Dans le cadre de notre concours de lecture à voix haute nous vous proposons de revisiter des textes de Marcel Aymé et de les enregistrer pour avoir la chance de gagner un bon d’achat dans nos boutiques!
Ce concours se déroulera du 5 au 18 Juin au sein de la librairie Abraxas-Libris et proposera trois catégories: enfants, adolescents et adultes.
Nous en profitons pour revenir sur cet auteur populaire majeur du 20ème siècle, aujourd’hui un peu oublié et boudé par les lecteurs.
Marcel Aymé, en 1929.
« Petit provincial cornichon, pas plus doué pour les lettres que ne l’étaient alors les dix mille garçons de mon âge, n’ayant seulement jamais été premier en composition française (…) je n’avais même pas ces fortes admirations qui auraient pu m’entraîner dans un sillage. »
Aymé, par Pol Vandromme, éd. Gallimard, 1960
Alors, pourquoi ne lit-on plus Marcel Aymé?
Il a pourtant utilisé le parler populaire et l’argot comme a pu le faire Céline, francisé des emprunts de l’anglais comme Queneau et Vian, a vu nombre de ses œuvres adaptées au cinéma en des films, pour certains, devenus cultes comme La traversée de Paris (comment oublier le : « Janvier, Jaaaanvier, Jaaaaaaanvier! » de Gabin), Uranus (réalisé par Claude Berri et au casting impressionnant: Depardieu, Blanc, Prévost, Marielle, Noiret, Galabru, Luchini…) ou encore La jument verte, qui aurait déclenché un scandale lors de sa sortie; ses Contes du chat perché ont été étudiés maintes fois par plus d’une génération d’écoliers et d’écolières, et bien que boudé par la critique il eut toujours un grand succès populaire, mais quoi alors ?
Est-ce à cause de son amitié avec Céline et Brasillach qu’il tenta en vain de gracier ?
Du fait qu’il ait continué à publier dans des journaux collaborationnistes, même si c’était des articles d’art ou des histoires ?
Que dans Uranus il humanise et pose la question morale de « l’épuration » d’après-guerre sans se ranger du côté de la vindicte ?
Que d’homme de lettres de « gauche » avant la guerre, il devienne de « droite » et soit définit plus tard comme « anarchiste de droite » ?
En un mot, serait-ce un oubli politique, plus ou moins orchestré ?
Peut-être, un peu.
Mais pas seulement. On ne peut que conjecturer sur un tel sujet mais une autre raison semble se dessiner.
Aymé était un homme silencieux, du moins c’est ce que les gens qui ne le connaissent pas disent, ironise-t-il dans une interview donné à la télévision canadienne en 1958 (https://www.youtube.com/watch?v=aHV5EzqqT8c).
D’extraction populaire et provinciale, éduqué par ses grand-parents à la mort de sa mère quand il avait deux ans, il garda un fort attachement à son origine franc-comtoise tout en devenant une figure très parisienne.
Considéré parfois comme moraliste, un de ses principaux sujets d’études se situe dans les mœurs, qu’elles soient bourgeoises et hypocrites ou rurales et dures (et tout ce qui se situe entre les deux), il y déploie des critiques grinçantes et ambigües, dans Uranus déjà cité, mais également La Tête des autres (plaidoyer en forme de pièce de théâtre contre la peine de mort) ou encore La Vouivre.
Marcel Aymé est en effet un auteur protéiforme, écrivant à la fois contes, récits fantastiques (il ne faudrait pas oublier Le Passe-muraille, une de ses œuvres qui a peut-être le mieux survécu à la postérité), romans, nouvelles et pièces de théâtres (Clérambard, un autre succès populaire), sans compter sa participation plus ou moins active à l’adaptation de ses textes au cinéma.
Moins formaliste que les auteurs cités précédemment, avec une écriture de la ruralité qui ne penche pas vers le sensualisme d’un Giono ou la truculence d’un Pagnol, il fût néanmoins un des grands auteurs satirique et grinçant de son temps (on pourrait penser à Travelingue par exemple, dans lequel il se joue des snobs du milieu du cinéma s’extasiant plus devant l’image potentielle, pour ne pas dire le plan, de l’ouvrier solitaire jouant de l’harmonica que sur sa condition réelle).
Il se pourrait que ce soit là un des facteurs essentiels de ce relatif oubli, de cette perte de popularité, il aura été une pleine figure de son temps, faisant la jonction entre une société rurale très codifiée et celle plus moderne de la capitale de l’entre-deux guerre et de l’après. N’ayant pas une personnalité et une vie pleine d’aventures comme un Kessel ou un Vian, s’étant abstenu des interviews et lieux de publicités contemporaines, il est ainsi devenu un nom, familier, mais un peu flou, sur lequel on tombe de temps en temps sans plus s’attarder.
On peut aussi s’imaginer que sa grande popularité en dépit d’un bon accueil critique ait pu le classer comme un écrivain uniquement populaire et de fait de peu d’intérêt pour la postérité…
Cependant si l’on s’y arrête un moment, on se rend vite compte qu’il y a une certaine richesse en dessous et qu’il est plus présent dans notre imaginaire qu’on ne l’aurait cru.
Saviez-vous qu’il avait refusé la légion d’honneur, suite au vitriol qu’il avait pu subir dans l’immédiat après-guerre, et qu’il avait également décliné la proposition pour sa candidature à l’Académie française, pourtant proférée publiquement par François Mauriac ?
Trop de droite mais pas assez pour être utilisé par les polémistes contemporains, trop populaire mais trop peu flamboyant ou formaliste pour nourrir les anecdotes bien senties de la mondanité et l’ego de la critique, nous pourrions continuer ainsi encore quelques temps, mais il n’est pas question ici de réhabiliter ou de désavouer l’auteur, nous vous invitons plutôt à vous y intéresser, que ce soit à travers les ouvrages que nous proposons, les adaptations filmiques de ses œuvres ou encore, pourquoi pas, à travers l’album que la Pléiade lui a consacré en 2001 ?
Joseph Kessel photographié par Hans Pinn en 1948. Copyright– National Photo Collection of Israel, Photography dept. Goverment Press Office.
« Il ne faudrait jamais entreprendre de raconter un voyage : on est d’avance vaincu. […] Mais que faire ! Si l’on aime, il faut parler de l’objet de son amour. »
Joseph Kessel, En Syrie, p.9 Folio 2014.
Jef, l’aviateur, le reporter, l’académicien, Jef le russe, le juif, l’apatride aventurier, Jeff le fin psychologue, l’homme de terrain, le lion.
