli, de cette perte de popularité, il aura été une pleine figure de son temps, faisant la jonction entre une société rurale très codifiée et celle plus moderne de la capitale de l’entre-deux guerre et de l’après. N’ayant pas une personnalité et une vie pleine d’aventures comme un Kessel ou un Vian, s’étant abstenu des interviews et lieux de publicités contemporaines, il est ainsi devenu un nom, familier, mais un peu flou, sur lequel on tombe de temps en temps sans plus s’attarder.
On peut aussi s’imaginer que sa grande popularité en dépit d’un bon accueil critique ait pu le classer comme un écrivain uniquement populaire et de fait de peu d’intérêt pour la postérité…
Cependant si l’on s’y arrête un moment, on se rend vite compte qu’il y a une certaine richesse en dessous et qu’il est plus présent dans notre imaginaire qu’on ne l’aurait cru.
Saviez-vous qu’il avait refusé la légion d’honneur, suite au vitriol qu’il avait pu subir dans l’immédiat après-guerre, et qu’il avait également décliné la proposition pour sa candidature à l’Académie française, pourtant proférée publiquement par François Mauriac ?
Trop de droite mais pas assez pour être utilisé par les polémistes contemporains, trop populaire mais trop peu flamboyant ou formaliste pour nourrir les anecdotes bien senties de la mondanité et l’ego de la critique, nous pourrions continuer ainsi encore quelques temps, mais il n’est pas question ici de réhabiliter ou de désavouer l’auteur, nous vous invitons plutôt à vous y intéresser, que ce soit à travers les ouvrages que nous proposons, les adaptations filmiques de ses œuvres ou encore, pourquoi pas, à travers l’album que la Pléiade lui a consacré en 2001 ?
La librairie « les mains dans les poches » contient plus de 35 000 livres… de poche d’occasion. Elle est fermée le Lundi et le Mardi, ouverte sur demande le Mercredi et Jeudi et ouverte du Vendredi au Dimanche, de 10h à 12h et de 14h à 19h. Pendant les vacances scolaires elle est ouverte tous les jours.
En entrant dans la première salle vous découvrirez les livres de fantasy et de SF, ainsi que la littérature française. On peut y trouver des classiques tels que Le trône de fer ou Le seigneur des anneaux.
En continuant votre visite dans la deuxième pièce, vous trouverez au centre les livres pour enfants, à gauche le rayon des sciences humaines et au fond les étagères des polars. Vous pourrez vous asseoir sur une chaise à droite pour lire un livre à la lueur du soleil. Non loin se trouve un petit meuble sur lequel sont posés, à défaut de bandes dessinées, quelques mangas, et dans le coin du fond une petite étagère contenant des livres en anglais.
Les prix sont relativement bas, entre 2 et 6 € en général. Si vous recherchez un livre précis, le mieux est de s’adresser au libraire. Si vous faites la recherche vous-même, il faut savoir que les livres sont triés par genre, collection et auteur, ce qui rend leur recherche plus facile et plus rapide.
La librairie générale compte plus de 100 000 livres dont 6 réserves. Les livres peuvent être vieux ou récents, tous à un prix différents, mais toujours d’occasion. Parmi ces livres, il y a de la littérature classée par pays: française, anglaise, espagnole, italienne, roumaine, …
Dans la librairie, il y a aussi des dictionnaires de langue, des encyclopédies, disques, bandes-dessinées, livres pour enfants ou autobiographies, des livres sur l’histoire, les arts…
Chaque pièce compte un ou deux thèmes, avec des oiseaux qui décorent la salle des vieux livres près des fenêtres. Il y a aussi une chatte très douce qui s’appelle Olympe et qui se ballade dans la librairie.
L’emblème de la librairie est un papillon, que l’on peut apercevoir dans chaque pièce. Le nom de cette librairie vient du papillon Abraxas (Abraxas Grossulariata en latin), et c’est donc le symbole de ce lieu.
Abraxas (grec : Αβραξας), Abrasax, ou encore Abracax, est également un terme gnostique, utilisé notamment par Basilide, qui désigne les 365 émanations du dieu suprême. Ce serait en effet une transcription altérée d’un cryptogramme d’origine hébraïque, dont l’interprétation isopséphique renvoie à 365. Le terme se retrouve gravé sur des amulettes ou des talismans qu’on appelle abraxas par métonymie. Pour les chrétiens orthodoxes le terme désigne un démon.
Horaires: ouvert 7/7 de 10h à 12h et de 14h à 19h.
