Joseph Kessel photographié par Hans Pinn en 1948. Copyright– National Photo Collection of Israel, Photography dept. Goverment Press Office.
« Il ne faudrait jamais entreprendre de raconter un voyage : on est d’avance vaincu. […] Mais que faire ! Si l’on aime, il faut parler de l’objet de son amour. »
Joseph Kessel, En Syrie, p.9 Folio 2014.
Jef, l’aviateur, le reporter, l’académicien, Jef le russe, le juif, l’apatride aventurier, Jeff le fin psychologue, l’homme de terrain, le lion.
De l’Argentine (1898) au Val-d’Oise (1979), Joseph-Elie Kessel aura eu l’occasion de parcourir le monde de long en large plusieurs fois.
Son nom sans vous être familier ne vous est sûrement pas totalement inconnu, sans doute parce qu’il aura été à la fois un acteur important et un observateur acéré de la première moitié du 20e siècle.
De ses articles, notamment sur la survivance de l’esclavage en Abyssinie dans Le Matin(publiés entre mai et juin 1930, ils feront augmenter le tirage du journal de 150 000 exemplaires), à son rôle actif d’aviateur durant les deux guerres, sa présence marquante dans la résistance (ne serait-ce que pour l’écriture du Chant des partisans et de L’armée des ombres) en passant par ses récits plus intimistes commeLes Captifs ou sulfureux comme Belle de jour – adapté pour le cinéma en 1967 par Luis Bunuel – sans parler du succès retentissant du Lionet des Cavaliers en leur temps, Kessel aura marqué son époque avec éclat.
Une œuvre riche et polymorphe qui vaut le coup d’être (re)découverte, notamment à travers ses différents thèmes et registres représentés par un éventail significatif dans notre stock :
Que ce soit le portrait intime et politique, son amour des figures à la fois grandiloquentes et inquiétantes et l’exploration récurrente de ses doubles dans l’écriture, à travers Stavisky, l’homme que j’ai connu.
Ou comment dans Le Lion et La Piste fauve le récit-reportage s’évertue à sonder l’ambiguïté de la force, du sauvage et des liens aussi bien sociaux que sentimentaux qu’ils entretiennent entre eux et aussi des rapports de forces entre colons et colonisés (sans réel jugement ou recul par ailleurs).
Le Lion, Collection 1000 soleils, Gallimard, 1972.
Ou encore ses débuts avec La Steppe rouge, recueil de nouvelles – assez brutales – se déroulant dans la période de guerre civile que vit la Russie bolchéviste suivant la révolution d’Octobre 1917, où le jeune écrivain montre déjà son talent à travers ses personnages alliant le détail journalistique à la profondeur romanesque.
La Steppe rouge, Éditions de la Nouvelle Revue Française, 1923.
Et enfin ses deux grands œuvres représentant ensemble une forme de synthèse de sa vie et de son travail d’artiste : Le Tour du malheur, fresque romanesque à caractère autobiographique de 1600 pages répartis sur 4 tomes à laquelle Kessel tenait énormément, grand succès public à sa sortie mais qui ne parvint pas à convaincre la critique et qui reste aujourd’hui assez méconnu par rapport au reste de ses écrits ; en face de celaLes Cavaliers, roman épique consacré à l’Afghanistan et au jeu du bouzkachi, considéré comme son chef d’œuvre tant par la critique que par une grande partie du public et qui incarne peut-être le mieux ce combat que l’auteur mène avec l’écriture pour exprimer son amour du voyage.
Nous vous invitons ainsi à voyager avec cet homme fasciné et fascinant aussi bien sur notre site qu’en librairie où nous possédons aussi de belles pièces de son œuvre, parce qu’il n’est jamais trop tard pour découvrir ou approfondir sa connaissance de cet artiste dont François Mauriac disait dans son Bloc-notes :« Il est de ces êtres à qui tout excès aura été permis […] et qui aura gagné l’univers sans avoir perdu son âme. »
Le XIXème siècle n’est pas seulement un des grands moments de la littérature ou un siècle marqué par les turbulences historiques, ce sont aussi de grandes avancées en matière scientifique et technique, telle que la mise en mouvement de l’image et par extension la naissance du cinéma. Ces développements se retrouvent également dans les jouets pour enfants de cette époque, jouant sur la perception visuelle et les illusions optiques.
De nombreux objets ont ainsi été inventés pour l’émerveillement des plus jeunes et le divertissement des plus adultes. A ce titre, on peut citer le phénakistiscope, un disque sur lequel la séquence du mouvement est décomposée en plusieurs images fixes, et que l’action rotative de l’objet permet d’animer.
Le praxinoscope, une version améliorée du zootrope, reprend le principe d’une bande de douze dessins disposés en cercle, cette bande étant placée dans un tambour tournant autour d’un axe central. Le praxinoscope se différencie du zootrope par l’ajout de miroirs à l’intérieur du tambour, reflétant les dessins. Le jeu optique est obtenu par la rotation du tambour et l’effet réfléchissant des miroirs.
A ce titre, nous pouvons également citer le thaumatrope, un jouet optique basé sur le phénomène de la persistance rétinienne : une image rémanente sur la rétine. L’illusion d’optique est créée par un dispositif très simple : un disque maintenu par une ficelle qui, lorsqu’il est tourné de manière suffisamment rapide, permet de créer l’illusion par la superposition des images ou dessins figurant sur les deux faces du disque.
Enfin, nous ne pouvons pas parler de jouets optiques sans aborder le sujet du folioscope, autrement appelé flipbook. Il s’agit d’un petit cahier de dessins ou de photographies qui, feuilleté rapidement, crée l’illusion que le sujet représenté est en mouvement.
Apparu à la suite du mouvement des inventions de jouets optiques au XIXème siècle et de la naissance du précinéma, le folioscope n’est pas tombé en désuétude et continue d’être un médium investi, comme le montre la collection « 1868 – Le Folioscope » éditée par la maison Le pouce et l’index en 2003.