De l’Argentine (1898) au Val-d’Oise (1979), Joseph-Elie Kessel aura eu l’occasion de parcourir le monde de long en large plusieurs fois.
Son nom sans vous être familier ne vous est sûrement pas totalement inconnu, sans doute parce qu’il aura été à la fois un acteur important et un observateur acéré de la première moitié du 20e siècle.
De ses articles, notamment sur la survivance de l’esclavage en Abyssinie dans Le Matin(publiés entre mai et juin 1930, ils feront augmenter le tirage du journal de 150 000 exemplaires), à son rôle actif d’aviateur durant les deux guerres, sa présence marquante dans la résistance (ne serait-ce que pour l’écriture du Chant des partisans et de L’armée des ombres) en passant par ses récits plus intimistes commeLes Captifs ou sulfureux comme Belle de jour – adapté pour le cinéma en 1967 par Luis Bunuel – sans parler du succès retentissant du Lionet des Cavaliers en leur temps, Kessel aura marqué son époque avec éclat.
Une œuvre riche et polymorphe qui vaut le coup d’être (re)découverte, notamment à travers ses différents thèmes et registres représentés par un éventail significatif dans notre stock :
Que ce soit le portrait intime et politique, son amour des figures à la fois grandiloquentes et inquiétantes et l’exploration récurrente de ses doubles dans l’écriture, à travers Stavisky, l’homme que j’ai connu.
Ou comment dans Le Lion et La Piste fauve le récit-reportage s’évertue à sonder l’ambiguïté de la force, du sauvage et des liens aussi bien sociaux que sentimentaux qu’ils entretiennent entre eux et aussi des rapports de forces entre colons et colonisés (sans réel jugement ou recul par ailleurs).
Le Lion, Collection 1000 soleils, Gallimard, 1972.
Ou encore ses débuts avec La Steppe rouge, recueil de nouvelles – assez brutales – se déroulant dans la période de guerre civile que vit la Russie bolchéviste suivant la révolution d’Octobre 1917, où le jeune écrivain montre déjà son talent à travers ses personnages alliant le détail journalistique à la profondeur romanesque.
La Steppe rouge, Éditions de la Nouvelle Revue Française, 1923.
Et enfin ses deux grands œuvres représentant ensemble une forme de synthèse de sa vie et de son travail d’artiste : Le Tour du malheur, fresque romanesque à caractère autobiographique de 1600 pages répartis sur 4 tomes à laquelle Kessel tenait énormément, grand succès public à sa sortie mais qui ne parvint pas à convaincre la critique et qui reste aujourd’hui assez méconnu par rapport au reste de ses écrits ; en face de celaLes Cavaliers, roman épique consacré à l’Afghanistan et au jeu du bouzkachi, considéré comme son chef d’œuvre tant par la critique que par une grande partie du public et qui incarne peut-être le mieux ce combat que l’auteur mène avec l’écriture pour exprimer son amour du voyage.
Nous vous invitons ainsi à voyager avec cet homme fasciné et fascinant aussi bien sur notre site qu’en librairie où nous possédons aussi de belles pièces de son œuvre, parce qu’il n’est jamais trop tard pour découvrir ou approfondir sa connaissance de cet artiste dont François Mauriac disait dans son Bloc-notes :« Il est de ces êtres à qui tout excès aura été permis […] et qui aura gagné l’univers sans avoir perdu son âme. »
La Princesse de Clèves de Mme de La Fayette est un, si ce n’est le, classique parmi les classiques, tant de fois étudié, disséqué, analysé : proto-modèle du roman psychologique moderne, chef d’œuvre de la préciosité , roman historique héritier de la thématique de l’amour idéal impossible, dans la lignée de Tristan et Iseut, et à la fois, très contemporain du jansénisme ambiant de son époque… Cet ouvrage publié anonymement en 1678 et s’ouvrant par cette fameuse phrase: « La magnificence et la galanterie n’ont jamais paru en France avec tant d’éclat que dans les dernières années du règne de Henri II », nous narre les amours de la cour d’Henri Second mais surtout celui entre l’héroïne éponyme et le duc de Nemours.
Il aura définitivement marqué l’histoire littéraire française ; encore fréquemment étudié dans l’enseignement secondaire, il se retrouve également au concours de grandes écoles, en 2022 à l’ENS d’Ulm et de Lyon par exemple.
Cependant cette aura de prestige, quasi-mythique, peut également nuire à la réception de l’œuvre et un petit quelque chose en plus ou un décalage peuvent être nécessaires pour revisiter le texte.
C’est ce que parvient à faire cette belle édition de 1947 éditée chez Robert Laffont et illustrée par 10 eaux-fortes de Marie Laurencin qui grâce à son impression en grand format sur vélin pur fil, nous permet de redécouvrir le bel ouvrage de l’autrice par le travail de l’illustratrice.
On peut voir dans cette rencontre entre les deux femmes à travers les âges un petit cadeau du destin, bien qu’assez différentes en apparences elles partagent peut-être plus qu’on ne pourrait le penser.
Toutes deux femmes artistes ayant fréquenté les milieux mondains et précurseurs de leur époque, elles semblent partager une certaine image du Beau, empreinte d’idéal et de langueur mélancolique. Cela est frappant sur plusieurs des illustrations de cette édition où les personnages, exclusivement féminins, paraissent à la fois magnifiés dans un aspect de pureté essentialiste de la forme et en même temps un peu prisonniers de celle-là, de cette idée qu’on se fait et qu’elles se font d’elle-mêmes. La pose, le regard, le crayonné du crayon de couleurs se confrontant à la ligne épurée des contours semblent nous parler d’un rapport ambiguë à la représentation de l’image féminine et à l’émotion sous-jacente qui ne parvient pas à s’exprimer autrement que par un rougissement des joues.
Et n’est-ce pas également une lecture possible du récit, Mademoiselle de Chartres, future Princesse de Clèves, n’est-elle pas elle même confrontée aux regards incessants de tous et toutes ? Scrutée, observée, c’est par ce regard, réel et de l’esprit, qu’elle se verra vivre sa passion pour le duc de Nemours qu’elle ne pourra jamais réellement acter, cloisonnée par sa loyauté et son honneur.
Il y a quelque chose d’assez beau dans cette rencontre aussi en ce que la vie de l’illustratrice semble être une forme de continuation complémentaire, presque en forme de réponse à l’intrigue du texte et de la vie de Mme de La Fayette.