Les librairies ont ré-ouvert leurs portes le samedi 28 novembre. Depuis le confinement nous avons eu le plaisir de partager notre passion du livre par correspondance. Il est de temps de se retrouver. Bien sûr il faudra respecter les gestes barrières, garder vos distances physiques. Vous trouverez des indications sur la vitrine et la porte de la librairie pour le bon respect des règles de sécurité.
Noël approche, nous envoyons tous nos livres sous paquet cadeau et n’hésitez pas à nous demander ce service à la librairie.
En ce qui concerne vos achats : n’hésitez pas à nous téléphoner pour réserver certains ouvrages et à visiter notre site à ces fins. Dans ce cas merci de prendre rendez-vous. Ce sera un plaisir de mettre les livres de côté pour vous.
Pour les personnes qui souhaitent nous vendre des livres : sauf cas exceptionnel nous n’achetons pas de livres en ce moment et préférons remettre les achats à plus tard, reprise des achats de livres courants dans des conditions normales en Janvier. En attendant nous pouvons échanger sur vos bibliothèques avec grand plaisir et faire des estimations éventuelles et en discuter avec vous si vous le souhaitez. En ce qui concerne les livres anciens, bibliothèques spécialisées, bibliophilie nous étudions toujours les propositions.
Bien sûr il en va de même pour la pochothèque et la librairie Neige d’Antan. Pour l’instant les horaires restent les mêmes. Il peuvent évoluer selon les circonstances. N’hésitez pas à téléphoner pour vérifier si nous sommes ouverts ou non.
La librairie va ré-ouvrir ses portes le lundi 11 mai. Depuis le confinement nous avons eu le plaisir de partager notre passion du livre par correspondance. Il est de temps de se retrouver. Bien sûr il faudra respecter les gestes barrières, garder vos distances physiques. Comme il fait beau, la porte sera ouverte et le restera pendant les horaires d’ouverture. Vous trouverez des indications sur la vitrine et la porte de la librairie pour le bon respect des règles de sécurité.
En ce qui concerne vos achats : n’hésitez pas à nous téléphoner pour réserver certains ouvrages et à visiter notre site à ces fins. Dans ce cas merci de prendre rendez-vous. Ce sera un plaisir de mettre les livres de côté pour vous.
Pour les personnes qui souhaitent nous vendre des livres : sauf cas exceptionnel nous n’achetons pas de livres en ce moment et préférons remettre les achats à plus tard. En attendant nous pouvons échanger sur vos bibliothèques avec grand plaisir et faire des estimations éventuelles et en discuter avec vous si vous le souhaitez.
Bien sûr il en va de même pour la pochothèque et la librairie Neige d’Antan. Pour l’instant les horaires restent les mêmes. Il peuvent évoluer selon les circonstances. N’hésitez pas à téléphoner pour vérifier si nous sommes ouverts ou non.
La maison d’édition Arthaud puise ses racines dans les murs d’une mythique maison grenobloise du XVIe siècle, à l’architecture épatante (grand escalier en pierre de taille, puits, arcatures et balustrades…) de ce qui fut deux hôtels particuliers accolés. L’un appartenant à Jean Rabot, ministre du roi Charles VIII, datant du XVe siècle. L’autre, édifié à la fin du XVIe siècle par son petit-neveu Ennemond Rabot. Elle a été fondée en 1882 par le libraire Jules Rey, qui acquiert une machine d’héliogravure et commence à publier des ouvrages consacrés à la montagne. Ce procédé d’impression pour grands tirages, issu des travaux de Nicéphore Niepce, fonctionne de la manière suivante : l’image est transférée sur un cylindre de cuivre grâce à une gélatine photosensible. On soumet l’ensemble à un acide corrosif qui va altérer le cuivre en creux. Puis des rouleaux encreurs viennent diposer une fine couche d’encre dans les creux du cylindre, qui, par pression, va reproduire l’image.
Le gendre de Jules Rey, Benjamin Arthaud, reprend la maison d’édition en 1924. Il agrandit la librairie, développe l’activité éditoriale et ouvre un siège à Paris. Il est le premier éditeur français à se poser en défenseur de l’héliogravure et à relier systématiquement tous les grands tirages. Il se fait connaître avec des collections comme « Les Beaux Pays », « Arts et Paysage », « Les Grandes Civilisations », qui présentent de nombreux récits de voyages et des ouvrages consacrés à des régions qui fascinent, en particulier les Alpes voisines. Les descendants de Benjamin Arthaud auront à coeur de poursuivre cette expansion en repoussant les frontières vers la description des pays lointains et des odyssées maritimes. La 12e librairie de France et cette belle maison d’édition, qui ont employé jusqu’à une centaine de personnes, est rachetée en 1977 par Flammarion.