Le lot que vous pouvez voir sur la photo ci-dessous contient la quasi-intégralité de la collection, à l’exception du n°13 sur les Shadoks. Les 26 flipbooks disponibles chez Abraxas présentent un état neuf, puisqu’ils sont encore recouverts de leur blister d’origine. Cette collection rare et atypique porte sur plusieurs thématiques : on retrouve ainsi de grands moments de cinéma (la danse serpentine de Loie Fuller, Kirikou et la Sorcière, In the Mood for Love, les Vacances de Monsieur Hulot…), des références à l’histoire de l’art du XXème siècle (Henri Matisse, Salvador Dali…), des grands moments de l’histoire du siècle dernier (la chute du mur de Berlin, le premier Homme sur la Lune, Landru et son geôlier, Mai 1968…). Quoi de mieux qu’un jouet optique pour redécouvrir les moments marquants du siècle qui a vu se développer et se moderniser le cinéma ?
Siècle traversé par les bouleversements politiques à la suite de la Révolution française, transformé par une modernisation galopante calquée sur la vitesse croissante d’une industrialisation forcenée, le XIXème siècle est aussi celui d’une émulation intellectuelle et artistique bouillonnante. Les auteurs romantiques ou naturalistes ont contribué au renouvellement de la littérature et la popularisation du roman ; la photographie, par la fixation du réel sur le papier, a créé un nouveau rapport à la réalité ; les peintres et sculpteurs ont sorti leurs œuvres des murs désuets du Salon de l’Académie française au profit d’une longue suite d’expérimentations, établissant ce qui sera défini, a posteriori, comme une « tradition du nouveau*».
Décrié dès les balbutiements de son développement – le nom du mouvement est une invention ironique du journaliste Louis Leroy, très critique envers le tableau Impression, soleil levant de Monet dans un article de 1874 -, l’impressionnisme a connu depuis un impressionnant retour en grâce. Les œuvres attribuées à cette mouvance picturale font aujourd’hui partie d’un répertoire très populaire. On ne peut séparer le succès que rencontrèrent des peintres tels que Monet, Renoir, Sisley, Caillebotte, Manet, à la fin du XIXème siècle, de la figure de Paul Durand-Ruel. Le marchand d’art, dont le soutien fut décisif à la promotion et à la reconnaissance de ces artistes, a également changé en profondeur le fonctionnement du marché de l’art et le statut de l’œuvre d’art, devenue une valeur marchande et économique.
Portrait de Paul Durand-Ruel par Auguste Renoir, 1910
Le livre de Georges Lecomte, intitulé L’art impressionniste d’après la collection privée de M. Durand-Ruel, publié en 1892, se considère comme une promenade parmi les œuvres du grand marchand d’art. « L’étude de sa galerie particulière renseigne sur cette phase essentielle de l’évolution artistique. Elle nous permettra d’écrire une histoire complète de l’Impressionnisme. » Le texte est dédicacé à Georges Geffroy. Typographié chez Chamerot et Renouard, l’ouvrage compte 272 pages, donc 36 gravures de Lauzet (eaux-fortes, pointes sèches et illustrations) reproduisant des œuvres de Monet, Degas, Pissarro, Renoir… La reliure de cette édition originale et complète que nous vous présentons aujourd’hui a été réalisée chez Morell à Londres.
L’auteur, Georges Lecomte (1867-1958), écrit ce texte au début de sa carrière de journaliste et d’écrivain. Il s’est particulièrement destiné à défendre les intérêts des écrivains : il est à l’origine, en 1907, de la création de la Société des romanciers et conteurs français. Elu membre de l’Académie française en 1924, il en devient le Secrétaire perpétuel en 1946. Lorsqu’il écrit L’art impressionniste en 1892, le style pictural dont il fait le sujet de son livre, qui avait tant fait scandale vingt ans plus tôt, est désormais reconnu et bien établi. Mais la reconnaissance de ces artistes, dont les œuvres furent l’objet de la première Exposition impressionniste de 1874, mit du temps à venir ; « à cette période initiale, un homme se trouva, M. Durand-Ruel, qui comprit l’impressionnisme et risqua, pour le défendre, sa situation commerciale et sa réputation d’expert avisé ».
Durand-Ruel, en 1870, a repris le commercial familial de papeterie et de vente de fournitures d’artistes, et se trouve alors à Londres, la France étant en guerre avec la Prusse. Par l’intermédiaire de Daubigny, il fait la rencontre de Monet et de Pissarro ; de retour en France, ceux-ci lui font connaître Alfred Sisley. C’est le début d’un soutien indéfectible qui s’étend sur les trois décennies suivantes.
Il n’hésite pas à lourdement s’endetter pour subvenir aux besoins de ses amis peintres ; il est soutenu par la banque de l’Union Générale qui lui permet de continuer l’acquisition de toiles. En 1873, le marchand d’art publie un recueil de trois cents eaux-fortes mettant en lien des peintres de l’Ecole de 1830 (Corot, Millet, Dupré…) et les futurs impressionnistes. « A l’exemple de leurs aînés, ces nouveaux venus se préoccupaient d’illuminer leurs toiles de limpides clartés et d’orner leurs compositions des harmonies dont s’enveloppent les aspects de la campagne. » Durand-Ruel organise la deuxième Exposition impressionniste en 1876 dans sa galerie. Mais en dépit des efforts fournis, les toiles impressionnistes ne se vendent pas, et l’Etat français ne se montre pas intéressé. Le marchand d’art est cependant mis à mal par la faillite de l’établissement bancaire en 1882 et mis en demeure de rembourser ce qu’il doit ; il est obligé de vendre des peintures, notamment un stock de l’Ecole de Barbizon, à bas prix.
Sur les conseils de l’artiste Mary Cassatt, Durand-Ruel se tourne vers le marché américain et ses riches philanthropes avec une première exposition qui se déroule à Boston en 1883. C’est le début de la reconnaissance critique et économique ; par effet de ricochet, l’intérêt américain pour les œuvres impressionnistes attire l’attention des amateurs français. Durand-Ruel ouvre une galerie à New York en 1887.
Le marchand impulse une nouvelle dynamique au monde de l’art en l’associant à celui des finances à travers quelques principes novateurs. Il s’assure l’exclusivité du travail des artistes et en assure la promotion à travers la presse et en organisant des expositions individuelles ; il est l’un des premiers marchands d’art français à commercer à l’international en ouvrant des galeries à l’étranger ; il garantit l’accès de tous aux artistes qu’il représente par des visites libres de ses galeries et de sa collection privée.