Car si l’autrice due en son temps publié anonymement, Marie Laurencin elle, aura vécu sa vie de femme artiste pleinement. Côtoyant d’autres grands noms de son époque, compagne d’Apollinaire pendant 6 ans, amie de Max Jacob, Picasso ou encore Georges Braque à différentes périodes, elle aura aussi eu plusieurs amants, elle divorça également à l’entre-deux-guerres et eu une relation libre avec Nicole Groult (mère de Benoîte et Flora), une grande styliste française, qui bien que discrète n’était pas cachée.
La Muse inspirant le poète par le Douanier Rousseau en 1909, représentant le couple Laurencin-Apollinaire.
Son art quand à lui, souvent qualifiée de « nymphisme » aura eu plus de mal à faire l’unanimité en son temps, parfois moqué pour son aspect « mièvre » par des contemporains tel qu’Arthur Cravan, il peut cependant être aujourd’hui considéré comme un dépassement du cubisme et du fauvisme et sut trouver son public, au Japon notamment.
Ainsi si La Princesse de Clèves a bénéficié d’autres éditions illustrées, notamment par Edme Bovinet, Sergueï Solomko, Etienne Drian, André Édouard Marty ou encore plus récemment par le célèbre couturier Christian Lacroix en 2018 chez Gallimard ; rares sont celles qui atteignent ce degré de connivence entre les deux artistes et ce niveau de rapport méta-textuel.
Alors quoi de mieux que ce précieux livre pour pleinement apprécier et (re)découvrir ce chef-d’œuvre de la préciosité ?
Quand on pense à Jack London, on pense immédiatement à Croc-Blanc, L’appel de la forêt,Construire un feu, on pense au Klondike et au Yukon, à des chiens de traîneaux et des hommes perdus dans l’immensité blanche et hostile du nord américain. On pense à un homme dont la vie vaut la fiction, à l’aventurier baroudeur, au marin intrépide qui du Razzle-Dazzle au Snark n’aura eu de cesse de naviguer et d’explorer.
Croc-Blanc, sans conteste le roman le plus populaire et édité de London en France.
On peut aussi éventuellement penser au Talon de Fer, qui aurait, paraît-il, marqué Trotsky, à son investissement socialiste donc, dans des États-Unis en pleine mutation industrielle.
Cependant on pense en général moins à La Peste écarlate ou au Vagabond des étoiles, à Avant Adam ou encore à Mille fois mort où l’auteur explore autant l’horreur, le récit fantastique que la science-fiction.
Couverture de la réédition de La Peste écarlate dans le numéro de Février 1949 du mensuel Pulp américain Famous Fantastic Mysteries.
Mais voilà justement ce qu’a été Jack London, un écrivain polymorphe et protéiforme, au sommet de son art dans la nouvelle mais qui se tenta aussi au théâtre (sans grand succès), écrivit un peu de poésie, des essais ou encore des reportages de voyages, de guerre, de société et bien évidemment, des romans. Un auteur très prolifique, avec presque 200 nouvelles et plus d’une vingtaine de romans, qui écrivait inlassablement, où qu’il soit, ses 1000 mots par jour.
Il fut aussi avec Mark Twain, l’un des premiers auteurs américains millionnaires ; ce qui vient ajouter à cette aura d’un artiste-aventurier, issu des classes populaires qui par son vécu et son travail acharné parvient au succès. Une sorte de self-made man qui aurait arraché son dû à la vie à la force de son bras et de son talent.
Cependant si sa ténacité et son obstination sont remarquables elles auront aussi abîmés sa santé, il entretint un rapport compliqué à l’alcool (qu’il analyse dans son récit fortement autobiographique John Barleycorn et qui n’est pas sans rappeler un autre auteur américain très prolifique, Stephen King) et fut physiquement marqué par ses voyages, du scorbut au Klondike aux maladies tropicales durant ses expéditions à bord du Snark…
Le Snark, Australie 1921.
Il mourra ainsi le 22 Novembre 1916 à 38 ans sur le porche de son ranch en Californie, des suites de problèmes rénaux aiguës et d’une prise de morphine en auto-médication trop forte.
Il ne faut pas oublier non plus qu’il est pleinement le fruit de son époque, du braconnage d’huîtres à la ruée vers l’or, du travail en usine aux vagabondages du rail, des reportages dans les bas-fonds de Londres à ceux sur la guerre russo-japonaise.
Il aura été à la fois l’artisan et le bénéficiaire de l’explosion des journaux papiers du début du XXème siècle aux États-Unis. Il se sera notamment vu publié dans le San Francisco Examiner (comme Mark Twain), journal par lequel William Randolph Hearst, figure mythique de la presse américaine (qui inspira notamment le Charles Foster Kane du Citizen Kane d’Orson Wells), commença son empire.
On peut ainsi voir dans Jack London un de ces personnages bigger than life qui ont marqué cette époque et ont participé à créer le mythe américain.
Un aspect qui nous fascine et qui se retrouve questionné aujourd’hui à travers une réinterprétation de l’auteur et son œuvre. Notamment au travers des rééditions et traductions corrigées de ses œuvres quasi-complètes chez Phébus-Libretto et son entrée dans la Pléiade en 2016, où l’on cherche à explorer la complexité du réel derrière le mythe.
D’un point de vue théorique il aura autant été marqué par le darwinisme que le socialisme et se sera retrouvé en permanence à réfléchir autour du thème de l’affrontement : « Avec la nature, les forces hostiles de la nature, affrontement de classes, mais aussi entre les sexes et contre soi-même.[…] C’est le romancier qui a le mieux exposé tous ses champs de bataille sans finalement vraiment choisir son camp. Il a laissé toutes ses forces conflictuelles s’exprimer. Je crois que cet aspect chaotique, archaïque et primitif, est le fondement de sa personnalité, c’est l’une de ses plus grandes singularités — la mise en scène d’un monde de pulsions permanentes entre lesquelles il ne choisit pas et qu’il n’ordonne pas. », comme l’exprime Philippe Jaworski dans un entretien pour le site de la revue Historia, à l’occasion de l’entrée de London dans la Pléiade.
Malgré cela, bien qu’il fût très populaire en son temps et qu’il l’est encore aujourd’hui, il semble ne pas avoir réussi à s’installer dans le panthéon littéraire américain comme a pu le faire Twain, selon Jaworski encore : « Il est considéré au mieux comme un naturaliste mineur dans la mouvance de Zola. Bien qu’il soit un écrivain très américain, les Américains ont du mal à se reconnaître dans ce rapport très ambigu à la violence primitive, archaïque. ».
