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17 Juil 2019

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Lectures d’été

L’été et les vacances sont arrivés ! Afin de vous accompagner pendant cette période où l’on a (enfin) le temps de lire, les équipes d’Abraxas-Libris, Neiges d’Antan et les Mains dans les Poches ont sélectionné pour vous quelques livres coups de cœur. Que vous soyez en manque d’inspiration ou curieux de voguer vers d’autres horizons, voici nos conseils lecture pour l’été.

Bruno a choisi:

Jean Ray« Le Livre des Fantômes » de Jean Ray

Pour moi cela sera « Le livre des Fantômes » de Jean Ray, parce que je lis régulièrement le blog d’Abraxas-Libris et que le dernier article m’a donné envie de retrouver l’ambiance de Shinning.

Je cite :

« Par la puissance évocatrice de ses récits hantés, Jean Ray a donc entièrement conquis le  cœur de Stephen King : on sent nettement l’influence obsédante du terrifiant « Livre des Fantômes » dans « Shining » par exemple… »

« Une affaire personnelle » de Kenzaburô Ôé

J’ai découvert Kenzaburô Ôé avec le livre : « Arrachez les bourgeons, tirez sur les enfants » pour lequel vous trouverez une petite chronique ici.

Oé est de ces auteurs qui vous prennent aux tripes au propre comme au figuré, tous ses livres sont charnels, violents et forts en émotion. Le soleil de l’été donnera encore plus d’ampleur à cette lecture.

Au passage je vous conseil tous ses livres, notamment les nouvelles : « Le Faste des morts » et « Seventeen » !!!

Bonne lecture.

Le choix de Patricia:

Les nouvelles d’Agota Kristof (« C’est égal », chez Points), aussi tristes et cruelles que la trilogie des jumeaux (« Le Grand Cahier », « La Preuve » et « Le  Troisième Mensonge »), mais qu’on peut poser au bout de deux pages (courtes nouvelles) pour pleurer ou respirer un grand coup …

Bonus Polar : La trilogie Écossaise de Peter May, sans doute les trois plus beaux romans de Peter May même si j’aime tout y compris les polars chinois. « L’Île des Chasseurs d’Oiseaux », « L’Homme de Lewis » et « Le Braconnier du Lac Perdu » (Éditions du Rouergue / Babel Noir).

Peter May, Babel Noir

Pas de lien web pour ces livres qui sont à retrouver en boutique (grand format ou poche!). A savoir que les Peter May partent très vite.

La sélection de Bernard:

Georges Perec« La Vie Mode d’Emploi » de Georges Perec

C’est probablement l’un des cent chefs-d’œuvre de la littérature française, et pourtant comme il est difficile de rentrer dans cette liste !
C’est une œuvre totale, un monument qui se lit avec une jubilation quasi-continuelle. Chaque page fourmille de trouvailles, d’humour, d’une humanité souvent bouleversante. « La Vie Mode d’Emploi » a fait maintenant l’objet de dizaines de milliers d’analyses et thèses dans le monde entier.

« Un Cabinet d’Amateur » de Georges PerecGeorges Perec

Ce qui intéressant c’est qu’il fait suite à « La Vie Mode d’Emploi », sur lequel Perec a travaillé pendant presque 10 ans. Ce récit – très court, est construit autour d’un jeu de miroirs au sein d’un tableau qui reflète indéfiniment la même scène. A sa manière, G. Perec nous présente le petit monde des collectionneurs, des experts et des ventes d’arts. Vous trouverez ici une interview éclairante de l’auteur  qui « en explique les ressorts d’écriture et la composition sous forme de mise en abîme ».

Pour Aude, ce sera:

Ursula K. Le Guin, et en particulier deux romans du « Cycle de l’Ekumen », pour repenser le monde, les sociétés capitalistes, les rapports humains, le sexisme et les genre à travers le miroir déformant de la science-fiction.

Les dépossédées« Les Dépossédées » d’Ursula K. Le Guin

Je cite:

« Moins il avait, plus absolu devenait son besoin d’être. »

La fiction a reçu le prix Nebula du meilleur roman en 1974, le prix Hugo du meilleur roman en 1975 et le prix Locus du meilleur roman en 1975.

« La Main Gauche de la Nuit » d’Ursula K. Le GuinLa main gauche de la nuit

Je cite:

« Je donnerai à mon rapport la forme d’un récit romancé. C’est que l’on m’a appris lorsque j’étais petit, sur ma planète natale, que la Vérité est affaire d’imagination. »

La fiction a reçu le prix Nebula du meilleur roman en 1974, le prix Hugo du meilleur roman en 1975 et le prix Locus du meilleur roman en 1975.

Benjamin vous conseille:

Graham Masterton« Les Puits de l’Enfer » de Graham Masterton

Idéal pour cauchemarder sur la plage en été, le livre traite d’une entité ancienne et maléfique liée à l’eau, avec de nombreuses scènes percutantes qui rendraient hydrophobes les plus courageux des baigneurs.