Durand-Ruel meurt en 1922 ; deux ans auparavant, il reçoit le grade de Chevalier de la Légion d’honneur pour ses services rendus à la vie artistique française. Il dira dans ses Mémoires : « Ma folie avait été sagesse. Dire que si j’étais mort à soixante ans, je mourais criblé de dettes et insolvable, parmi des trésors méconnus… » L’art impressionniste, le livre de Georges Lecomte, retrace avec élégance le long chemin des artistes impressionnistes avant le succès. Il anticipe, par la description de leur influence sur la création artistique la plus actuelle lors de la rédaction du texte, la nouvelle génération d’avant-garde qui fait alors tant parler les critiques, en raison des expérimentations picturales d’excentriques inconnus : Paul Signac, Georges Seurat, Gustave Moreau… Des artistes qui feront partie des collections les plus illustres, à l’instar par exemple de l’homme d’affaires Morozov, aîné d’une famille de collectionneurs et qui fait l’objet d’une exposition à la Fondation Louis Vuitton qui ouvrira ses portes à partir du 22 septembre prochain.
Le 5 mai dernier était célébré le bicentenaire de la mort de Napoléon Bonaparte. Figure charismatique, qui a marqué l’histoire de France du début du XIXème siècle par son aura, ses faits d’armes et un règne aussi fulgurant que bref, l’empereur Napoléon 1er et son empire se placent après dix ans de Révolution française. Une décennie marquée par les instabilités et les luttes politiques, pour une société exsangue et en quête d’équilibre, ce qui offre, par conséquent, un contexte favorable à Napoléon pour le passage de ses réformes. En effet, celui-ci bénéficie alors de la puissance d’un chef d’Etat – la sienne -, une aspiration sociale à la stabilité et une réceptivité aux nouvelles idées accrue par la Révolution.
C’est dans ce contexte que se placent la rédaction et la promulgation du Code civil le 21 mars 1804 (30 ventôse an XII), qui constitue la plus grande fierté de Napoléon : « Ma vraie gloire, ce n’est pas d’avoir gagné quarante batailles […]. Ce que rien n’effacera, ce qui vivra éternellement, c’est mon Code civil ».
C’est l’ouvrage que nous mettons en lumière aujourd’hui : nous avons, en effet, en vitrine, un exemplaire d’origine du grand projet de Bonaparte. Cette « édition originale et seule officielle » de 1804 est passée par les presses de l’imprimerie de la République. L’ouvrage que vous pouvez admirer sur la photographie ci-dessus est l’exemplaire de la mairie de Saint-Samson, commune des anciennes Côtes du Nord (actuelles Côtes d’Armor), comme le démontrent les tampons en page de titre. Ceux-ci, avec la couronne et les trois fleurs de lys, estampillent l’ouvrage comme datant de la période de la Restauration. La reliure début XIXème siècle en demi-peau, avec son dos lisse orné de fers dorés, présente quelques épidermures au cuir, des frottements et des marques d’usage au niveau des plats et des coupes. Le mors et la coiffe supérieurs sont un peu abîmés, mais l’intérieur frais témoigne de la qualité de conservation de ce bel exemplaire.
Le projet de base du Code Napoléon est ambitieux : à la suite de l’abolition des privilèges (droits féodaux et noblesse) du 4 août 1789, l’urgence est d’établir un droit unique et de l’inscrire par écrit. La tâche n’est pas simple. Il ne s’agit pas de la première tentative d’unification du droit dans l’histoire. Les Lois civiles dans leur ordre naturel, écrite par Jean Domat en 1689, semblent en constituer la première synthèse probante, en fusionnant les coutumes locales et le droit romain autour de la Coutume de Paris. On peut également citer le Commentaria de consuetudinibus ducatus Burgundiae en 1517 par Barthélémy de Chasseneuz, qui a servi de référence pour le Code Napoléon. Les rois de l’Ancien Régime n’avaient pas le pouvoir de changer les lois civiles, propres à chaque territoire ; l’unification se faisait alors par la jurisprudence et le travail des jurisconsultes.
En 1800, le Consulat nomme quatre juristes pour rédiger le « Code civil des Français » : François Denis Tronchet (spécialiste de la Coutume de Paris), Bigot de Préameneu (spécialiste de la Coutume de Bretagne), Jean-Etienne-Marie Portalis (droit romain) et Jacques de Maleville (droit romain). Leur complémentarité permet d’arriver à une uniformisation des diverses réglementations juridiques et par conséquent à la rédaction d’un droit unique français. Le Code Napoléon concilie les acquis de l’Ancien Régime et de la Révolution : la loi est écrite et clarifiée, afin que chaque citoyen connaisse son droit ; entériner la séparation de l’Etat et de l’Eglise ; la propriété devient individuelle.
Le Code Napoléon contient les lois relatives au droit civil français, ce qui veut dire que son champ d’action s’étend sur de nombreux sujets : le droit des personnes (statut, capacités…), de la famille (filiation, unions, séparations, successions) des biens et de la propriété ainsi que le droit des contrats. Il abolit la famille-clan, possédant un chef et un patrimoine, qui avait l’obligation de prêter assistance et protection à ses membres. On peut noter également la division obligatoire entre les enfants à chaque génération, la suppression du droit d’aînesse. La conception de propriété est entièrement renouvelée, avec la notion des contrats inter-individuels qui correspond bien à l’esprit bourgeois du siècle, classe sociale qui est, au moment de la publication du Code, en pleine expansion. Le code institue l’autorité absolue du père et du propriétaire.