Et peut-être est-ce là une des grandes spécificités de London, de s’être confronté à des impensés de la société états-unienne qui sont pourtant fondateurs de son histoire, la violence et le rapport à l’autre autant que la violence dans, par, le rapport à l’autre, que cela soit des hommes envers les hommes (Le peuple de l’abîme, Mille fois mort), des hommes envers les animaux et des animaux envers les hommes en retour (le dyptique Croc-Blanc,L’appel sauvage).
Et peut-être est-ce en effet ce qui l’empêche de pleinement prendre sa place dans le paysage littéraire nord-américain mais aussi ce qui nous fascine tant ici, en France.
Jack London dans son bureau en 1916.
On peut considérer trois grands moments dans la vie des œuvres de London en France, les premières traductions importantes de Louis Postif (parfois assisté de Paul Gruyer) pendant l’entre-deux-guerres, principalement publiés chez Hachette (notamment dans la fameuse Bibliothèque verte) et Les éditions G. Crès & Cie ; les rééditions en 10/18 et chez Bouquins à la fin des années 70, autour desquelles la présence de Francis Lacassin donne une lecture plus orienté politiquement, une importance plus grande est alors donné à cette part de son œuvre au travers de textes comme Révolution, texte d’une conférence donné par l’auteur à Harvard et retraduit à l’occasion par Jacques Parsons ; et enfin la grande entreprise de réédition réalisée par Phébus-Libretto sous la direction de Noël Mauberret, entamée au début des années 2000, qui tente d’apporter au grand public la meilleure et la plus exhaustive des versions possibles de l’œuvre de Jack London.
Réédition de Le Dieu Rouge, chez Phébus-libretto en 2001.
Mauberret pour cette collection s’appuie néanmoins beaucoup sur les traductions de Postif qui reste celui qui « grâce à un travail acharné » (selon les mots de ce premier) permit à l’auteur californien d’être connu en France et qui avait en fait tout traduit, mais dont les textes avaient été en parties coupés par les éditeurs qui n’étaient d’abord intéressés que par des histoires d’aventures, dont ils occultèrent les passages trop violents ou philosophiques.
Cependant il y a aussi, avec ce travail plus récent autour de l’auteur, une volonté de rétablir la spécificité de son langage, notamment son aspect oral qui n’était pas vraiment dans le canon des traductions de la première période. Frédéric Klein a grandement participé à ce travail de révision des traductions de Postif ou Parsons et a parfois retraduit entièrement l’œuvre quand cela était nécessaire, comme pour L’appel sauvage, nouveau titre évocateur plus proche de l’original Call of the Wild, « sauvage » faisant appel à une notion plus marquée que celle de « la forêt ».
Encore une fois nous pouvons faire le parallèle avec Mark Twain dont les différentes tentatives de retraductions, d’Huckleberry Finn notamment, connurent une histoire similaire (et qui se vu brillamment retraduit par Bernard Hoepffner en 2008 chez Tristram).
Nous pouvons alors nous poser cette question, comme le fait Thierry Jousse dans son émission Blow Up : c’est quoi Jack London ?
Comme nous avons pu le voir, c’est à la fois, l’homme, le mythe, l’auteur et sa résonance dans la société française qui sont convoqués lorsque l’on prononce ce nom. C’est aussi une part de notre rapport à l’Amérique, un pan historique de notre imaginaire contemporain, au même titre que Steinbeck, Twain, Kerouac ou King.
Et nous vous proposons aujourd’hui de vous replonger dans les premières éditions de son œuvre en France avec un lot d’ouvrages publiés chez Hachette et Crès & Cie, comprenant notamment Le peuple de l’abîme, Croc-Blanc, La Croisière du « Snark » mais aussi le Journal de bord du « Snark », écrit par sa femme et qui donne une version complémentaire au texte de l’auteur, ou encore Les vagabonds du rail.
L’ouvrage du jour met en relation deux personnalités qu’a priori tout sépare. L’auteur, Dante Alighieri, italien dont la vie se partage entre le XIIIème et le XIVème siècles, et l’illustrateur, Salvador Dalí, originaire d’Espagne et qui vécut au XXème siècle, ont pourtant plus que l’art en point commun, malgré les siècles de distance. On peut citer les figures féminines qui ont marqué leurs existences, Beatrice di Folco Portinari pour l’un et Gala Dalí pour l’autre, muses idolâtrées voire mythifiées dans les œuvres de ces deux artistes, ou bien encore leur foi partagée pour le catholicisme. Et c’est l’intérêt pour la religion qui est au cœur du texte que nous vous présentons aujourd’hui, à travers un pèlerinage célèbre qui descend à travers les Enfers pour arriver à la divinité : la Divine Comédie.
L’exemplaire paru aux éditions des Heures Claires réunit l’illustre texte de Dante et le dessin de l’artiste le plus excentrique du XXème siècle. Il se présente en trois séries de deux volumes dont le découpage suit celui des trois parties de la Divine Comédie : l’Enfer, le Purgatoire puis le Paradis. Les volumes sont sous emboîtage et imprimés sur vélin pur chiffon de Rives ; ils font partie des 3900 exemplaires qui ont été imprimés entre 1959 et 1963. Cette édition présente 100 aquarelles de Dalí gravées sur bois, une pour chaque chant qui compose le texte original.
L’originalité de cette édition, qui associe l’artiste le plus excentrique du XXème siècle et l’illustre auteur de la langue italienne, permet d’apprécier le résultat de l’appropriation d’un grand texte de la littérature médiévale par l’univers singulier et déluré de Dalí. Son style très étiré transforme les personnages et les couleurs : les figures humaines deviennent éthériques, les couleurs, par l’aquarelle, se diluent pour perdre en vivacité mais gagner en volume. Tour à tour par des rondeurs célestes ou des coulures anxiogènes, Dalí glisse dans son dessin autant de références aux madones de la Renaissance qu’au surréalisme du XXème siècle dont il est l’un des plus grands représentants.
Composé au début du XIVème siècle (entre 1303 et 1321), la Divine Comédie est un poème divisé en trois parties : l’Enfer, le Purgatoire et le Paradis. Chacune est composée de trente-trois chants, à l’exception d’un chant inaugural supplémentaire pour l’Enfer. Le poème raconte le voyage de l’auteur dans l’au-delà chrétien à travers sa descente aux Enfers, la traversée du Purgatoire jusqu’à l’ascension au Paradis et son accession à la divinité. Dante, lui-même narrateur, raconte son égarement et la perte de sa foi, puis son pèlerinage par les mondes spirituels pour retrouver le droit chemin. Dans les deux premières parties, il est guidé par le poète antique Virgile, envoyé par Béatrice, la jeune femme aimée, qui, à sa mort, a intercédé auprès de Dieu pour libérer Dante de ses péchés, puis lui montrera le chemin du Paradis. Virgile en tant que poète le plus sage de l’Antiquité, est ici une allégorie de la raison, nécessaire pour éviter la perdition mais hélas insuffisante pour arriver jusqu’à Dieu ; la foi, que Béatrice représente, est ici fondamentale et permet à Dante d’accéder à la sainte Trinité.