« Rêves et Cauchemars » de Stephen KingStephen King

Recueil de nouvelles fantastiques très agréables à lire, qui distillent angoisse et suspense de manière inattendue : se promener dans une ville avenante et animée et tomber sur une « Rue Cthulhu » qui ne figure sur aucun plan peut, en effet, semer quelque trouble chez les touristes…

Audrey vous recommande:

« La Joueuse de Go » de Shan Sa

Un roman saisissant au style poétique situé à la veille de l’invasion de la Chine par le Japon. La partie de go cristallise la guerre entre les deux pays, la rencontre entre nne jeune mandchoue et un officier japonais. L’auteure, dont le premier recueil de poésie a été publié à 10 ans, a reçu le Goncourt des Lycéens pour ce roman (2001). Retrouvez ma chronique complète ici, et le livre à la pochothèque !

Retrouvez également ces auteurs dans nos trois librairies, ouvertes 7/7 tout l’été (y compris les jours fériés). De 10h à 19h avec une coupure de 12h / 12h30 à 14h.

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By: Audrey Cosnier Les mains dans les poches, Neiges d'Antan Tags: Fantastique, Jean Ray, Littérature, Nouvelles, Nouvelles éditions Oswald, roman, Roman policier, Science Fiction, Stephen King, Vacances

25 Juin 2019

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Jean Ray, le maître des spectres

A la fin de son étude phare sur la littérature fantastique (« Anatomie de l’horreur », actualisée en 2018), Stephen King, le maitre incontesté de l’épouvante moderne, classe un recueil de nouvelles de Jean Ray parmi ses premières recommandations de lecture. Alors que d’autres auteurs au talent incontestable sont impitoyablement écartés par le King (Dean Koontz et Graham Masterton, pour ne pas les nommer !), Jean Ray et son œuvre sont au contraire portés au pinacle par ses soins – ce qui a le mérite d’attirer l’attention sur cet auteur par trop méconnu à l’heure actuelle.

Notre catalogue Jean Ray et John Flanders

Car, contrairement à Lovecraft, avec qui il partage – étrangement – de très nombreuses similitudes (étant tous deux nés à la même époque), Jean Ray pâtit injustement d’un oubli absolu auprès des nouvelles générations de lecteurs –  la faute à une carence de rééditions modernes (jusqu’il y a peu).

Par la puissance évocatrice de ses récits hantés, Jean Ray a donc entièrement conquis le  cœur de Stephen King : on sent nettement l’influence obsédante du terrifiant « Livre des Fantômes » dans « Shining » par exemple, ou bien du fantasmagorique « Malpertuis » dans certaines nouvelles de « Brume ». Maître ès épouvante, Jean Ray excelle ainsi dans l’art de tisser des toiles d’angoisses fuligineuses pour y emprisonner le lecteur conquis et émerveillé. En quelques lignes, l’on est comme happé par son style d’une remarquable splendeur poétique ; une ambiance oppressante, un décor gothique, une situation perturbatrice, et le ton est immédiatement donné, pour aller crescendo dans une féerie d’épouvante baroque :

« Sans rien nous dire, sans rien voir ni entendre, nous savions que tous les deux nous avions peur, affreusement peur. […] Nous gardâmes le silence ; pour ma part, j’étais incapable d’exprimer une pensée : quelque chose d’inconnu, mais d’abominable me figeait le cerveau. […]  ‘‘Toute la maison a peur !’’ Eh bien ! c’était cela, je n’aurais pu mieux l’exprimer : toutes les choses inertes, sans vie ni âme, qui nous entouraient, toutes, depuis les simples meubles jusqu’aux briques de la vieille demeure, se recroquevillaient d’épouvante. La grande horloge à balancier se tut, le feu cessa de ronfler, la lumière même de la grosse ampoule électrique sembla se transformer, perdant son pouvoir de rayonnement, les ombres des objets furent soudainement noires comme des profondeurs de gouffre. Et, tout à coup, l’énorme vague de feu sombre fut sur nous. » (Le Livre des Fantômes [nouvelle ‘‘Maison à vendre’’)

En plus d’avoir influencé Stephen King, soulignons aussi que tout un pan du cinéma fantastique est irrigué par l’œuvre de Jean Ray, du cultissime « Carnival of Souls » (film de chevet de David Lynch et Tim Burton) jusqu’aux fulgurances chromatiques de « Suspiria » et d’ « Inferno » de Dario Argento. Relevons aussi l’attrait de Jean Ray (qui fut marin) pour les récits d’horreur se déroulant en bord de mer, distillant une pesante atmosphère à la fragrance de sel putride, et l’ombre verte du grand Cthulhu n’est pas loin !

La Librairie Abraxas-Libris propose actuellement à la vente un panel varié d’œuvres de Jean Ray, dignes de satisfaire les amateurs les plus exigeants : notamment des exemplaires des mythiques Éditions Néo, superbement illustrés par Nicollet, qui permettent de savourer le talent de Jean Ray avec un agrément optimal (à noter également que plusieurs de ses livres furent publiés sous le pseudonyme très « british » de John Flanders).

By: Benjamin Gras A travers la toile, Blog, La Vie de la Librairie, La Vie du blog Tags: Fantastique, Jean Ray, John Flanders

15 Déc 2018

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La Librairie Neiges d’Antan rejoint Abraxas-Libris

Après les librairies Chantefable, Le Seanachi, La Compagnie des Mots et les Mains dans les poches, c’est au tour de Neiges d’Antan de rejoindre la grande famille d’Abraxas-Libris. Idéalement située sur l’Ancienne Place des Halles -et bien connue des amoureux de Bécherel, la librairie étend ses rayonnages sur trois niveaux. Suivez le guide!