La collection « Les Beaux Pays » propose environ 110 guides de voyages richement illustrés et ornés de belles couvertures rempliées. Elle constitue pour un bibliophile une collection intéressante pour ses aspects graphiques, la somme à collectionner et l’histoire de cette belle maison d’édition.
La « Fête du Livre » de Bécherel approchant à grands pas (20-22 avril 2019), il incombait à la Librairie Abraxas-Libris de promouvoir le thème élu pour cette 31ème édition, lequel est… le Temps, vaste et mystérieux sujet s’il en est. Depuis l’aube de la civilisation, ce concept n’a cessé de fasciner l’inconscient collectif, comme le prouve ce passage extrait du Mahâbhârata, l’un des plus anciens textes de l’humanité (rédigé en Inde il y a environ 2500 ans) :
« Le Temps emporte tout : être, non-être, joie et douleur. Le Temps crée, le Temps détruit, le Temps est le feu et le Temps l’éteint. Le Temps est dieu du Bien et du Mal. Le Temps fait éclore et le Temps arrache. Le Temps veille quand toutes les créatures dorment. Le Temps contient tout. Qui peut le contenir ? » (Traduction de Serge Démétrian – Albin Michel)
A plus de deux millénaires d’intervalle (un court trajet sur l’immense autoroute du Temps !), l’écrivain Marcel Proust (1871-1922) a lui aussi abordé avec brio ce thème universel dans son œuvre maîtresse, justement nommée « A la recherche du temps perdu » (roman en 7 tomes), où l’incomparable fraîcheur de sa poésie n’a d’égal que l’éclat majestueux de son style :
« Tous ses souvenirs […] qu’il avait réussi jusqu’à ce jour à maintenir invisibles dans les profondeurs de son être, trompés par ce brusque rayon du temps d’amour qu’ils crurent revenu, s’étaient réveillés et, à tire d’aile, étaient remontés lui chanter éperdument, sans pitié pour son infortune présente, les refrains oubliés du bonheur. Au lieu des expressions abstraites « temps où j’étais heureux », « temps où j’étais aimé », qu’il avait souvent prononcées jusque-là et sans trop souffrir, […] il retrouva tout ce qui de ce bonheur perdu avait fixé à jamais la spécifique et volatile essence […]. » (Du côté de chez Swann)
L’œuvre de Proust pourrait certes, par son ampleur, intimider le lecteur néophyte et le faire peut-être hésiter devant les 7 volumes d’ « A la recherche du temps perdu »… Et pourtant, il n’est que d’ouvrir une page au hasard pour être aussitôt charmé et subjugué par l’élégance royale de sa prose – c’est là, du reste, la marque infaillible des grands auteurs.
Publication pionnière dans le domaine de la presse satirique, « L’Assiette au beurre » aura eu l’insigne mérite, durant une période de trente-cinq ans – 1901/1936, avec une interruption causée par la « Grande Guerre » –, de bousculer de manière tonique les conventions sociales et de susciter d’intéressantes polémiques dans le morne paysage de la Troisième République déclinante. Avec un ton plaisamment irrévérencieux et un art consommé des formules chocs (du reste, quoi de plus normal pour un journal anarchiste ?), « L’Assiette au beurre » a ainsi durablement marqué son époque : unique en son genre, témoin de toute une période de l’Histoire de France, cette publication a désormais autant une valeur mémorielle qu’artistique, avec ses désopilants dessins au style iconoclaste, tous imprégnés d’un humour irrésistible et remplis de personnages tout droit sortis d’un roman de Zola ou d’une toile de Botero.