Le Code Napoléon a influencé la juridiction civiliste de nombreux Etats. Il s’agit soit d’une inspiration volontaire, soit d’une imposition forcée par les forces de l’empire napoléonien en Europe mais aussi par l’emprise du système colonial dans le reste du monde. De nombreuses modifications y ont été apportées depuis la IIIème République. Parmi les plus importantes, nous pouvons citer celles corrigeant l’absence de mention des esclaves et des hommes libres de couleur (régis alors par le Code Noir), ou bien encore le statut de mineur pour les femmes mariées : celles-ci devaient complète obéissance à leurs maris, et bénéficiaient d’une reconnaissance juridique très restreinte. Parmi les modifications les plus récentes intervient par exemple celle de la suppression de la fonction de chef de famille en 1970, l’égalité des droits des enfants adultérins avec les enfants du mariage en 2005, l’instauration du consentement mutuel pour le divorce en 1975.
Le Code Napoléon reste, de nos jours, le fondement du droit français. Environ la moitié de ses articles n’ont fait l’objet d’aucune modification depuis leur écriture au tout début du XIXème siècle. Le projet de Bonaparte a fait entrer le droit français dans la modernité et continue de s’adapter, au fur et à mesure de ses actualisations, à l’esprit du temps pour une loi au plus près de chacun.
Anne-Louis Girodet, Napoléon en costume impérial, 1812 (détail)
« La pensée vraiment et proprement humaine n’est pas une donnée primitive ; c’est un produit de l’histoire. »
S’il existe un sujet qui fait depuis toujours les gros titres de l’actualité, clivant et prompt à enflammer les passions au cœur des discussions les plus animées, c’est bien celui de la religion. Aujourd’hui nous ne vous proposons pas une relecture du monde à travers la question des croyances et de la foi, mais de nous intéresser à un ouvrage qui a essayé d’apporter une définition neutre et scientifique d’un domaine éminemment intime. Abordons directement le sujet en nous intéressant à un classique du genre, écrit par un homme considéré comme un des pères fondateurs de la sociologie moderne : Émile Durkheim.
L’exemplaire des Formes élémentaires de la vie religieuse que vous pouvez admirer sur la photo ci-dessus est paru en 1912, édité par la librairie Félix Alcan. L’ouvrage que nous proposons est complet, avec sa reliure en demi-toile maroquinée et la carte dépliante en annexe. Outre quelques marques d’usage, la particularité de ce bel ouvrage réside dans sa rareté. Cette édition originale bénéficie d’un bon état général, d’un intérieur frais et d’un très bon état de conservation.
Né à Épinal en 1858, Émile Durkheim est le fruit d’une longue lignée de huit générations de rabbins, mais il refuse d’endosser l’héritage familial. Condisciple de Jean Jaurès à l’École normale supérieure, il consacre sa thèse, De la division du travail social en 1893, aux questions des rapports de force entre l’individu et la société, mettant en lumière l’intégration de l’individu au collectif dans ce qui constitue la cohésion sociale. Il milite pour la reconnaissance de la sociologie en tant que discipline autonome et indépendante des autres sciences sociales auxquelles elle s’entremêle étroitement, telles que la psychologie et la philosophie. C’est ainsi qu’il fonde le premier département de sociologie à l’université de Bordeaux en 1897, puis à Paris en 1902 : ses cours portent sur la famille, la société, la religion, le suicide (thème qui a fait l’objet d’un ouvrage en 1897), sujets étudiés à partir d’un regard entièrement sociologique. Il commence également à publier la revue L’Année sociologique à la fin des années 1890.
Les influences les plus importantes d’Émile Durkheim sont celles d’Auguste Comte (pour qui les sciences sociales devaient adopter la méthode alors appliquée aux sciences naturelles comme la biologie ou la chimie) et Herbert Spencer (qui a développé une philosophie évolutionniste en appliquant les théories de Darwin à l’étude de la société humaine). Ces deux sociologues se placent dans le courant positiviste qui a alors cours durant cette fin de XIXème siècle.
C’est en 1912, soit cinq ans avant son décès en 1917, que Durkheim publie ce qui sera un ouvrage majeur de la communauté scientifique du début du XXème siècle : Les formes élémentaires de la vie religieuse : Le système totémique en Australie. Il y dresse l’étude ethnologique de plusieurs tribus aborigènes d’Australie et indiennes d’Amérique du Nord, sujets choisis selon un raccourci d’époque : ces communautés qu’il considère alors comme les plus « primitives » constituent ainsi des cas plus simples et par conséquent plus faciles à étudier, afin d’en préciser les « formes élémentaires » communes à toutes cultures par la comparaison de leurs rites et croyances. Il en tire une définition de la religion et identifie ce qu’il nomme « les moments d’effervescence collective » qui seraient à l’origine de toute religion.
« Une religion est un système solidaire de croyances et de pratiques relatives à des choses sacrées, c’est-à-dire séparées, interdites, croyances et pratiques qui unissent en une même communauté morale, appelée Église, tous ceux qui y adhèrent. »
Pour Durkheim, le sentiment religieux trouve sa puissance dans les forces sociales qui sont toujours à l’œuvre au sein d’une communauté. Les rituels propres à chaque religion expriment le sentiment d’appartenance à sa société, qui se concrétise durant les moments d’effervescence collective, lorsque les individus constituant la communauté se rassemblent dans une même intention et dans une même action. « Une fois les individus assemblés il se dégage de leur rapprochement une sorte d’électricité qui les transporte vite à un degré extraordinaire d’exaltation ». Cette euphorie, que Durkheim nomme « mana », peut aujourd’hui être comparée au sentiment de fédération collective que peuvent créer les grandes manifestations sportives ou politiques. « La force religieuse n’est que le sentiment que la collectivité inspire à ses membres, mais projeté hors des consciences qui l’éprouvent, et objectivé. Pour s’objectiver, il se fixe sur un objet qui devient ainsi sacré », telles que les reliques. Cette projection forme ainsi, pour Durkheim, la séparation fondamentale entre le profane et le sacré.