Librairie sur 3 niveaux

Établie depuis plus de 20 ans au cœur de Bécherel, aux Neiges d’Antan est une des plus anciennes librairies de la célèbre Cité du Livre. Le passage de témoin a eu lieu suite à la volonté de l’ancienne propriétaire de changer de voie, après quinze ans de vie consacrés à sa librairie. Pour autant, Neiges d’Antan est vouée à conserver son identité. Vous retrouverez d’ailleurs Benjamin -gardien occasionnel des lieux depuis 2017, vous guider dans les rayons pendant les week-end et vacances. Le reste de la semaine, c’est à votre humble narratrice –Audrey– que revient ce rôle.

Pour celles et ceux qui ne sont pas encore familiers avec la boutique, Neiges d’Antan c’est près de 50 000 livres répartis sur trois niveaux. Du livre ancien et d’occasion, des sujets généralistes ou très pointus, des dizaines de thèmes pour tous les âges, tous les goûts et tous les budgets. Voici la répartition des thèmes dans la librairie.

Vous trouverez au Rez-de-chaussée:

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  • Histoire, Archéologie et Préhistoire
  • Latin et Grec
  • Art
  • Bretagne
  • Policier (poche)
  • Livres anciens et rares
  • La Pléïade
  • Pays orientaux
  • Esotérisme
  • SF et Fantasy
  • Musique

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En ce qui concerne le fonctionnement de la boutique, pas de changement notable: les prix restent en 1ère page, les promotions « 3 poches achetés = le 4e offert » et « 1 livre acheté = 1 livre offert » sur le rayon dédié à la littérature et aux polars grand-format ont toujours cours.

 Au 1er étage:

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  • Poches
  • Romans
  • Littérature, poésie et théâtre
  • Philosophie
  • Littérature médiévale
  • Automobile, aviation, train
  • Criminologie
  • BD et comics
  • Littérature érotique
  • Egypte ancienne
  • Collection Nelson
  • Littérature par pays (Amérique, Europe, etc.)

[/themify_box]

La librairie continue de racheter des livres sur tous les sujets. Les horaires d’ouverture sont à ce jour de 10h à 12h et de 14h à 19h du mercredi au dimanche (et 7/7 pendant les vacances). Les seuls jours fériés pendant lesquelles les librairies restent fermées étant le 25 décembre et le 1er janvier.

Et enfin, au 2e et dernier étage:

[themify_box style= »purple shadow » ]

  • Livres pour enfants et ados
  • Mangas
  • Médecines douces, santé
  • Astronomie
  • Géologie
  • Sciences
  • Ecologie
  • Nature, botanique, jardinage
  • Sport
  • Livres en anglais
  • Religion
  • Mathématiques
  • Cuisine
  • Marine

[/themify_box]

Contact:

[themify_box style= »grey » ]

Librairie aux Neiges d’Antan

7, rue de la Beurrerie

35190 Bécherel

02.99.66.85.87

neigesdantan@abraxas-libris.fr

Abraxas-Libris: 02.99.66.78.68

[/themify_box]

Librairie sur trois niveaux
« ‹ of 10 › »

 

By: Audrey Cosnier A Bécherel, La Vie de la Librairie Tags: Bécherel, Cité du livre, Librairie, livre

11 Août 2018

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La « Jazz-o-thèque » d’Abraxas-Libris

En tant que courant musical né parmi les Afro-Américains du Sud des États-Unis, le Jazz est l’un des plus fascinants mouvements artistiques du XXème siècle, à la fois support d’expression d’un peuple opprimé et vecteur d’une légitime contestation sociale.

Nourri d’influences africaines mélancoliques, issues d’un peuple traumatisé par l’horreur de l’esclavage et l’arrachage inhumain de la terre de leurs ancêtres, le Jazz, creuset de la culture noire, prit véritablement son essor au cours de la décennie 1910-1920, par le biais du fameux Dixieland de la Nouvelle-Orléans, ville-matrice où se concentraient diverses cultures symbiotiques (créole, cajun, africaine, espagnole et française). De cet exceptionnel camaïeu de gens et de civilisations diverses, le mouvement Jazz éclot ainsi qu’une émouvante fleur façonnée par la souffrance et la volonté de vivre. Coupés de leurs origines, vivant dans un État de non-droit où ils enduraient quotidiennement les plus révoltantes discriminations, les Afro-Américains utilisèrent, semble-t-il,  la musique Jazz pour transcender leur malheur collectif et donner un sens à leur existence oppressée. Le célèbre chanteur Bob Marley a un jour écrit : « La chose superbe à propos de la musique, c’est que lorsqu’elle vous touche, vous ne ressentez plus la douleur. » On ne saurait mieux dire. Une scène issue d’un film populaire, « La Couleur Pourpre » (inoubliable film de Spielberg, avec la non moins inoubliable Whoopi Goldberg), illustre à merveille le sens de ce propos. Lors de la scène du cabaret, où l’exubérante et charismatique chanteuse Shug Avery (sublimement campée par Margaret Avery) interprète plusieurs morceaux de Jazz, l’on peut voir clairement que le public présent (uniquement composé d’Afro-Américains) échange pour un soir la tristesse de son quotidien contre un peu de rêve, d’émotion et de tendresse méritée – notamment avec le personnage de Celie jouée par Whoopi Goldberg.