On ne peut que sourire avec amusement devant telle ou telle parodie anticléricale (en pleine bataille pour la séparation de l’Église et de l’État), où la finesse du trait le dispute à l’intelligence du propos. Comme, par exemple, dans ce numéro du 25 février 1905 (soit neuf mois avant la fameuse ordonnance progressiste qui marqua durablement cette année mouvementée), où l’on voit une brave paroissienne discuter âprement du prix d’une messe avec un curé en surplis immaculé :
LE CURÉ : « Une messe de mariage pour cinquante francs… Et, à ce prix là, vous gagnez le paradis ! C’est pour rien, mon enfant… »
LA PAROISSIENNE : « Le Paradis pour cinquante francs ?… Non ! C’est rien cher… A l’Ambigu [célèbre bordel de l’époque], on y va pour dix ronds !… »
Tant les bonnes âmes bien-pensantes que les bigots ulcérés par les ligues anticléricales furent quelque peu étourdis par le numéro 141 (publié en décembre 1903) de « l’Assiette au beurre », qui marqua alors les esprits (dans tous les sens du terme) avec son dossier-choc sur les Messes Noires, enrobé d’un humour délicieusement blasphématoire et d’une raillerie jovialement satanique, avec en prime une couverture provocatrice figurant un diable barbu et cornu sur fond de pleine lune blafarde, suivie de ces vers incantatoires :
« Viens avec nous, Maître que nous aimons, nos lèvres te supplient et nos bras te provoquent. »
Hélas pour les dévots adorateurs du Malin, ce dernier ne condescendit pas à honorer de sa ténébreuse présence les offices célébrés en son nom dans les cercles ésotériques parisiens de l’époque, comme s’en gaussa allègrement le journaliste de « L’Assiette au Beurre » chargé d’enquêter sur ces singuliers cénacles :
« Mais l’Archange [Lucifer] est sans doute en train de visiter, bien d’autres fabuleux et tristes imbéciles ; il se refuse à fréquenter leur domicile et depuis plusieurs soirs les laisse poireauter. »
Marchant dans les traces des « Voyages extraordinaires » de Jules Verne, les « Voyages excentriques » de Paul d’Ivoi ont pourtant tout pour séduire un large public, encore à l’heure actuelle. En effet, bien loin d’être ennuyeuses ou monotones, les œuvres de d’Ivoi (en plus de rendre hommage aux classiques de Jules Verne) fleurent bon les récits d’aventures américains édités, au cours de la première moitié du XXème siècle, dans des magazines pulp tels que « Thrilling Adventures » , « Adventure Trails , « Argosy» et autres revues anciennes aux inoubliables couvertures bariolées.
En se plongeant dans ces « Voyages excentriques » aussi divertissants que dépaysants, où des Européens séjournant en Asie se retrouvent entraînés dans de dangereuses péripéties, on pense également à Indiana Jones, à certains récits de Robert E. Howard (notamment « La Main de la Déesse noire », disponible en un seul exemplaire à la pochothèque d’Abraxas ), ou encore au fameux « Fantôme du Bengale ». On décèle également quelques réminiscences manifestes de Tintin, en particulier du diptyque culte « Les cigares du pharaon »/ « Le Lotus bleu », tant le Maharadjah de Rawhajpoutalah semble avoir été inspiré par les monarques indiens hauts en couleur crées par Paul d’Ivoi.
Premier plat du docteur Mystère de Paul d’Ivoi !
Il se dégage ainsi de ces histoires une ambiance tropicale et exotique, à la fois délicieusement kitsch et baroque (comme en attestent les couvertures des superbes éditions proposées par Abraxas Libris), grâce à laquelle le lecteur a l’impression d’être immergé dans un film de Fritz Lang, tels que « Le Tombeau Hindou » ou « Le Tigre du Bengale ». Qu’on en juge par cette description bigarrée du monarque oriental du « Serment de Daalia » (p. 261) :
« On dirait une idole, avec sa taille svelte, son teint vert pâle, ses yeux noirs, hagards et immobiles. Sa coiffure est de soie noire striée d’or. Son justaucorps disparaît sous les dorures, sous les gemmes précieuses. Sa poitrine est couverte de décorations fantaisistes, véritables objets d’art (…). Scintillantes est sa longue jupe, scintillantes les pierreries semées dans ses cheveux, à ses oreilles, à ses mains, à ses pieds, scintillant son kriss au fourreau garni de brillants. Il semble que les feux réfléchis par toutes ces pierres d’un prix inestimable émanent de lui. Chacun de ses mouvements projette des rayons. »
La librairie Abraxas-Libris propose à la vente « Les Voyages excentriques » de Paul d’Ivoi dans de splendides éditions, en cartonnage d’éditeur polychrome, décorées par des plaques différentes pour chaque volume, nanties de fort belles couvertures en couleur, le tout agrémentés de plusieurs dizaines de gravures réparties dans le texte (en noir et blanc). Edités voici plus de cent ans, ces ouvrages sont ici vendus dans un remarquable état de conservation, ce qui ne manquera pas de ravir les collectionneurs avertis. Amateurs d’aventures trépidantes ou simples amoureux de la littérature française, découvrez ou redécouvrez les œuvres de Paul d’Ivoi dans des conditions optimales grâce à cette magnifique série de livres, qui sont autant d’invitations au voyage et au dépaysement !