L’illustration du texte de Dante constitue pour l’artiste espagnol un travail de longue haleine – une dizaine d’années – et a connu quelques péripéties. En 1950, la Libreria dello Stato, à Rome, commande à l’artiste espagnol une version de luxe illustrée de la Divine Comédie : cent aquarelles pour les cent chants du poème. Une partie du travail est exposée à partir de 1951 à Rome, tandis que Dalí continue de plancher sur le texte de Dante. Cependant, au bout de quelques années, le gouvernement italien s’offusque que la commande ait été passée à un artiste étranger : le texte de la Divine Comédie doit être illustré par un artiste italien. Le contrat est rompu, Dalí devient le seul propriétaire de son œuvre. Les droits et l’exclusivité en sont achetés par les éditions des Heures Claires en 1959. La gravure sur bois des aquarelles, par Raymond Jacquet, et l’impression sont réalisées sous la direction de Jean Estrade. L’intégralité des aquarelles de Dalí sera exposée au musée Galliera à Paris en 1960.
Le texte de Dante, qui offre un éclairage important sur la conception du monde au temps médiéval, modelée par l’Eglise catholique romane, trouve, avec le talent artistique de Dalí, une résonance nouvelle. Cet ouvrage des éditions des Heures Claires constitue un exemple sophistiqué de la manière par laquelle le style éclectique et décalé de l’artiste espagnol vient enrichir et sublimer l’antique et complexe écriture allégorique de Dante.
L’été et les vacances sont arrivés ! Afin de vous accompagner pendant cette période où l’on a (enfin) le temps de lire, les équipes d’Abraxas-Libris, Neiges d’Antan et les Mains dans les Poches ont sélectionné pour vous quelques livres coups de cœur. Que vous soyez en manque d’inspiration ou curieux de voguer vers d’autres horizons, voici nos conseils lecture pour l’été.
Pour moi cela sera « Le livre des Fantômes » de Jean Ray, parce que je lis régulièrement le blog d’Abraxas-Libris et que le dernier article m’a donné envie de retrouver l’ambiance de Shinning.
Je cite :
« Par la puissance évocatrice de ses récits hantés, Jean Ray a donc entièrement conquis le cœur de Stephen King : on sent nettement l’influence obsédante du terrifiant « Livre des Fantômes » dans « Shining » par exemple… »
« Une affaire personnelle » de Kenzaburô Ôé
J’ai découvert Kenzaburô Ôé avec le livre : « Arrachez les bourgeons, tirez sur les enfants » pour lequel vous trouverez une petite chronique ici.
Oé est de ces auteurs qui vous prennent aux tripes au propre comme au figuré, tous ses livres sont charnels, violents et forts en émotion. Le soleil de l’été donnera encore plus d’ampleur à cette lecture.
Au passage je vous conseil tous ses livres, notamment les nouvelles : « Le Faste des morts » et « Seventeen » !!!
Bonne lecture.
Le choix de Patricia:
Les nouvelles d’Agota Kristof (« C’est égal », chez Points), aussi tristes et cruelles que la trilogie des jumeaux (« Le Grand Cahier », « La Preuve » et « Le Troisième Mensonge »), mais qu’on peut poser au bout de deux pages (courtes nouvelles) pour pleurer ou respirer un grand coup …
Bonus Polar : La trilogie Écossaise de Peter May, sans doute les trois plus beaux romans de Peter May même si j’aime tout y compris les polars chinois. « L’Île des Chasseurs d’Oiseaux », « L’Homme de Lewis » et « Le Braconnier du Lac Perdu » (Éditions du Rouergue / Babel Noir).
Peter May, Babel Noir
Pas de lien web pour ces livres qui sont à retrouver en boutique (grand format ou poche!). A savoir que les Peter May partent très vite.
C’est probablement l’un des cent chefs-d’œuvre de la littérature française, et pourtant comme il est difficile de rentrer dans cette liste !
C’est une œuvre totale, un monument qui se lit avec une jubilation quasi-continuelle. Chaque page fourmille de trouvailles, d’humour, d’une humanité souvent bouleversante. « La Vie Mode d’Emploi » a fait maintenant l’objet de dizaines de milliers d’analyses et thèses dans le monde entier.
Ce qui intéressant c’est qu’il fait suite à « La Vie Mode d’Emploi », sur lequel Perec a travaillé pendant presque 10 ans. Ce récit – très court, est construit autour d’un jeu de miroirs au sein d’un tableau qui reflète indéfiniment la même scène. A sa manière, G. Perec nous présente le petit monde des collectionneurs, des experts et des ventes d’arts. Vous trouverez ici une interview éclairante de l’auteur qui « en explique les ressorts d’écriture et la composition sous forme de mise en abîme ».
Pour Aude, ce sera:
Ursula K. Le Guin, et en particulier deux romans du « Cycle de l’Ekumen », pour repenser le monde, les sociétés capitalistes, les rapports humains, le sexisme et les genre à travers le miroir déformant de la science-fiction.
« Je donnerai à mon rapport la forme d’un récit romancé. C’est que l’on m’a appris lorsque j’étais petit, sur ma planète natale, que la Vérité est affaire d’imagination. »
La fiction a reçu le prix Nebula du meilleur roman en 1974, le prix Hugo du meilleur roman en 1975 et le prix Locus du meilleur roman en 1975.
Idéal pour cauchemarder sur la plage en été, le livre traite d’une entité ancienne et maléfique liée à l’eau, avec de nombreuses scènes percutantes qui rendraient hydrophobes les plus courageux des baigneurs.
Recueil de nouvelles fantastiques très agréables à lire, qui distillent angoisse et suspense de manière inattendue : se promener dans une ville avenante et animée et tomber sur une « Rue Cthulhu » qui ne figure sur aucun plan peut, en effet, semer quelque trouble chez les touristes…
Audrey vous recommande:
« La Joueuse de Go » de Shan Sa
Un roman saisissant au style poétique situé à la veille de l’invasion de la Chine par le Japon. La partie de go cristallise la guerre entre les deux pays, la rencontre entre nne jeune mandchoue et un officier japonais. L’auteure, dont le premier recueil de poésie a été publié à 10 ans, a reçu le Goncourt des Lycéens pour ce roman (2001). Retrouvez ma chronique complète ici, et le livre à la pochothèque !