» Un combat » (illustration dans C. Hodgkinson, Australia from Port Macquarie to Moreton Bay, 1855)
Au-delà des considérations entourant le mystère divin, pour le sociologue, l’expérience religieuse est véritablement fondée sur un fait physique. Tant que l’homme cherchera à se rassembler en groupe, il continuera à vénérer et à croire en quelque chose, d’où la conclusion suivante : la religion est une caractéristique de la condition humaine. Durkheim met ainsi en relief le lien absolu entre la communauté et sa culture. « Il ne peut y avoir de société qui ne sente le besoin d’entretenir et de raffermir, à intervalles réguliers, les sentiments collectifs et les idées collectives qui font son unité et sa personnalité. »
A travers ce prisme, c’est aussi la modernisation croissante (développement des villes, industrialisation, division du travail…) et « la mort des anciens dieux », soit le déclin de la religion en Occident, qui sont analysées dans l’ouvrage de Durkheim. Mis sur le même rapport, ces deux phénomènes sont au cœur d’une crise de moralité qu’ont également démontré d’autres auteurs, comme Nietzsche. Mais ce sont également le terreau d’une nouvelle religion, que Durkheim nomme le « culte de l’individu », et qui inscrit l’individualité comme objet sacré et trouve ses prémisses dans la Révolution française, que le sociologue analyse comme le premier cas d’effervescence collective pour cette religion.
Nous vivons encore aujourd’hui ces moments de réjouissance collective, dans un registre différent et si le sport possède également cette capacité de fédérer un public autour d’une même pensée comme dit plus haut, dans cet esprit, souhaitons bonne chance à l’équipe de France pour nous offrir la victoire de l’Euro ainsi qu’un beau moment de liesse nationale !
Parfois la célébrité d’une personnalité historique nous paraît tellement évidente que nous perdons de vue pourquoi cette personne est connue, ou plutôt que l’aspect le plus essentiel de sa vie s’efface derrière sa réputation ou sa vie privée. Nous connaissons Colette pour la modernité de ses mœurs dans la société conservatrice de la Belle Epoque, mais il est toujours de bon ton de découvrir – ou redécouvrir – la richesse et l’abondance de l’œuvre de celle qui fut directrice de l’Académie Goncourt entre 1949 et 1954.
Sido
Dernière-née d’une fratrie de quatre enfants, Sidonie-Gabrielle Colette grandit dans la maison familiale de Saint-Sauveur-en-Puisaye. Adorée par sa mère, féministe et athée, celle-lui apprend l’art de l’observation. Figure centrale d’une enfance heureuse, Colette lui dédie le roman Sido, centré sur les souvenirs de la pré-adolescence de l’auteure, lancée à la recherche de son identité à travers l’exploration de sa généalogie.
Colette dépeint dans le roman une enfance idyllique autour du souvenir de sa mère, présentée comme la reine du jardin de la maison en Bourgogne. Mythifiée par sa fille, Sido devient, par l’écriture, une force de la nature, le jardin une reproduction miniature du cosmos, et initie Colette aux mystères de l’univers. L’ouvrage illustré par la photographie ci-dessus est publié en 1930 aux éditions Ferenczi et fils, l’année-même de la parution de Sido : il fait partie des 180 exemplaires imprimés sur papier Hollande à toutes marges par l’éditeur. La couverture d’origine a été conservée dans la reliure demi-chagrin à coins réalisée par Girardin, et dont la photographie restitue avec détails le parfait état de conservation et l’élégante sobriété.
La Belle Epoque
En 1893, Colette épouse Henry Gauthier-Villars, dit « Willy », auteur prolifique de romans populaires qui s’appuie largement sur les compétences de prête-plumes. Il introduit la jeune femme dans le milieu littéraire des salons mondains de Paris, où elle fait sensation avec sa voix grave et son accent bourguignon. Willy engage sa jeune épouse au rang de ces écrivains anonymes, mais interpellé par son talent naissant, il l’encourage à entamer ce qui sera la série des Claudine. Ces romans, centrés autour du personnage éponyme, figure semi-autographique, ont d’abord été publiés sous le seul nom de Willy, qui a ainsi signé les six premiers textes écrits par Colette, avant leur réattribution postérieure. Séparée de Willy en 1906, parallèlement à son activité d’écrivaine, Colette poursuit une carrière au music-hall jusqu’en 1912 afin de gagner sa vie, se produisant au Moulin-Rouge, au Bataclan, en province, dans des pantomimes orientalisantes.
On peut retrouver cette atmosphère caractéristique d’une certaine classe bourgeoise du début du XXème siècle dans la nouvelle Gigi, parue en 1944. L’histoire se situe dans l’univers des demi-mondaines de la Belle Epoque, autour d’une héroïne adolescente qui grandit et évolue dans ce milieu et sur laquelle sa grand-mère, ancienne cocotte, porte ses espoirs d’en faire une courtisane. De multiples fois adaptée au théâtre puis sur les écrans de télévision et de cinéma, Gigi a également servi de source d’inspiration pour nombre d’artistes, à commencer par Mariette Lydis. L’artiste autrichienne a réalisé une quinzaine de gravures à la pointe-sèche pour une édition de la nouvelle de Colette parue en 1948 chez Guillot. Cet in-folio, tiré à 315 exemplaires et dont nous vous présentons un des 50 exemplaires de tête (le n°32), allie la finesse descriptive de la plume de Colette avec la gravure délicate de Lydis, réhaussée par une suite en noir des gravures leur conférant davantage d’intensité.
L’entre-deux-guerres
Colette multiplie les activités après la Première Guerre Mondiale : elle collabore avec Maurice Ravel pour L’Enfant et les sortilèges, préside le jury du concours littéraire La Renaissance pendant plusieurs années, devient la directrice littéraire du journal Le Matin. En 1919, elle rencontre Léopold Marchand, qui sera une figure marquante du théâtre de ces années. Celui-ci adapte Chéri sur les planches en 1921 et La Vagabonde en 1923. La Jumelle noire regroupe l’ensemble des critiques littéraires que Colette a rédigées sur les pièces de Marchand.
Le Midi
C’est aussi l’époque où Colette tombe en amour avec la Côte d’Azur. S’y rendant régulièrement, elle s’installe dans un premier temps à Saint-Maxime puis à La Treille-Muscate près de Saint-Tropez, qu’elle quittera en 1938 en raison de l’affluence grandissante de touristes dans la ville.