Après les librairies Chantefable, Le Seanachi, La Compagnie des Mots et les Mains dans les poches, c’est au tour de Neiges d’Antan de rejoindre la grande famille d’Abraxas-Libris. Idéalement située sur l’Ancienne Place des Halles -et bien connue des amoureux de Bécherel, la librairie étend ses rayonnages sur trois niveaux. Suivez le guide!
Librairie sur 3 niveaux
Établie depuis plus de 20 ans au cœur de Bécherel, aux Neiges d’Antan est une des plus anciennes librairies de la célèbre Cité du Livre. Le passage de témoin a eu lieu suite à la volonté de l’ancienne propriétaire de changer de voie, après quinze ans de vie consacrés à sa librairie. Pour autant, Neiges d’Antan est vouée à conserver son identité. Vous retrouverez d’ailleurs Benjamin -gardien occasionnel des lieux depuis 2017, vous guider dans les rayons pendant les week-end et vacances. Le reste de la semaine, c’est à votre humble narratrice –Audrey– que revient ce rôle.
Pour celles et ceux qui ne sont pas encore familiers avec la boutique, Neiges d’Antan c’est près de 50 000 livres répartis sur trois niveaux. Du livre ancien et d’occasion, des sujets généralistes ou très pointus, des dizaines de thèmes pour tous les âges, tous les goûts et tous les budgets. Voici la répartition des thèmes dans la librairie.
Vous trouverez au Rez-de-chaussée:
[themify_box style= »purple shadow » ]
Histoire, Archéologie et Préhistoire
Latin et Grec
Art
Bretagne
Policier (poche)
Livres anciens et rares
La Pléïade
Pays orientaux
Esotérisme
SF et Fantasy
Musique
[/themify_box]
En ce qui concerne le fonctionnement de la boutique, pas de changement notable: les prix restent en 1ère page, les promotions « 3 poches achetés = le 4e offert » et « 1 livre acheté = 1 livre offert » sur le rayon dédié à la littérature et aux polars grand-format ont toujours cours.
Au 1er étage:
[themify_box style= »purple shadow » ]
Poches
Romans
Littérature, poésie et théâtre
Philosophie
Littérature médiévale
Automobile, aviation, train
Criminologie
BD et comics
Littérature érotique
Egypte ancienne
Collection Nelson
Littérature par pays (Amérique, Europe, etc.)
[/themify_box]
La librairie continue de racheter des livres sur tous les sujets. Les horaires d’ouverture sont à ce jour de 10h à 12h et de 14h à 19h du mercredi au dimanche (et 7/7 pendant les vacances). Les seuls jours fériés pendant lesquelles les librairies restent fermées étant le 25 décembre et le 1er janvier.
31 Mai 2023
0 CommentsLe mal Aymé, pourquoi ne lit-on plus Marcel ?
Dans le cadre de notre concours de lecture à voix haute nous vous proposons de revisiter des textes de Marcel Aymé et de les enregistrer pour avoir la chance de gagner un bon d’achat dans nos boutiques!
Ce concours se déroulera du 5 au 18 Juin au sein de la librairie Abraxas-Libris et proposera trois catégories: enfants, adolescents et adultes.
Nous en profitons pour revenir sur cet auteur populaire majeur du 20ème siècle, aujourd’hui un peu oublié et boudé par les lecteurs.
Aymé, par Pol Vandromme, éd. Gallimard, 1960
Alors, pourquoi ne lit-on plus Marcel Aymé?
Il a pourtant utilisé le parler populaire et l’argot comme a pu le faire Céline, francisé des emprunts de l’anglais comme Queneau et Vian, a vu nombre de ses œuvres adaptées au cinéma en des films, pour certains, devenus cultes comme La traversée de Paris (comment oublier le : « Janvier, Jaaaanvier, Jaaaaaaanvier! » de Gabin), Uranus (réalisé par Claude Berri et au casting impressionnant: Depardieu, Blanc, Prévost, Marielle, Noiret, Galabru, Luchini…) ou encore La jument verte, qui aurait déclenché un scandale lors de sa sortie; ses Contes du chat perché ont été étudiés maintes fois par plus d’une génération d’écoliers et d’écolières, et bien que boudé par la critique il eut toujours un grand succès populaire, mais quoi alors ?