Retrouvez également ces auteurs dans nos trois librairies, ouvertes 7/7 tout l’été (y compris les jours fériés). De 10h à 19h avec une coupure de 12h / 12h30 à 14h.
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Halloween est derrière nous, mais ce fantôme est toujours d’actualité. Retour cette semaine sur un véritable monstre de la littérature et du cinéma. Maintes fois décliné au théâtre, au cinéma ou en musique, « le Fantôme de l’Opéra » -roman fantastique de notre Gaston Leroux national, s’est élevé au rang d’œuvre culte internationale. Au point de rendre fous certains nord-américains, collectionneurs invétérés de l’œuvre sous toutes ses formes. Avec sa couverture customisée, celle que nous vous présentons aujourd’hui est unique!
La Fantôme de l’Opéra (1926)
Piqûre de rappel
Un petit résumé pour ceux qui auraient oublié -ou ne connaîtraient pas- l’histoire du Fantôme de l’Opéra, écrit en 1910 par Gaston Leroux. Une succession d‘événements mystérieux ayant lieu à l’Opéra Garnier force la direction à admettre l’impossible: le lieu est hanté par un fantôme. Un fantôme pour le moins matérialiste, puisqu’il réclame 20 000 francs par mois et une loge privée afin d’éviter de futurs « accidents ».
Erik, notre fantôme ne tarde pas à succomber aux charmes de la jeune chanteuse Christine Daaé auprès de qui il se fait passer pour l’Ange de la musique. Cependant, cette dernière et son promis Raoul de Chagny ne tardent pas à découvrir la vérité. On en apprend plus sur Erik et son visage défiguré. Entre-temps celui-ci ravit la belle Christine et la séquestre dans son repaire. Raoul se lance donc à sa recherche et n’hésite pas à affronter les stratagèmes et pièges tendus par Erik, ancien prestidigitateur. L’amour et l’abnégation du couple amoureux viendront à bout des ruses d’Erik, qui touché par leur amour prendra le chemin de la repentance…
Pour l’anecdote, la loge réservée au Fantôme de l’Opéra (la n°5) existe toujours et une plaque à son nom rend hommage à la légende.
Frontispice et titre
Le film de 1925
L’édition que nous vous proposons est la seconde édition parue en 1926, juste après celle américaine de 1925 (mais qui ne comporte que 4 photos). et s’inspire du film américain de 1925 en en reprenant des extraits de film pour illustrer le roman. Réalisé par Rupert Julian, il s’agit de la première version cinéma du livre et est bien sûr muet. Les têtes d’affiche sont Lon Chaney (Erik), Mary Philbin (Christine) et Norman Kerry (Raoul). La plupart des bâtiments parisiens présents dans le film -Opéra Garnier, Palais Royal et Notre-Dame, ont réellement été filmés à Paris. La laideur du Fantôme était tellement réussie que la production avait prévu dans les cinémas des sels d’ammoniac pour ranimer les spectateurs épouvantés!
Une oeuvre culte
Gaston Leroux s’est inspiré d’une légende pour écrire son livre, qui a lui-même servi de base à des dizaines de films, pièces de théâtre, comédies musicales et autres ballets. Promis, nous n’en citerons que quelques uns:
Comédie musicale (théâtre) The Phantom of the Opera d’Andrew Lloyd Webber et Charles Hart (1986)
Le ballet chorégraphié par Roland Petit avec une musique de Marcel Landowski (1980)
L’incontournable film musical Phantom of the Paradise réalisé par Brian de Palma avec la musique de Paul Williams
D’autres « produits dérivés » existent aussi tels que des titres de musique (Iron Maiden, J.-P. Capdevielle ou Nightwish), des bandes dessinées et mangas mais aussi des séries et d’innombrables parodies et références à travers le monde culturel.
Par ailleurs, les premières éditions de Gaston sont très recherchées dans le monde de la bibliophilie. Pour rappel, quelques titres du maître du suspense:
Le parfum de la Dame en noir, Chéri Bibi ou encore Le mystère de la chambre jaune aux éditions Pierre Lafitte
Le 4 août prochain aura lieu la 22e Nuit du Livre à Bécherel. Marché du livre, expositions, spectacles et dédicaces sont prévus pour une soirée exceptionnelle ! Cette année, le thème donné est « Nuit d’encre« . Le polar est donc à l’honneur et les différentes animations vous feront (re)découvrir « les multiples facettes de la littérature policière ». Tous les amoureux du polar, du livre mais aussi tous les curieux sont attendus pour ce rendez-vous mythique de la Cité du Livre !
Nuit d’encre. 22e Nuit du livre à Béchrel
Programme de la Nuit d’encre
Le vendredi 4 août, le marché du livre prendra place à partir de midi et se terminera exceptionnellement à minuit.
Trois spectacles/animations se dérouleront tout au long de la journée dont celui des Docteurs polar, qui vous interrogeront sur la gravité de vos symptômes afin de vous prescrire le polar qu’il vous faut!
Un atelier d’écriture sur le thème de l’énigme.
De la musique avec en début de soirée une nouvelle de Denis Falgeul mise en musique, suivie par un peu de guinguette avec le Petit Bal de Poche.
Profitons de cet événement pour vous présenter un rayon phare de la pochothèque d’Abraxas-Libris: le rayon polar! Pour se faire plaisir à petit prix, retour sur des auteurs et des collections cultes.
Agatha Christie. Avec près de 70 romans, 160 nouvelles et 20 pièces de théâtre, elle est la romancière britannique la plus lue au monde!
Ses personnages cultes Hercule Poirot et Miss Marple ont été de nombreuses fois adaptés sur grand et petit écran. La Reine du Crime tient une place de choix dans nos étagères puisqu’environ 250 de ses oeuvres y résident (toutes éditions confondues).
Charles Exbrayat. Ici, l’humour se mêle au polar pour un résultat détonnant! Publiés dans la collection « Le Masque« , (re)découvrez Exbrayat et ses réparties truculentes.
Frédéric Dard. Et son indissociable commissaire San Antonio. Un autre monument de l’humour sauce policière. Vous ne tomberez pas en rade avec nos 270 exemplaires! Si vous êtes collectionneur, nous vous proposons les « Oeuvres complètes de San Antonio » en 26 volumes, comprenant les derniers volumes parus, difficiles à se procurer.