 

La chanson-phare du mouvement Jazz, son morceau « culte » pourrait-on dire, qui l’incarne dans son essence la plus intime, est sans contestation possible  « Strange Fruit » de Billie Holiday, parue en 1939 (et reprise de manière convaincante par le groupe anglais Siouxsie and the Banshees en 1987, dans leur album « Through the Looking Glass »). Bouleversante au possible, la chanson évoque ce « fruit étrange » (strange fruit en anglais) qu’était le cadavre d’un Noir laissé, plusieurs jours durant, pendu à un arbre public (scène hélas très fréquente aux États-Unis jusque dans les années 1960, suite aux odieux lynchages perpétrés par le Ku Klux Klan, de sinistre mémoire, avec la complicité passive des autorités locales). Rappel éternel de cette époque violente, l’on peut encore trouver, dans certaines brocantes des États-Unis, d’horrifiantes « cartes postales » d’époque, glaçantes à souhait, montrant des foules pimpantes de Blancs en complet-veston, souriant de toutes leurs dents en posant devant le corps d’un être humain noir pendu au bout d’une corde. Plus que tout autre morceau de Jazz, la chanson déchirante de Billie Holiday exprime cette volonté farouche du peuple Afro-Américain  de transcender la tragédie collective de son histoire, et surtout ne pas permettre qu’elle soit oubliée.

 

 

Fidèle à sa volonté de promouvoir toutes les cultures du monde, la Librairie Abraxas-Libris propose, dans l’espace musique de sa pochothèque, une large variété d’albums des plus grands artistes de Jazz. Billie Holiday, mais aussi Ben Webster, Kenny Dorham, Miles Davis et bien d’autres vous attendent sous format CD, afin de vous faire découvrir l’immensité de leurs talents musicaux.

By: Benjamin Gras A Bécherel, A travers la toile, Blog, Non classé Tags: Jazz, Littérature afro-américaine

6 Mai 2018

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Paul Féval : Le « Jean Ray breton »

La comparaison pourrait surprendre, et pourtant, il existe de nombreuses similitudes entre le mathurin de Gand et le monarchiste de Rennes : même prédilection appuyée pour les romans-feuilletons, même talent à produire des récits fantastiques singuliers et, hélas, mêmes opinions politiques douteuses, aux franges de la droite extrême royaliste. Il est vrai que le plus grand des auteurs fantastiques de ces cent dernières années, H.P Lovecraft (de l’avis d’une majorité de critiques et de lecteurs), ne brillait pas, lui non plus, par son progressisme et sa largeur d’esprit, ce qui ne l’empêchait pas d’avoir une plume sublime.

Autant en dira-t-on de Jean Ray et de Paul Féval ! Mais, de manière saisissante, c’est précisément leur hargne réactionnaire qui insuffla une intéressante vigueur  à leurs publications, en les colorant d’un ton original, à défaut d’être avenant. Fort heureusement, s’agissant du domaine fantastique, ce trait déplaisant ne transparait guère –  ou bien est replacé dans le contexte de l’époque (à l’instar des écrits de Lovecraft).

L’on appréciera la virtuosité d’écriture de Paul Féval par cet extrait, qui justifie pleinement sa filiation avec Jean Ray (lequel, par un curieux hasard, est né exactement la même année que celle du décès de Mr. Féval) :

« Auprès de l’église était un cimetière dont les tombes étaient toutes blanches. Il y en avait deux qui semblaient jumelles. De chacune de ces tombes […] un bras sortait, sculpté en une matière plus blanche que le marbre. Les deux bras allaient l’un vers l’autre et se donnaient une poignée de main. Elle ne savait pas bien, dans son rêve, pourquoi la vue de ces deux sépultures la faisait frissonner et pleurer amèrement. Elle voulait lire les inscriptions gravées sur les tables de marbre, mais c’était chose impossible. Les caractères se mêlaient ou fuyaient devant son regard. […] La nuit se fit, à laquelle succéda une lueur phosphorescente qui rendit livides autour de l’amphithéâtre tous les visages des spectateurs. La foudre éclata dans le lointain, et l’on entendit le vent qui gémissait de toute part. La musique grinça. Une énorme araignée, qui avait le corps d’un homme et des ailes de chauve-souris, se mit à descendre le long d’un fil qui partait des frises et s’allongeait sous son poids. »

Paul Féval, La Ville-Vampire

 

Assurément l’on nage ici en plein roman gothique, à mi-chemin entre les contes de Karen Blixen et les œuvres de Bram Stoker et de Sheridan Le Fanu. Les similitudes avec la prose de Jean Ray sont également évidentes, notamment celle que l’on peut lire dans les « Contes du Whisky » et le « Livre des Fantômes ». Bien que Paul Féval soit principalement connu pour ses textes dit « classiques » comme « Le Bossu », il mérite néanmoins une place de choix au panthéon des auteurs fantastiques français, entre Théophile Gautier et Maupassant (qui privilégiait certes les romans réalistes, mais restera à jamais le père du « Horla »). Sa « trilogie des vampires », composée de 1) « La Vampire » (1856), 2) « Le Chevalier Ténèbre » (1860) et 3) «La Ville-Vampire » (1867), a tout pour être culte et fait partie en tout cas des textes fondateurs de la littérature d’épouvante. Il est donc intéressant, à plus d’un titre, de découvrir cette facette aussi troublante que méconnue de Paul Féval.