Dans le roman La naissance du jour paru en 1928, elle brosse le portrait d’une femme croyant être arrivée à l’apogée de sa maturité et qui décide de se retirer du monde à Saint-Tropez, en compagnie de ses chats, de ses livres et du jardin de sa villa. Mais ce qu’elle prenait pour l’automne de sa vie se révèle en réalité le début d’une nouvelle étape. A la librairie, nous avons la chance de proposer dans nos vitrines un exemplaire de ce roman paru en 1928 et publié par Ernest Flammarion : en reliure demi-chagrin à coins et dos à 5 nerfs, en très bel état malgré le papier bruni, cet ouvrage possède également un envoi de Colette, avec sa signature si caractéristique.
Serge Doubrousky, qui a mis au point le terme moderne d’auto-fiction, attribue à l’auteure un rôle avant-gardiste dans le développement de sa conception :
« Et dans le roman de Colette, La Naissance du Jour, on trouve un personnage de femme âgée qui s’appelle Colette. Ensuite, on apprend qu’elle a écrit les Claudine. Bref, elle s’est mise en scène comme le personnage d’un roman écrit par Colette sur Colette. »
Le Midi constitue également le décor de la nouvelleBella Vista, écrite en 1937. L’édition présentée en photo ci-dessous fait partie des 250 exemplaires édités par la galerie Charpentier en 1947 sur papier Velin teinté du Marais. Les lithographies pleine page de Jacques Thévenet ajoutent à l’élégance de l’ensemble remarquablement conservé. Le style épuré du contemporain de Saint-Exupéry, de Jean Giono, de Marcel Pagnol, en insistant davantage sur le rendu des visages que sur une restitution minutieuse et réaliste de la scène représentée, s’oppose à la précision descriptive de la plume de Colette. Ce contraste entre l’image et l’écrit, loin d’appauvrir l’un ou l’autre, les nourrit d’une lumière nouvelle.
Figure primordiale du paysage littéraire de la première moitié du XXème siècle, animée par une volonté farouche d’indépendance, Colette est également une pionnière, ayant compris que le succès passait également par l’image : au sortir de la Seconde Guerre Mondiale, elle est devenue l’écrivain le plus photographié du siècle. Elle s’éteint à 81 ans en 1954 à Paris. Le musée Colette se trouve dans le château de sa ville natale, Saint-Sauveur-en-Puisaye ; la maison familiale, acquise par la Société des Amis de Colette en 2011, est désormais ouverte aux visites depuis 2016.
Il y a quelques temps, nous avions eu la chance de voir passer entre les murs de la librairie un recueil de bois gravés de Jean Urvoy consacré aux pardons en Bretagne. Une opportunité rare comme il s’en présente fort peu, car l’édition de ce recueil a été limitée à 100 exemplaires. Et lorsque la chance se présente à nouveau de pouvoir poser les yeux sur la finesse de ces gravures, il serait dommage de ne pas la partager avec vous. L’artiste est également l’auteur des Images de la Rance, parues en 1934, un superbe album où la qualité des pochoirs et la gouache ajoutent une dimension onirique aux paysages bien connus de la vallée de la Rance.
Chaque album, imprimé en 1936 par L’Ouest-Eclair sur papier Montval, numéroté et signé par l’artiste, se compose de 12 bois gravés et d’une préface de Roger Vercel. Récompensé du prix Goncourt pour Capitaine Conan, ce dernier exulte le trait rugueux mais authentique d’Urvoy qui « a délibérément renoncé à évoquer l’aspect profane des Pardons, leurs danses, leurs ripailles de cidre, leurs mendiants romantiques, tout ce qui s’est greffé de parasite sur la splendeur de la Foi. » Le graveur restitue la vérité, dans toute sa simplicité mais aussi toute sa force, des pardons bretons, ces « cérémonies millénaires » qui mêlent processions religieuses et célébrations païennes. En optant pour l’ascétisme de la gravure sur bois, Urvoy saisit le caractère spirituel de son sujet derrière la farandole de couleurs, les festivités joyeuses et l’énergie des danses, avec un style très sculptural, ajoutant de l’expressivité à une description fouillée de la scène.
Le recueil que nous vous présentons aujourd’hui se compose, comme les autres exemplaires, des 12 gravures et de la préface de Vercel, protégées par la pochette originale de l’album munie d’un rabat intérieur. Contrairement aux autres, celui-ci n’est pas numéroté car il s’agit de l’exemplaire de l’imprimeur offert par Jean Urvoy et comportant l’envoi suivant : » à m. Drouadène maître imprimeur, à qui est due la belle présentation de cet album, cet exemplaire, en témoignage de ma profonde reconnaissance, Rennes le 20 février 1936, Jean Urvoy « . Les planches s’accompagnent de trois feuilles de texte, d’une feuille de justification de tirage, d’une table des matières et d’un envoi de l’artiste. Le très bon état de conservation des feuillets, leur intérieur très frais, préservent la beauté unique de ces gravures, images vivaces d’une Bretagne du passé.
Jean Urvoy (1898-1989), originaire du pays de Dinan, compte parmi les peintres et graveurs importants de la scène artistique de Bretagne au XXème siècle. Enseignant de formation, il est appelé et mobilisé sur le front des deux guerres mondiales, une expérience qui le marquera durablement. C’est dans l’entre-deux-guerres qu’il développe un intérêt pour les pratiques artistiques. Autodidacte, il apprend la gouache avec Jean-Charles Contel et la gravure sur les conseils de Gaspard Maillol. Fait prisonnier en 1940, il rapporte d’Allemagne une vingtaine d’aquarelles sur la vie de camp.
Mais c’est entre 1932 et 1938 que Jean Urvoy dédie à la gravure la plus grande part de sa pratique artistique : elle est, pour lui, « l’arme du pauvre, une arme de combat, mais aussi une œuvre plastique, car elle exige simplicité, sobriété, sincérité, esprit d’analyse, et esprit de synthèse ». Il publie les recueils des Chansons du XVIIIème siècle en 1932, les Images de la Rance en 1934 puis les Pardons en 1936. La guerre et son incarcération ont raison de sa passion pour ce médium – il préférera se consacrer à la gouache – qu’il ne reprendra que dans les années 1960.