Leslie Charteris. Autre personnage culte de la littérature policière: Simon Templar dit Le Saint. Retrouvez à la pochothèque la Marque du Saint apposée sur de nombreux livres, synonyme d’autant d’aventures réjouissantes!
La pochothèque – littérature policière c’est aussi :
Quelques centaines d’autres polars répartis chez Rivages noir, Folio policier, Picquier, Librio, Carré noir, collection Oscar (Denoël) etc. Sans oublier les collections spécifiques: polar grivois avec la série Brigade Mondaine, le polar régional (Breizh Noir).
Vitrine de Série Noire chez Gallimard
Enfin, les plus jeunes aussi ont droit à leur policier avec notamment les Cascade ou Castor Poche Policiers mais également les indispensables Bibliothèques Verte et Rose, avec les aventures d’Alice, du Club des 3, 5 ou 7 ou encore Fantômette!
Avis aux bibliophiles amateurs de littérature policière, nous vous invitons à découvrir les « Douze meilleurs romans policiers« , une anthologie de collection à ne pas rater!
Nous vous donnons donc rendez-vous vendredi jusqu’à minuit pour une nuit des plus noires! Située dans la même rue que la pochothèque, n’hésitez pas à explorer la boutique principale d’Abraxas, vous y trouverez entre autres:
Nous avons tous un ou plusieurs auteurs fétiches, dont l’œuvre nous a marquée et nous accompagne au fil des ans. Qu’il s’agisse de grands philosophes, d’écrivains de romans ou de dramaturges, il est souvent plaisant de réunir dans sa bibliothèque tous leurs écrits. C’est dans cette optique que les maisons d’édition ont créé les « œuvres complètes« , collections permettant de regrouper sous un même format toute la production d’un auteur. A la fois exhaustive et esthétique, l’œuvre complète tient une place de choix dans nos bibliothèques !
Anatole France en 24 volumes
Point sur les œuvres complètes
En fonction des époques et des éditeurs, les éditions d’œuvres complètes sont nombreuses, plus ou moins homogènes et prestigieuses. Comme pour toute publication, certaines ne sont qu’un effet de mode alors que d’autres traversent les âges. Faisons un point sur l’une des plus connues d’entre elles : la Bibliothèque de la Pléiade de chez NRF/Gallimard.
A l’origine, la Bibliothèque de la Pléiade appartient à la maison d’édition créée par Jacques Schiffrin en 1931. Son intention est simple mais novatrice : proposer au grand public (au format poche) les œuvres complètes des auteurs classiques de la littérature et de la philosophie. C’est en 1933 que, suite à des problèmes financiers, la Pléiade (notamment soutenue par André Gide et Jean Schlumberger) est affiliée aux Éditions Gallimard. Depuis, la formule n’a pas changé et s’enrichit d’une dizaine de volumes par an. Tous publiés sous le même format : un papier bible et une couverture de cuir souple, le tout permettant un grand confort de lecture.
La Bibliothèque de la Pléiade
Le saviez-vous? Les dorures présentes au dos sont composées d’or fin 23 carats. Chaque couleur de reliure (havane, vert émeraude ou bleu par exemple) correspond à l’époque à laquelle a vécu l’auteur dont il est question (XXe, XIXe ou XVIIIe s., etc.).
Quelques œuvres complètes d’auteur chez Abraxas-Libris
Même si la collection de la Pléiade est la plus célèbre (et légère!), il existe bien d’autres éditions d’œuvres complètes. En voici quelques-unes qui nous tiennent à cœur, par leur rareté, leur beauté ou leur qualité :
Nous nous penchons cette semaine sur un auteur devenu incontournable dans la littérature populaire : Georges Simenon. Si les noms de Commissaire Maigret, Liège et G. Sim vous intriguent, nous vous en disons plus sur cet écrivain hors-du-commun.
Georges Simenon
L’enfance précoce de Georges Simenon
Cet écrivain belge voit le jour à Liège le 13 février 1903. Son père, Désiré Simenon est comptable et sa mère, Henriette Brüll est employée de magasin. A 3 ans, le petit Georges sait déjà lire et écrire et est un écolier exemplaire, toujours en tête de classe. A 12 ans, il sait qu’il veut devenir écrivain. En 1918, il abandonne ses études et enchaîne des boulots alimentaires. Un an plus tard, il devient reporter pour « La Gazette de Liège », Georges Simenon n’est alors âgé que de 16 ans. Cette expérience aura une incidence directe sur ses écrits futurs. En effet, le jeune Georges s’intéresse tout particulièrement aux enquêtes policières et à tout ce qui concerne la police scientifique. Il produira plus d’un millier d’articles pour le journal et commencera même à utiliser plusieurs des ses fameux pseudonymes, dont le célèbre « G. Sim« .
Georges Simenon, un auteur prolifique
C’est en 1919 que Georges Simenon écrit son premier roman. « Le Pont des Arches » sera publié deux ans plus tard sous son pseudonyme de journaliste. Il ne s’arrêtera plus. Durant sa vie d’auteur, il écrit 117 romans sous son vrai nom et près de 200 romans populaires signés de différents pseudonymes. Si vous êtes fan de Maigret, sachez que Simenon a écrit 103 épisodes autour des aventures du personnage (soit 75 romans et 28 nouvelles). Certains se sont amusés à répertorier le nombre de personnages auxquels Simenon a donné vie, soit environ 9000 évoluant dans 1800 lieux du monde entier ! L’oeuvre de Georges Simenon est devenue une source d’inspiration pour le 7e art, à ce jour près de 65 films français ont été adaptés de ses romans, sans compter tous les épisodes de Maigret adaptés pour la télévision. En tout, les œuvres de Simenon se seront vendues à 550 millions d’exemplaires à travers une cinquantaine de pays.
En robe de mariée, de « Georges Sim »
Les 27 pseudonymes de Georges Simenon
En fonction des types d’ouvrages qu’il rédigeait, Georges Simenon utilisait son vrai nom ou alors un ou plusieurs pseudonymes. Écrivant énormément pour les journaux humoristiques et les revues légères, les pseudos consacrés à cette littérature sont les plus nombreux. On retient par exemple, Aramis, Bobette, Miquette, Pan ou encore Le Vieux Suiveur. Le pseudo de Christian Brulls (du nom de jeune fille de sa mère) était utilisé pour des écrits haut-de-gamme, tout comme Georges Sim. Simenon a aussi écrit des oeuvres « galantes », pour lesquelles il réservait d’autres noms plus croustillants, tels que Poum et Zette, Kim, Tom Gut ou encore Plick et Plock. D’autres, comme Georges Georges-Martin (et ses variantes), Jean Dorsage ou Jean Du Perry étaient quant à eux des noms réservés à des productions plus « bas-de-gamme ».