 

La librairie Abraxas-Libris propose à la vente un large choix d’œuvres de Paul Féval, notamment « La Ville-Vampire », qui demeure sans doute le chef-d’œuvre de son auteur. A consommer sans modération !

By: Benjamin Gras A travers la toile, Blog Tags: H.P. Lovecraft, Jean Ray, Littérature de l'Imaginaire, Paul Féval, Vampire

1 Mai 2018

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« L’Art des Abécédaires français », un ouvrage inédit sous la direction de Bernard Farkas

Bernard Farkas, un des trois fondateurs d’Abraxas-Libris, avec La Compagnie des Mots s’est associé aux Presses Universitaires de Rennes pour publier un ouvrage inédit : « L’Art des Abécédaires français« , comprenant notamment un catalogue foisonnant de plus de 450 pages sur 600 pages.

 

A comme Âne… K comme Koala… Z comme Zèbre… Les abécédaires, connus de tous mais ignorés de chacun, sont un domaine à part de l’édition enfantine.
Le présent ouvrage, jalon décisif dans la constitution d’un inventaire exhaustif des abécédaires français, est aussi le premier à présenter un catalogue aussi complet et parfaitement documenté d’un si vaste ensemble d’abécédaires de toutes époques.

Cette présentation détaillée est précédée d’un très intéressant essai d’histoire du genre par Olivier Deloignon. Richement illustré d’images inédites, il met en perspective et restitue l’objet dans sa matérialité, dans ses pratiques et dans ses usages depuis les origines manuscrites jusqu’aux créations les plus actuelles.


Plusieurs des abécédaires présentés sont des livres uniques et témoignent d’autant de pratiques intimes, depuis la personnalisation jusqu’à la création intégrale, liées à des contextes spécifiques (expression enfantine, création d’artiste, mais aussi propagande…).

Ce sujet, pourtant simple dans ses règles de départ, permet une infinité de déploiements créatifs. L’imagination des auteurs, illustrateurs et éditeurs semble inépuisable lorsque l’on regarde la diversité des formes de l’abécédaire.
C’est à une plongée dans cet univers fascinant que vous invite cet ouvrage.

Sujets abordés :

Mise en scène symbolique et graphique des lettres : l’abécédaire français entre ars et art
Aux origines de l’abécédaire
Vetustioris litere maiestas
De l’art de la mise en oeuvre
Protohistoire des abécédaires imprimés
Mnémotechnique et apprentissages
Les Croix de par Dieu
Pratique de la Croix de par Dieu
Les abécédaires réformés en terre réformée
La question des abécédaires français en France
Heurs et malheurs des abécédaires en français
Abécédaires et pastorale contre-réformés
L’Orbis sensualium pictus
L’organisation universelle et parfaite
Une école pour tous les chrétiens
À l’école des éducations préceptorales
De l’éducation par le jeu à la pédagogie de l’image
Les jeux abécédaires utiles
La diffusion des pédagogies
Régénérer l’abécédaire
Révolutionner l’Instruction publique
Retour à la tradition ecclésiale
Le temps des souvenirs
L’édition abécédaire scolaire
La révolution de l’image
L’abécédaire récréatif
Retour de la question des images à l’école
Pratiques éditoriales nouvelles
La longue fin de siècle
L’abécédaire en guerre
Après la fin d’un monde
L’abécédaire artistique
L’abécédaire photographique
L’illustration d’auteur
La démocratisation culturelle
Les années sombres
Le début des Trente Glorieuses
Les tendances de l’abécédaire dans les années cinquante
Le retour à la norme
Sérialisation et production de masse
Ruptures et continuités
L’expérimentation photographique
Les formes de l’abécédaire
Le renouveau graphique…
…et au-delà
Pour conclure

Pour commande le livre téléchargez le bon de commande ici !!!

 

By: Audrey Cosnier La Vie de la Librairie Tags: Abécédaire, Bibliophilie, Catalogue, Compagnie des Mots, Enfantina, essai, Presses Universitaires de Rennes

30 Mar 2018

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Ce week-end à Bécherel, 30e édition de la Fête du Livre !

Cette année, la Fête du Livre aura lieu du samedi 31 mars au lundi 2 avril. Le thème choisi est « De l’écrit à l’écran », ou les adaptations cinématographiques d’œuvres littéraires. Rencontres avec les auteurs, expositions et marché du livre, la fête est au rendez-vous pour les amoureux des 5e et 7e arts !

30e Fête du Livre : de l’écrit à l’écran

Programme de la 30e édition

 —- Spectacles, animations, lectures et ciné-concerts —-

Le Kino Quizz Quartet vous concocte un apéro-concert et un quizz musical les samedi et dimanche à 19h (Place des Halles).