Profondément attaché à la Bretagne, Urvoy utilise de nombreuses techniques (aquarelle, gouache, gravure…) pour en restituer la beauté, notamment celle des paysages du terroir de Saint-Michel-en-Grève, de la vallée de la Rance et du pays malouin. C’est en 1965 qu’il fonde « Le Groupe des 7 » aux côtés de six artistes (Yves Floc’h, Frank Le Meur, Pierre Rochereau, Claude Marin, Jean Vercel et Francis Guinard), tous, comme lui, bretons, résidant à Dinan et passionnés par la ville et la culture bretonne. Il est particulièrement fasciné par les ciels nuageux, comme il l’écrit à Roger Vercel, son ami et écrivain : « Il fait un temps splendide, le ciel est d’un bleu stupide, j’aime mieux le ciel gris et la tempête. » Exposé à Vannes, Pont-Aven, Quimper, c’est aujourd’hui le musée d’art et d’histoire de Saint-Brieuc qui abrite dans ses collections l’intégralité des bois gravés de Jean Urvoy.
Pour approfondir l’œuvre de Jean Urvoy et la gravure en Bretagne :
Les vernophiles ont peut-être connaissance de cette collection d’enfantina, plus confidentielle que ses pendants les plus populaires : les incontournables Bibliothèques Rose, Verte ou Rouge & Or. Qui dit vernophile dit J. Hetzel, éditeur phare du XIXe siècle, aux magnifiques cartonnages rouges polychromes, évocateurs d’aventures inoubliables. Nous partageons avec vous l’histoire de cette collection méconnue et quelques-uns de ses spécimens, disponibles dans nos vitrines.
La Petite Bibliothèque Blanche
C’est en 1878 que Pierre-Jules Hetzel intègre la collection dans son catalogue, dans le but de concurrencer son rival de toujours : l’éditeur Louis Hachette, en particulier dans cette catégorie de livres pour enfants. La collection de Hetzel se veut supérieure à celle de son concurrent: des textes de qualité et une reliure de belle facture, le tout pour un prix équivalent ou moindre. Le livre d’étrennes par excellence. Hetzel réussit ce pari en piochant dans son catalogue des titres dont sa maison d’édition a acquis les droits, il en va de même pour les gravures. Ainsi près de la moitié des 24 titres publiés entre 1878 et 1881 sont issus de la précédente collection du « Magasin d’Éducation et de Récréation« . Il a aussi l’idée de vendre des droits de traduction sur certaines œuvres pour financer son projet. Malgré cette politique ambitieuse, les tirages ne cessent de baisser au fil des années, passant de 6000 à 2000 exemplaires en une décennie. Ce qui n’est pas pour déplaire au collectionneur d’enfantina.
Mais pourquoi « blanche », quand les couvertures que l’on a sous les yeux sont tout sauf… blanches?
Le titre de la collection fait en fait référence à la couleur blanche des ouvrages dans leur version brochée.
En 1914, lors du rachat de la maison J. Hetzel par Hachette à la mort de son fondateur, la Petite Bibliothèque Blanche deviendra littéralement blanche avec son cartonnage papier au décor floral.
Note particulière à l' »Histoire du Véritable Gribouille » de George Sand, dont voici la mention d’édition: « Paris, publié par E. Blanchard, ancienne librairie Hetzel, rue Richelieu, 78. 1851 ». Suite au coup d’état du 2 décembre 1851, P.-J. Hetzel est contraint de s’exiler pendant deux ans en Belgique. Il y continuera clandestinement sont travail d’éditeur. Par la suite, ce titre sera repris dans la Petite Bibliothèque Blanche.
Enfin, un petit mot pour nos vernophiles. Nous venons de recevoir notre catalogue dédié à George Roux, illustrateur de Jules Verne, édité par la Médiathèque de Sèvres. Et surprise, un de nos anciens exemplaires y figure : « L’épave du Cynthia » (1885) !
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La collection des Œuvres complètes que nous vous présentons aujourd’hui se compose des trois ouvrages essentiels de Charles Rollin, figure importante de la fin du XVIIème siècle : le Traité des Études, l’Histoire ancienne et l’Histoire romaine, ainsi que d’un dernier volume regroupant le reste de l’activité éditoriale de l’auteur. Composée de 30 volumes, cette édition est augmentée de notes de François Guizot et imprimée chez Lequien en 1826. Cette anthologie présente une reliure Restauration à demi-veau (strictement d’époque) d’une remarquable qualité et d’excellente conservation.
Historien et professeur de français, Charles Rollin (1661-1741) est devenu la référence pédagogique par excellence du XVIIIème siècle. Actif à Paris, sa ville d’origine, Rollin commence sa carrière lorsqu’il est nommé professeur de rhétorique au collège du Plessis en 1687, puis professeur d’éloquence au Collège royal en 1688. Il devient recteur de l’université de Paris en 1694 puis directeur du collège de Beauvais en 1696, où il entreprend de nombreuses réformes. Il est exclu de son poste en raison de sa sympathie pour le jansénisme. Réélu recteur en 1720, il est destitué quelques jours plus tard par lettre de cachet. Écrivain prolifique, la plume de Charles Rollin se concentre principalement sur deux sujets : l’enseignement et l’histoire de l’Antiquité.
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De la manière d’enseigner et d’étudier les Belles-Lettres par rapport à l’esprit et au cœur, plus connu comme le Traité des Études, publié entre 1726 et 1728, retranscrit les différentes expériences pédagogiques de Rollin, notamment les changements opérés par ce dernier au collège de Beauvais. Destiné aux professionnels de l’enseignement, cet ouvrage connaît un fort succès, à un point tel que l’on compte pas moins de 21 éditions entre 1726 et 1845 ! De manière plus discutée, il aurait également influencé l’Émilede Rousseau. Le Traité des Études présente une image réflexive des méthodes d’éducation contemporaines de son auteur : le succès de l’essai réside dans la méthode novatrice de Rollin qui enseignait en français, et prône un usage plus large de la langue vulgaire en lieu et place du latin.
Rollin insiste également sur l’enseignement de l’histoire antique pour la formation morale des élèves.
C’est elle [l’histoire] « qui nous fait entrer en commerce avec tout ce qu’il y a eu de grands hommes dans l’Antiquité ; qui nous met sous les yeux toutes leurs actions, toutes leurs entreprises, toutes leurs vertus, tous leurs défauts : et qui par les sages réflexions qu’elle nous fournit, ou qu’elle nous donne lieu de faire, nous procure en peu de temps une prudence anticipée, fort supérieure aux leçons des plus habiles maîtres. » (III, 3).