Après avoir passé toute une vie à écrire, Georges Simenon s’éteint à Lausanne, en 1989, à l’âge de 86 ans. Outre ses innombrables romans, il laisse derrière lui des essais, conférences, nouvelles, contes galants et autres écrits qui ont inspiré et continuent d’inspirer des auteurs, des réalisateurs et autres metteurs en scène. Sans oublier les millions de lecteurs qu’il a gardé en haleine et fait voyager !
31 Mai 2023
0 CommentsLe mal Aymé, pourquoi ne lit-on plus Marcel ?
Dans le cadre de notre concours de lecture à voix haute nous vous proposons de revisiter des textes de Marcel Aymé et de les enregistrer pour avoir la chance de gagner un bon d’achat dans nos boutiques!
Ce concours se déroulera du 5 au 18 Juin au sein de la librairie Abraxas-Libris et proposera trois catégories: enfants, adolescents et adultes.
Nous en profitons pour revenir sur cet auteur populaire majeur du 20ème siècle, aujourd’hui un peu oublié et boudé par les lecteurs.
Aymé, par Pol Vandromme, éd. Gallimard, 1960
Alors, pourquoi ne lit-on plus Marcel Aymé?
Il a pourtant utilisé le parler populaire et l’argot comme a pu le faire Céline, francisé des emprunts de l’anglais comme Queneau et Vian, a vu nombre de ses œuvres adaptées au cinéma en des films, pour certains, devenus cultes comme La traversée de Paris (comment oublier le : « Janvier, Jaaaanvier, Jaaaaaaanvier! » de Gabin), Uranus (réalisé par Claude Berri et au casting impressionnant: Depardieu, Blanc, Prévost, Marielle, Noiret, Galabru, Luchini…) ou encore La jument verte, qui aurait déclenché un scandale lors de sa sortie; ses Contes du chat perché ont été étudiés maintes fois par plus d’une génération d’écoliers et d’écolières, et bien que boudé par la critique il eut toujours un grand succès populaire, mais quoi alors ?
Est-ce à cause de son amitié avec Céline et Brasillach qu’il tenta en vain de gracier ?
Du fait qu’il ait continué à publier dans des journaux collaborationnistes, même si c’était des articles d’art ou des histoires ?
Que dans Uranus il humanise et pose la question morale de « l’épuration » d’après-guerre sans se ranger du côté de la vindicte ?
Que d’homme de lettres de « gauche » avant la guerre, il devienne de « droite » et soit définit plus tard comme « anarchiste de droite » ?
En un mot, serait-ce un oubli politique, plus ou moins orchestré ?
Peut-être, un peu.
Mais pas seulement. On ne peut que conjecturer sur un tel sujet mais une autre raison semble se dessiner.
Aymé était un homme silencieux, du moins c’est ce que les gens qui ne le connaissent pas disent, ironise-t-il dans une interview donné à la télévision canadienne en 1958 (https://www.youtube.com/watch?v=aHV5EzqqT8c).
D’extraction populaire et provinciale, éduqué par ses grand-parents à la mort de sa mère quand il avait deux ans, il garda un fort attachement à son origine franc-comtoise tout en devenant une figure très parisienne.
Considéré parfois comme moraliste, un de ses principaux sujets d’études se situe dans les mœurs, qu’elles soient bourgeoises et hypocrites ou rurales et dures (et tout ce qui se situe entre les deux), il y déploie des critiques grinçantes et ambigües, dans Uranus déjà cité, mais également La Tête des autres (plaidoyer en forme de pièce de théâtre contre la peine de mort) ou encore La Vouivre.
Marcel Aymé est en effet un auteur protéiforme, écrivant à la fois contes, récits fantastiques (il ne faudrait pas oublier Le Passe-muraille, une de ses œuvres qui a peut-être le mieux survécu à la postérité), romans, nouvelles et pièces de théâtres (Clérambard, un autre succès populaire), sans compter sa participation plus ou moins active à l’adaptation de ses textes au cinéma.
Moins formaliste que les auteurs cités précédemment, avec une écriture de la ruralité qui ne penche pas vers le sensualisme d’un Giono ou la truculence d’un Pagnol, il fût néanmoins un des grands auteurs satirique et grinçant de son temps (on pourrait penser à Travelingue par exemple, dans lequel il se joue des snobs du milieu du cinéma s’extasiant plus devant l’image potentielle, pour ne pas dire le plan, de l’ouvrier solitaire jouant de l’harmonica que sur sa condition réelle).
Il se pourrait que ce soit là un des facteurs essentiels de ce relatif oubli, de cette perte de popularité, il aura été une pleine figure de son temps, faisant la jonction entre une société rurale très codifiée et celle plus moderne de la capitale de l’entre-deux guerre et de l’après. N’ayant pas une personnalité et une vie pleine d’aventures comme un Kessel ou un Vian, s’étant abstenu des interviews et lieux de publicités contemporaines, il est ainsi devenu un nom, familier, mais un peu flou, sur lequel on tombe de temps en temps sans plus s’attarder.
On peut aussi s’imaginer que sa grande popularité en dépit d’un bon accueil critique ait pu le classer comme un écrivain uniquement populaire et de fait de peu d’intérêt pour la postérité…
Cependant si l’on s’y arrête un moment, on se rend vite compte qu’il y a une certaine richesse en dessous et qu’il est plus présent dans notre imaginaire qu’on ne l’aurait cru.
Saviez-vous qu’il avait refusé la légion d’honneur, suite au vitriol qu’il avait pu subir dans l’immédiat après-guerre, et qu’il avait également décliné la proposition pour sa candidature à l’Académie française, pourtant proférée publiquement par François Mauriac ?
Trop de droite mais pas assez pour être utilisé par les polémistes contemporains, trop populaire mais trop peu flamboyant ou formaliste pour nourrir les anecdotes bien senties de la mondanité et l’ego de la critique, nous pourrions continuer ainsi encore quelques temps, mais il n’est pas question ici de réhabiliter ou de désavouer l’auteur, nous vous invitons plutôt à vous y intéresser, que ce soit à travers les ouvrages que nous proposons, les adaptations filmiques de ses œuvres ou encore, pourquoi pas, à travers l’album que la Pléiade lui a consacré en 2001 ?