Une lecture jeunesse sera proposée par 1, 2, 3 livres à l’attention des petits les dimanche et lundi après-midi (centre ancien).

Aventuriers prenez note: les Archers de Caradeuc vous initient au tir à l’arc avec l’animation Robin des Bois ! Tous les après-midi au Jardin du Thabor.

Le ciné-concert vagabond « Avion papier » sera installé par le Collectif la Méandre. Tout public, tous les après-midi (place Jehanin).

—- Ateliers —-

Vous avez toujours rêvé de faire un film? Rendez-vous à l’atelier écriture de scénarios encadré par l’association Clair Obscur (Festival Travelling) le dimanche de 16h30 à 19h à la Maison du Livre.

Savez-vous ce qu’est un Flip Book? Mais si, un petit livre d’images qui, feuilleté à la bonne vitesse provoque une animation. Créez le vôtre avec les ateliers Flip Book de l’asso Colorant 14 les samedi et dimanche après-midi.

Enfin, une dizaine d’ateliers autour du cinéma ont lieu du samedi au dimanche sous de petites tentes disposées dans le centre ancien du village : Stop motion LEGO / Dessin animé / Bruitage / Marionnettes en mousse… pour ne citer qu’eux !

Pochothèque

—- Rencontres et projections —-

La conférence « Des Liaisons dangereuses à La Planète des Singes » présentée par Jean Deulceux, historien de l’art. Vendredi à 20h30 à la Maison du Livre.

« Du roman noir à la salle obscure », rencontre avec Caryl Ferey auteur de polars dont « Zulu » qui a été adapté au cinéma en 2013.

Projection du film « Au revoir là-haut » une adaptation du roman de Pierre Lemaître par Albert Dupontel (Prix Goncourt 2013). A Romillé le samedi à 21h.

 

—- Autres activités —-

En parallèle, des expositions, un concours d’affiches de cinéma, un marché du livre autour du thème du cinéma tous les jours de 10h à 19h et ne manquez pas la pause gourmande et festive proposée par l’association Regards de mômes : une tente plongée dans le monde d’Alice au Pays des Merveilles où vous pourrez tester le vélo-smoothie!

Pour connaître le programme en détail, cliquer ici ! Des navettes circulent pendant ces 3 jours entre Rennes et Bécherel, toutes les deux heures de 9h30 à 20h00!

Et bien sûr, n’oubliez pas de rendre visite à votre librairie ancienne favorite redécorée aux couleurs de Pâques. En avant-goût, un aperçu de nos vitrines: avez-vous déjà lu ou vu ces œuvres cultes, au cinéma comme en littérature ?

Pochothèque
By: Audrey Cosnier A Bécherel Tags: Bécherel, Cinéma, Fête du livre

23 Mar 2018

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Ar Seiz Breur, mouvement artistique breton moderne

Pendant l’entre-deux-guerres, de jeunes artistes bretons se regroupent et se fixent un objectif: mettre les arts celtes et breton en particulier au goût du jour. De cette volonté est né le mouvement Ar Seiz Breur (des Sept Frères en breton). Abraxas-Libris vous invite cette semaine à la découverte d’un phénomène artistique régional peu connu et qui pourtant influence encore les artistes bretons d’aujourd’hui.

Bois gravé extrait de « L’Histoire de Notre Bretagne » (1922) par Jeanne Malivel

L’art breton modernisé

Plusieurs versions existent, mais c’est probablement lors d’un cours de celtique à la Sorbonne de Paris que Jeanne Malivel, René-Yves Creston et Georges Robin se rencontrent. Puis, c’est dans un second temps, en 1923 lors d’un pardon à Folgoët que ces derniers (rapidement rejoints par James Bouillé) décident de concrétiser leurs projets. Les artistes sont céramistes, architectes, graveurs ou peintres et font l’état des lieux de l’art traditionnel breton au lendemain de la guerre 14-18. Bretons d’origine, ils ont également étudié les arts décoratifs à Paris et regrettent l’immobilisme de l’art breton qu’ils jugent figé dans le passé. Pour eux, il existe trois raisons principales à cette perception surannée. La culture parisienne d’une part, prenant le pas sur les cultures régionales traditionnelles en les faisant passer de mode. La naissance du tourisme d’autre part, incitant les bretons à conserver leurs attributs pittoresques: l’époque dite de la « biniouserie« . Enfin, nous l’évoquions plus tôt, l’après-guerre et la production massive de monuments aux morts souvent commandés en série, au détriment des sculpteurs et tailleurs de pierre locaux.

Chapelle de Coat-Quéau (Finistère) par James Bouillé
Vue générale de la façade occidentale de la chapelle de Coat-Quéau édifiée par James Bouillé, à Scrignac, Finistère, Bretagne, France.

Pour les jeunes artistes, l’art se doit d’être l’expression vivante de son peuple et non se contenter de reprendre les mêmes recettes éculées. Tout l’enjeu réside dans le fait de reprendre les codes de l’art traditionnel breton tout en le modernisant.

Sous l’impulsion de Jeanne Malivel, le groupe se trouve un nom symbolique : Ar Seiz Breur, (« les Sept Frères »), une idée qui serait tirée d’un conte du pays gallo.