Latiniste et helléniste, Rollin est également l’auteur d’une Histoire ancienne (Histoire ancienne des Égyptiens, des Carthaginois, des Assyriens, des Babyloniens, des Mèdes et des Perses, des Macédoniens, des Grecs…) parue une première fois entre 1730 et 1738 et qui a trait à l’histoire de différentes civilisations méditerranéennes et du Proche-Orient durant l’Antiquité. À la suite, il rédige une Histoire romaine depuis la fondation de Rome jusqu’à la bataille d’Actium, publiée à partir de 1738 et terminée par Crevier jusqu’en 1748, après la mort de Rollin. En complément du Traité des Études, ces ouvrages se présentent comme des recueils de vie exemplaires, destinés à inspirer « la bonne morale » et à participer à la construction philosophique et intellectuelle des élèves. D’Aguesseau écrivait très justement à l’auteur, le 16 octobre 1731 : « C’est moins une histoire qu’une leçon perpétuelle de vertu et de grandeur d’âme, d’amour de la patrie et de la religion »
Les librairies Abraxas-Libris, la pochothèque et Neiges d’Antan sont donc fermées jusqu’à nouvel ordre. C’est d’ailleurs le cas de tous vos libraires. Il n’en reste pas moins que le livre joue pour nous et pour vous un rôle essentiel dans ces périodes difficiles.
Une grande partie de notre stock est visible sur notre site internet, nous y référençons actuellement plus de 56 000 livres ! Si vous avez repéré un livre vous pouvez le commander sur internet, par mail ou encore par téléphone. Nous pourrons ensuite soit vous l’expédier, soit le mettre à votre disposition à la librairie où vous pourrez venir le chercher sur rendez-vous, dans le respect de la procédure sanitaire et des conditions du « cliquer /collecter ».
Pour ceux qui auraient des questions sur la disponibilité d’un livre qui ne serait pas sur notre site, appelez nous au 02 99 66 78 68 :
Pour les personnes qui souhaitent nous vendre des livres : sauf cas exceptionnel nous n’achetons pas de livres en ce moment et préférons remettre les achats à plus tard. En attendant nous pouvons échanger sur vos bibliothèques avec grand plaisir et faire des estimations éventuelles et en discuter avec vous si vous le souhaitez.
28 Mar 2023
1 CommentKessel: le lion et son double
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« Il ne faudrait jamais entreprendre de raconter un voyage : on est d’avance vaincu. […] Mais que faire ! Si l’on aime, il faut parler de l’objet de son amour. »
Joseph Kessel, En Syrie, p.9 Folio 2014.
Jef, l’aviateur, le reporter, l’académicien, Jef le russe, le juif, l’apatride aventurier, Jeff le fin psychologue, l’homme de terrain, le lion.
De l’Argentine (1898) au Val-d’Oise (1979), Joseph-Elie Kessel aura eu l’occasion de parcourir le monde de long en large plusieurs fois.
Son nom sans vous être familier ne vous est sûrement pas totalement inconnu, sans doute parce qu’il aura été à la fois un acteur important et un observateur acéré de la première moitié du 20e siècle.
De ses articles, notamment sur la survivance de l’esclavage en Abyssinie dans Le Matin (publiés entre mai et juin 1930, ils feront augmenter le tirage du journal de 150 000 exemplaires), à son rôle actif d’aviateur durant les deux guerres, sa présence marquante dans la résistance (ne serait-ce que pour l’écriture du Chant des partisans et de L’armée des ombres) en passant par ses récits plus intimistes comme Les Captifs ou sulfureux comme Belle de jour – adapté pour le cinéma en 1967 par Luis Bunuel – sans parler du succès retentissant du Lion et des Cavaliers en leur temps, Kessel aura marqué son époque avec éclat.
Une œuvre riche et polymorphe qui vaut le coup d’être (re)découverte, notamment à travers ses différents thèmes et registres représentés par un éventail significatif dans notre stock :
Que ce soit le portrait intime et politique, son amour des figures à la fois grandiloquentes et inquiétantes et l’exploration récurrente de ses doubles dans l’écriture, à travers Stavisky, l’homme que j’ai connu.
Ou comment dans Le Lion et La Piste fauve le récit-reportage s’évertue à sonder l’ambiguïté de la force, du sauvage et des liens aussi bien sociaux que sentimentaux qu’ils entretiennent entre eux et aussi des rapports de forces entre colons et colonisés (sans réel jugement ou recul par ailleurs).
Ou encore ses débuts avec La Steppe rouge, recueil de nouvelles – assez brutales – se déroulant dans la période de guerre civile que vit la Russie bolchéviste suivant la révolution d’Octobre 1917, où le jeune écrivain montre déjà son talent à travers ses personnages alliant le détail journalistique à la profondeur romanesque.
Et enfin ses deux grands œuvres représentant ensemble une forme de synthèse de sa vie et de son travail d’artiste : Le Tour du malheur, fresque romanesque à caractère autobiographique de 1600 pages répartis sur 4 tomes à laquelle Kessel tenait énormément, grand succès public à sa sortie mais qui ne parvint pas à convaincre la critique et qui reste aujourd’hui assez méconnu par rapport au reste de ses écrits ; en face de cela Les Cavaliers, roman épique consacré à l’Afghanistan et au jeu du bouzkachi, considéré comme son chef d’œuvre tant par la critique que par une grande partie du public et qui incarne peut-être le mieux ce combat que l’auteur mène avec l’écriture pour exprimer son amour du voyage.
Nous vous invitons ainsi à voyager avec cet homme fasciné et fascinant aussi bien sur notre site qu’en librairie où nous possédons aussi de belles pièces de son œuvre, parce qu’il n’est jamais trop tard pour découvrir ou approfondir sa connaissance de cet artiste dont François Mauriac disait dans son Bloc-notes :« Il est de ces êtres à qui tout excès aura été permis […] et qui aura gagné l’univers sans avoir perdu son âme. »