Est-ce à cause de son amitié avec Céline et Brasillach qu’il tenta en vain de gracier ?
Du fait qu’il ait continué à publier dans des journaux collaborationnistes, même si c’était des articles d’art ou des histoires ?
Que dans Uranus il humanise et pose la question morale de « l’épuration » d’après-guerre sans se ranger du côté de la vindicte ?
Que d’homme de lettres de « gauche » avant la guerre, il devienne de « droite » et soit définit plus tard comme « anarchiste de droite » ?
En un mot, serait-ce un oubli politique, plus ou moins orchestré ?
Peut-être, un peu.
Mais pas seulement. On ne peut que conjecturer sur un tel sujet mais une autre raison semble se dessiner.
Aymé était un homme silencieux, du moins c’est ce que les gens qui ne le connaissent pas disent, ironise-t-il dans une interview donné à la télévision canadienne en 1958 (https://www.youtube.com/watch?v=aHV5EzqqT8c).
D’extraction populaire et provinciale, éduqué par ses grand-parents à la mort de sa mère quand il avait deux ans, il garda un fort attachement à son origine franc-comtoise tout en devenant une figure très parisienne.
Considéré parfois comme moraliste, un de ses principaux sujets d’études se situe dans les mœurs, qu’elles soient bourgeoises et hypocrites ou rurales et dures (et tout ce qui se situe entre les deux), il y déploie des critiques grinçantes et ambigües, dans Uranus déjà cité, mais également La Tête des autres (plaidoyer en forme de pièce de théâtre contre la peine de mort) ou encore La Vouivre.
Marcel Aymé est en effet un auteur protéiforme, écrivant à la fois contes, récits fantastiques (il ne faudrait pas oublier Le Passe-muraille, une de ses œuvres qui a peut-être le mieux survécu à la postérité), romans, nouvelles et pièces de théâtres (Clérambard, un autre succès populaire), sans compter sa participation plus ou moins active à l’adaptation de ses textes au cinéma.
Moins formaliste que les auteurs cités précédemment, avec une écriture de la ruralité qui ne penche pas vers le sensualisme d’un Giono ou la truculence d’un Pagnol, il fût néanmoins un des grands auteurs satirique et grinçant de son temps (on pourrait penser à Travelingue par exemple, dans lequel il se joue des snobs du milieu du cinéma s’extasiant plus devant l’image potentielle, pour ne pas dire le plan, de l’ouvrier solitaire jouant de l’harmonica que sur sa condition réelle).
Il se pourrait que ce soit là un des facteurs essentiels de ce relatif oubli, de cette perte de popularité, il aura été une pleine figure de son temps, faisant la jonction entre une société rurale très codifiée et celle plus moderne de la capitale de l’entre-deux guerre et de l’après. N’ayant pas une personnalité et une vie pleine d’aventures comme un Kessel ou un Vian, s’étant abstenu des interviews et lieux de publicités contemporaines, il est ainsi devenu un nom, familier, mais un peu flou, sur lequel on tombe de temps en temps sans plus s’attarder.
On peut aussi s’imaginer que sa grande popularité en dépit d’un bon accueil critique ait pu le classer comme un écrivain uniquement populaire et de fait de peu d’intérêt pour la postérité…
Cependant si l’on s’y arrête un moment, on se rend vite compte qu’il y a une certaine richesse en dessous et qu’il est plus présent dans notre imaginaire qu’on ne l’aurait cru.
Saviez-vous qu’il avait refusé la légion d’honneur, suite au vitriol qu’il avait pu subir dans l’immédiat après-guerre, et qu’il avait également décliné la proposition pour sa candidature à l’Académie française, pourtant proférée publiquement par François Mauriac ?
Trop de droite mais pas assez pour être utilisé par les polémistes contemporains, trop populaire mais trop peu flamboyant ou formaliste pour nourrir les anecdotes bien senties de la mondanité et l’ego de la critique, nous pourrions continuer ainsi encore quelques temps, mais il n’est pas question ici de réhabiliter ou de désavouer l’auteur, nous vous invitons plutôt à vous y intéresser, que ce soit à travers les ouvrages que nous proposons, les adaptations filmiques de ses œuvres ou encore, pourquoi pas, à travers l’album que la Pléiade lui a consacré en 2001 ?