Chapelle des aviateurs, James Bouillé
Île Tristan : la chapelle des aviateurs (dénommée ainsi en l’honneur de l’aviateur Dieudonné Costes, ami de Jacques Richepin ; de style néobreton ; construite en 1930 en granit gris de Lanhélin par l’architecte James Bouillé, qui faisait partie du mouvement des Seiz Beur et devenue caveau familial de la famille Richepin)

Les membres fondateurs du mouvement des Seiz Breur

Les trois membres fondateurs ont vite été rejoints par d’autres artistes du milieu culturel breton. Voici quelques-uns de leur représentants.

Xavier de Langlais (né à Sarzeau 1906 – 1975), peintre, graveur, céramiste, verrier et écrivain. Rejoint l’Unvaniezh Seiz Breur en 1924. Militant breton, il œuvrera notamment pour l’art chrétien breton et la langue bretonne vannetaise avec plusieurs revues culturelles. Il fera sa carrière en tant qu’enseignant à l’École des Beaux-Arts de Rennes.

« Inizi ar Yaouankiz », par Xavier de Langlais. Musée de Bretagne: 2008.0032.13.1.

Jakez Riou (né à Lothey 1899 – 1937), écrivain en langue bretonne, il participe notamment à la revue littéraire Gwalarn.

Xavier Haas (né à Paris 1907 – 1950), peintre et graveur. Breton d’adoption, il y rencontre Xavier de Langlais et rejoint les Seiz Breur en 1936 à l’occasion de l’Exposition Internationale de Paris (pavillon Bretagne).

Creston René-Yves et Suzanne (nés à Saint-Nazaire 1898 – 1964 et 1899 – 1979). Lui: peintre (officiel de la Marine), sculpteur, graveur mais aussi ethnologue. Co-fondateur du mouvement qu’il dirigera jusqu’en 1944 où il cédera sa place à Xavier de Langlais (résistant). Elle: céramiste, elle créera par la suite avec Marguerite Gouarlaouen la confrérie des Nadoziou « les aiguilles » afin de promouvoir l’art du tissage.

« Le vieil arbre ». Estampe de Jeanne Malivel. Musée de Bretagne: 2006.0007.8.

Jeanne Malivel (née à Loudéac en 1895), elle se tourne vers la peinture, l’illustration et la gravure. Elle participe à la création du journal régionaliste Breiz Atao. Co-fondatrice des Seiz Breur, elle s’en éloigne après des divergences au sein du groupe et meurt prématurément de la typhoïde en 1926.

 

Youenn Drezen (né à Pont-l’Abbé 1899 – 1972) est journaliste et écrivain, et cherche à travers l’adhésion à de nombreux mouvements littéraires, culturels et artistiques à redonner ses lettres de noblesse à la culture bretonne en général. Gwalarn, Al liamm, Radio Roazon Breiz, L’Heure bretonne, Stur, La Bretagne…

D’autres artistes ont intégré ou côtoyé le mouvement, parmi eux: Roparz Hemon, James Bouillé, Caouissin Herry, Pierre Péron, etc.

Illustré par René-Yves Creston

Leurs sources d’inspiration gravitent autour de thèmes séculaires bien ancrés dans l’imaginaire breton: toutes les mythologies celtiques, les incontournables légendes bretonnes (Brocéliande et cycle arthurien), le druidisme, la religion (pardons, pèlerinages, vie des saints). Sans pour autant oublier d’y intégrer la vie quotidienne en reprenant les thèmes traditionnels de la ruralité et de la maritimité. Les décors surchargés, la lourdeur sont abandonnés, pour ne laisser qu’un motif, une forme, épurés et conservant malgré tout l’esprit breton / celte. L’art, bien que plus abstrait reste populaire et décoratif ; il est décliné sur les objets de la maison (faïence, textile, mobilier). Aujourd’hui encore, ce renouveau a gardé sa beauté, sa modernité et continue d’inspirer les nouvelles générations d’artistes.

—- Les curieux peuvent voir ici une petite vidéo présentant une exposition sur le mouvement Seiz Breur aux Beaux-Arts de Rennes (2000). —-

L’art néobreton s’étend aussi au design mobilier, avec ici des assiettes dessinées par Jeanne Malivel

Pour terminer, nous vous laissons avec quelques illustrations caractéristiques du mouvement Seiz Breur (tirées de nos étagères), dont « Ene Al Linennou« , un livre important dans lequel son auteur, Xavier de Langlais y expose ses idées sur l’art et notamment l’importance des lignes dans le dessin et la peinture. Un ouvrage proche de l’essai sur l’art décoratif breton!

"Ene al linennoù", Xavier de Langlais "L'âme des lignes"
"Ene al linennoù", Xavier de Langlais "L'âme des lignes"
Avec des illustrations de Ivez Gantan
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By: Audrey Cosnier Les Trouvailles de la Librairie, Notules abraxiennes Tags: Art, Art Déco, Art décoratif, Bretagne, Celtes, Design, Faïence, Gravure, Jeanne Malivel, Mobilier, Seiz Breur, Xavier de Langlais

1 Fév 2018

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Rabelais : le fer de lance de l’Humanisme

A la fin du XVème siècle, alors que la nuit du Moyen âge touchait à sa fin et que l’aurore de la Renaissance commençait à briller sur l’Europe, la production littéraire du Vieux Continent était, toutes proportions gardées, aussi corsetée qu’à l’heure actuelle en Corée du Nord. Grâce aux bons soins des inquisiteurs du Saint-Office, la liberté de parole – et d’écrit – était partout courbée sous une botte de fer dogmatique qui annihilait toute velléité de subversion (les contrevenants risquant alors le bûcher) :

« Spectacle lamentable, abject, la vie des hommes se traînait sur la terre, écrasée sous le poids d’une religion dont la face hideuse, surgie des hauteurs du ciel, faisait peser sa menace sur les mortels. » (Humana ante oculos foede cum vita iaceret in terris, oppressa gravi sub religione quae caput a caeli regionibus ostendebat, horribili super aspectu mortalibus instans)

Lucrèce, De Rerum Natura, I, 62-65

Pourtant, deux hommes, seulement deux, isolés et agissant séparément, contribuèrent alors à mettre en branle le puissant mouvement philosophique qu’on appellera plus tard « humanisme ». Leurs noms : Érasme et Rabelais. C’est le second qui retiendra ici notre attention. Si les textes de celui qu’on a parfois appelé le « Père de l’humanisme » (Boccace et Pétrarque ne s’étant pas départis de certaines capucinades) peuvent aujourd’hui paraître bien sages, il n’en était rien au XVIème siècle, où leur diffusion fit l’effet d’une véritable bombe intellectuelle.

 

En complète opposition aux pratiques de mortification ayant alors cours,  Pantagruel et Gargantua (qu’il n’est plus besoin de présenter) sont autant de fictions truculentes où, à travers divers récits cocasses, Rabelais se fait le chantre passionné de la joie de vivre, de l’épicurisme,  de l’hédonisme, bref, des plaisirs simples de l’existence, à commencer par ceux de la table (d’où les expressions proverbiales telles que « un repas gargantuesque » et « un appétit pantagruélique »).

La librairie  Abraxas-Libris propose actuellement les œuvres de Rabelais dans une superbe édition de 1823 en quatre volumes, nanties de plusieurs cartes en excellent état, et, surtout, d’illustrations étonnantes issues de l’édition Fernand Bastien.

 

 

Ces gravures insolites et burlesques, à l’indéniable qualité artistique, ne sont pas sans évoquer celles du Dictionnaire Infernal de Collin de Plancy. On pense également aux œuvres de Jérôme Bosch ou de James Ensor, ou encore au fameux Mat du Tarot de Marseille.

 

 

Certaines gravures font même irrésistiblement songer à Ganesh, l’adorable Dieu-éléphant de l’hindouisme, alors parfaitement inconnu des Européens !

 

 

La librairie Abraxas-Libris propose également l’édition en deux volumes de Jean-François Bastien, éditée en 1783 et contenant un portrait de Rabelais en frontispice. Ces deux éditions, celle de 1783 et celle de 1823, se complètent à merveille et raviront certainement les aficionados d’œuvres rares et de gravures pittoresques.

By: Benjamin Gras A travers la toile, Blog, Citations, Non classé Tags: Fernand Bastien, Gargantua, Humanisme, Pantagruel, Rabelais, renaissance

12 Jan 2018

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Anthologie : Revue « Le Théâtre » (1898-1914)

Composée de plusieurs volumes magnifiquement illustrés, cette anthologie de la revue « Le Théâtre » (1898-1914) subjuguera sans nul doute les amoureux du quatrième art. En effet, en feuilletant cette série de livres – lesquels regroupent divers numéros du défunt bimensuel –, le lecteur est comme propulsé dans une machine à remonter le temps qui, comme par enchantement, le transporte dans l’univers baroque et décadent du théâtre français de la Troisième République.

Ainsi qu’à travers une fenêtre donnant sur le passé, l’on peut ici contempler un instantané remarquable des pièces et des opéras d’antan, par le truchement de nombreuses photographies stylées – tant en couleur qu’en noir et blanc – qui restituent à merveille l’ambiance délicieusement surannée de cette époque révolue.

Parcourir ce recueil, c’est comme effectuer une plongée vertigineuse dans le monde chatoyant de Sarah Bernhard, où des actrices aussi captivantes que charismatiques, parées comme la Callas dans le long-métrage Médée, dévoilent un aperçu de leur talent scénique. Une pose gracile, un sourire mutin, une tenue d’impératrice, et c’est tout un pan du théâtre ancien qui ressuscite sous les yeux du lecteur conquis.

Les publicités d’époque, réparties harmonieusement entre les articles, participent toutes à l’émouvant charme vintage de ce recueil. Chaque numéro du bimensuel est aussi agrémenté d’articles de qualité, décrivant en détail le monde féerique des divas, des cantatrices et des tragédiennes d’autrefois, habillées de vêtements de rêve où le glamour le dispute au sublime, et posant avec grâce devant des décors somptueux et des cadres princiers.

La librairie Abraxas Libris propose l’édition complète (en très bon état général) de cette anthologie exceptionnelle, qui ravira les passionnés du théâtre. Un chef d’œuvre du genre, à acquérir absolument !

 

 

By: Benjamin Gras Notules abraxiennes Tags: actrices, Opéra, pièces de théâtre, théâtre, tragédie
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